‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 225 sur 268 · Voir même livre, cliap. iv · texte numérisé non relu

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ne fussent pas compensés par des augmentations portant sur d'autres revenus. A cet égard, ni l'opinion publique, ni l'administration des finances n'avaient la moindre hésitation sur la brandie des recettes à laquelle il convenait de demander ce supplément de ressources. C'était la ferme générale que le peuple par ressentiment, la cour et la robe par jalousie, tous par la persuasion où ils étaient de liniraensité de ses richesses, désignaient comme la victime nécessaire. Le bail des fermes gén('rales (bail Thibaut La Rue) expirait précisément le le*" octobre 1730, et, selon l'usage, devait être renouvelé dès la fin de l'année 1749; celte affaire fut une des plus importantes parmi celles que Machault eut à trailer après la paix d'Aix-la-Chapelle.

La conviction très arréti'e du contrôleur gt'néral édait que l'on pouvait introduire dans le bail des modifications sensibles au profit de l'État, et il était résolu à les obtenir. A la cour et à la ville, les préoccupations nétaient pas moins vives; seulement l'objet en t'tait différent. Là ce n'était pas l'augmentation des droits du roi qui tenait toutes les coteries inquiètes et toutes les ambitions en suspens; c'était l'espoir de figurer sur ces bienheureuses listes de participants et d'intéressés dans les fermes, où sans travail et pour ainsi dire sans aucun risque chacun se tenait pour certain de trouver sa fortune assurée. A la vérité", les fermes elles-mêmes n'offraient que peu de butin à espérer; car le personnel des financiers généraux ne subissait en réalité aucun changement, et d'un bail à l'autre il n'y avait d'ordinaire d'autre différence que le nom du particulier (ordinairement quelque valet de chambre du contrôleur général) qui servait de prète-noni aux 10 fermiers généraux. C'était un axiome à cette époque qu'un président n'était pas plus assuré de sa place qu'un fermier général * ; et il était nécessaire qu'il en fût ainsi; car les fonctions de fermier général étaient loin d'être une sinécure et il fallait une science véritable, doublée d'une longue expérience, pour se reconnaitre au milieu du dédale de règlements qui régissaient les impôts indirects et pour assurer le bon fonctionnement d'un service aussi important. Les croupes, les parts d'intérêts que les fermiers généraux étaient obligés de consentir ci leurs protecteurs à la cour, étaient aussi déterminées à l'avance et subissaient peu de variations. Mais à cette époque les fermiers généraux ne régissaient directement que les aides de la ville de Paris, les traites, les gabelles et le tabac; les aides du reste du royaume, les domaines et droits domaniaux, étaient sous-afferm(is par eux à des compagnies qui se partageaient par portions plus ou moins grandes le territoire français, et il y avait dans ces sous-fermes, multipliées à l'excès, une bien plus grande

t. D'Argenson, lettre sur les fermes géûérales et sous-fermes, AIT. étrang., fonds de France, !i02.

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raoljilitt'ï de personnel et un nombre considérable de parts d'intérêts à distribuer. Aussi le renouvellement des baux était-il un grave événement, qui faisait battre bien des cœurs. Plusieurs mois à l'avance, les solliciteurs affluaient; les personnes bien posées en cour usaient de leur influence pour elles-mêmes, ou en trafiquaient au profit d'autrui; (les pots-de-vin t-taient promis; des mariages négocii's; on n'entendait partout qu'un refrain : Faites-moi entrer dans les sous-fermes. Obsédé, persécuté, poursuivi à outrance, le contrôleur général cessait de s'appartenir. Pour pouvoir satisfaire plus de monde, on divisait et on subdivisait à l'infini les « sols » d'intérêt '; on coupait et on partageait jusqu'aux liards -' ; mais on ne pouvait empêcher le nombre des solliciteurs de progresser singulièrement plus vite que celui des places. « Tout rompt de monde à Compiègne, écrivait d'Argenson dès le 23 juillet 1710; il y a même des tentes pour coucher quantité de gens qui sollicitent pour entrer dans les fermes et sous-fermes. » On comprend facilement que cette foule de parasites, imposés par la faveur aux quelques travailleurs sérieux de chaque compagnie, venant partager leurs bénéfices, causait une perte grave au Trésor; elle empêchait en elTet toute augmentation des baux et rendait illusoire la règle de l'adjudication au plus ofl'rant et dernier enchérisseur. Comme le disait fort bien d'Argenson, l'État était dans la situation du propriétaire d'un domaine qui imposerait à son fermier des associés pour partager les profits de son exploitation, et ne lui laisserait même pas la liberté de choisir et de renvoyer à sa guise ses bergers, laboureurs et valets, car, si tous les ministres commençaient par dire qu'ils laisseraient aux fermiers la disposition de leurs emplois, tous faisaient insensiblement fléchir la règle pour avoir plus de places à distribuer, et pouvoir ainsi « s'attirer plus de suffrages cà la cour et conjurer les orages du sérail ^ ». De fait le ministère nommait à tous les emplois, et les intéressés à aucun. On voit ce que pouvait être un bail passé dans de semblables conditions. C'est à ces pratiques déplorables que Machault voulait se soustraire, sans souci des haines qu'une telle reforme devait nécessairement soulever contre lui, et qui cette fois pouvaient être unanimes; car toutes les factions de la cour montraient la même avidité, toutes avaient également leurs protégés; en écartant les recommandations et les intrigues, on risquait de se brouiller avec Mme de Pompadour * aussi bien qu'avec la famille royale.

1. Ctiaqiic société se composai l de 20 sols : une frfictiou pins ou moins grande de ces 20 sols était réservée à ceux que le minisire imposait comme participants à la société.

2. Mémoire du fermier générai Lallemant de Belz, Bibl. nat., ms. fr. 11150.

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