mai n:i3 : fonds Joly de Fleury
Chambriers, quand ils se virent installés, peut-être pour longtemps, dans la résidence peu enviable de Ponloise et qu'ils furent dégrisés des applaudissements populaires, commencèrent à faire de sérieuses réflexions sur leur situation. Ils n'ignoraient pas, d'autant plus que le ministère prit grand soin de les leur faire connaître, certains bruits qui circnlaientà Paris, d'une décomposition du ressort démesurément étendu du Parlement de Paris et d'une augmentation de la compétence des tribunaux inférieurs ' ; des offres auraient été faites aux autres cours souveraines pour qu'elles prissent quelque chose des dépouilles du Parlement; peut-être même irait-on jusqu'à un remboursement général des charges, dont le clergé ne demanderait pas mieux que de faire les frais 2. C'était risquer beaucoup pour le plaisir de forcer le roi à recevoir des remontrances faites par d'autres. Aussi bien des conseillers de Grand'Chambre pensaient-ils qu'on avait été assez loin et que le moment était venu de battre en retraite. Les quelques procès de curés dont on s'occupait encore furent donc menés avec la plus extrême lenteur; on faisait traîner i ou 5 jours des procédures qui eussent exigé un quart d'heure ' ; il ('tait visible qu'on ne pensait qu'à gagner du temps. On remarquait surtout ce désir d'une entente chez les présidents à mortier, tous plus ou moins candidats à la première pn-sidence, et tous convaincus avec raison que la reconnaissance du roi serait sans bornes envers celui qui se serait révélé capable de pacifier la compagnie ; le président Chauvelin, l'ennemi mortel de Maupeou, l'homme sur lequel Machaull pouvait alors le plus solidement compter dans le Parlement, était de tous le plus disposé à faire réussir une négociation ^.
Des pourparlers s'engagèrent donc rapidement. Le roi n'en chargea aucun de ses ministres; il avait toujours envers eux quelque sentiment de défiance, et il était vraiment, pour l'intérieur de son royaume comme pour les relations étrangères, Ihomme de la politique secrète. Il s'adressa donc d'abord au maréchal de Richelieu; puis, quand celui-ci eut échoué, au prince de Conti. Machault toutefois, et aussi d'Argenson, furent tenus à peu près au courant. Le prince de Conti alla s'installer à proxi-
1. L'étendue exagérée du ressort du Parlement de Paris et l'insignifiance dans laquelle étaient tombés les présidiaux, bailliases et sénécliaussées, choquaient tous ceux que n'aveuglait pas l'esprit de corps on l'intérêt personnel. 13ans une lettre à son père (18 mai 1153, fonds Joly de Fieury, 2103) le procureur général Joly do Fieury proclamait la nécessité d'une grande réforme dans le personnel et dans l'organisation judiciaires, et d'Argenson avouait (21 mai l"o3) que cette réforme serait un monument de la sagesse du roi autant (]ue de sa vengeance.
2. Mémoire arrivé à Bourses dans la nuit du 19 au 20 juin pour prouver la nécessité des négociations. (Bibl. nat., ms. fr. 7510.)