‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 216 sur 268 · novembre · texte numérisé non relu

novembre

3. Il était d'usage, au moment du Carême, que le Parlement de Paris demandât à l'archevêque la permission pour ses diocésains de manger Jcs œufs. Soulavie raconte f.Mém. de Kiclielieu, VIII, 269j que le roi ne voulut pas, en février 1754, que celte démarche fût faite par la chambre : « Vous verrez que le peuple refusera de manf,'er des œufs, dit le roi en plein conseil, si la permission en est demandée par la Chambre; je connais le peuple de Paris: il lui faut des remontrances et des spectacles et un jour peut-être bien pis encore que tout cela. "

leurs gt'iiéral dans lous les tribunaux, ou bien n'était interrompu que par quelque affaire de refus de sacrements. Un fait de ce genre s'élanl passé en février iir/t sur la paroisse Saint-Nicolas des Champs, le Chàtelet s'empressa de s'assembler et de faire son procès au curé^ de cette jiaroisse, sans se soucier des arrêts du conseil qui le lui défendirent et proclamèrent son incompétence. On mit en question dans le conseil la suppression du Chàtelet : réflexion faite, on se borna à faire mettre à la Bastille un conseiller et un procureur, puis à lancer des lettres de cachet contre quatre autres conseillers, mais sans que toutes ces rigueurs eussent raison de l'obstination de celte compagnie. De leur côte, les Parlements de province ne cessaient de poursuivre le clergé avec plus d'acharnement que jamais : à Rouen, à Bordeaux, à Aix, leur hardiesse ne connaissait plus de bornes. L'opinion publique accueillait avec transport ces preuves réitérées de l'entente de tous les parlements et de l'impuissance du gouvernement. Chose plus extraordinaire, la Chambre royale elle-même se laissait entamer par l'esprit universel de désobéissance; Gilbert de Voisins, conseiller d'Etat, mais parlementaire d'opinion, s'y faisait le chef d'une sorte de tiers parti entre le Parlement et la cour, et résistait en face au procureur général Bourgeois de Boynes.

Ce fut comme le coup de grâce donne'' dans le ministère au parti de la S('vérité. La résistance ('tant décid('ment invincible du côté' des parlementaires, le faible Louis XV devait être nécessairement tent(' de demander à une politique toute différente la tranquillité- à laquelle il aspirait. Il avait défendu au Parlement de connaître des refus de sacrements, et ses ordres n'avaient pas é'ié' respectés; il avait frappé les magistrats, et ceux-ci n'avaient pas été ébranlé's; il avait essayé de substituer un nouveau personnel judiciaire à l'ancien, et sa tentative succombait sous le ridicule. Il n'avait plus qu'une ressource, essayer de se réconcilier avec des hommes qui étaient décidément plus puissants que lui, et leur C(''dcr, puisqu'il ne pouvait s'en faire obi'ir. Aussi, vers la fm de l'hiver de IToi, plusieurs symptômes significatifs annoncèrent-ils que le roi ne demandait plus qu'à capituler. Il témoignait à l'archevêque de Paris une froideur excessive '; il disait à la reine, qui en pleura presque, que rien ne devait être aussi libre que la confession -; quand quelque bailliage faisait arrêter un cur»'^ ou vendre ses meubles, on ne donnait plus d'arrêt du conseil pour l'empêcher ^; bref, il était évident qu'il était prêt à s'arranger avec son Parlement," qu'il blâmait au fond, aux di'pens de son cierge, qu'il approuvait, mais qu'il craignait moins.

Bien n'était plus délicat que ces négociations nouvelles, dont il ('tait

\. D'Arf^eiisoo, 1''' avril lllii.

Page 1