AIT. étrang., fonds de l'rance, voL
3. Le successeur de MachauU, Séchelles, pensait sur ce point comme lui. « Notre ministre des finances, écrit d'Argenson le 20 décembre 1755, cherche à favoriser la tolérance: il sent combien les finances et !e commerce ont besoin des prolestants. »
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subsiste encore, quoique fréquemment interrompue, et paralysée par le sentiment qu'elle semble avoir de sa barbarie et de son inutilité. Le pouvoir, encore asservi à cette tradition néfaste qu'il est tenu de mettre la force matérielle au service des enseignements de l'Eglise et que l'existence de dissidents religieux est toujours un scandale, quelquefois un danger, croit se devoir à lui-même de poursuivre ceux qui sont rebelles au catholicisme-, mais il est déjà trop éclairé pour ne pas comprendre rinipossibilit('' d'atteindre le but qu'il poursuit et les embarras qu'il se prépare; et il s'arrête brusquement dans la voie des rigueurs. Le secrétaire d'État Saint-Florentin est le représentant le plus parfait (le ces tendances contradictoires : voulant à la fois extirper le protestantisme et ne pas rendre la France inhabitable à un ou deux millions de sujets, il persécute et ménage à la fois les protestants : il est dispos(' à sévir, mais à condition que l'épiscopat se radoucisse; sa politique est la plus illogique et la plus difficile à définir qui puisse se concevoir. Ses instructions contiennent tour cà tour ou même simultanément des maximes de tolérance et des paroles de fanatisme.
La plus grande difficulté que rencontrât le gouvernement provenait des mariages des protestants. La loi n'attribuant d'effets civils qu'aux mariages conférés par le clergé catholique, ceux des religionnaires qui ne voulaient pas recourir à son ministère détesté, qui préféraient, malgré les peines édictées parla déclaration du 14 mai 1724, contracter union au désert devant leurs pasteurs, restaient sans étal civil régulier : leurs enfants étaient réputés bâtards et exclus de la succession de leurs parents. Beaucoup par conséquent consentaient pour la circonstance à faire acte extérieur de catholicisme, mais c'était pour retourner l'instant d'après vers leurs pasteurs : et le clergé catholique s'était vu amené, bizarre résultat de la persécution, à distribuer une foule de sacrements évidemment sacrilèges. Pour échapper à ce danger, les évêques du Languedoc avaient subordonné le mariage des nouveaux convertis à des formalités si rigoureuses et si multipliées qu'il leur était devenu presque impossible. Ils s'inquiétaient peu de pousser par là les huguenots à l'émigration, de peupler les assemblées du désert, et d'entretenir l'agitation que le gouvernement aurait voulu faire cesser : rien ne les aurait tant réjouis que de voir tous les huguenots obligés do quitter le royaume. Le gouvernement, se plaçant au point de vue, très différent, des intérêts de la finance et de sa propre sécurité, et faisant assez bon marché de la conscience des prélats dans l'administration des sacrements, ne voulait ni émigration ni assemblées du désert : il pensait (ju'on devait ouvrir les portes toutes grandes à tous ceux qui venaient, sincèrement ou non, faire acte extérieur de catholicisme; la présence eu France d'un peuple sans état civil, hors la loi, incapable d'hériter, pratiquant un culte secret, livré à l'influence de ministres étrangers, était
pour lui un grave sujet d'inquiétude et il voulait y mettre ordre en déployant sans doute une rigueur impitoyable contre toute manifestation extérieure du culte protestant, mais aussi en procurant aux huguenots toutes les complaisances et toutes les facilités qui pouvaient les amener à y renoncer. Tandis qu'il employait la force contre les assemblées du désert — toujours trop peu au gré des prélats, — il blâmait ceux-ci de leur excès de sévérité et allait parfois jusqu'à prendre contre eux la défense des protestants. Ainsi, quand Saint-Priest arriva dans le Languedoc, il eut pour instruction de traquer inflexiblement les ministres et prédicanls, « ces pestes publiques ' », et de se montrer impitoyable pour les assemblées du désert, mais aussi d'amener les évoques à diminuer la rigueur et la durée des épreuves pour les mariages : « Ce sont toutes ces rigueurs, écrivait Saint-Florentin à l'intendant -, qui ont causé les désordres auxquels il s'agit de remédier, et non la tolérance que le clergé reproche assez ouvertement au gouvernement.... Les lois pénales qu'il ne cesse de réclamer ont toujours été exécutées, mais l'expérience de tous les siècles de l'Église montre assez qu'elles ne suffisent pas pour extirper l'hérésie, et que la douceur, la patience et la charité sont les véritables moyens que la Providence a elle-même employés et qu'elle a laissés aux pasteurs pour l'établissement de la foi. » Saint-Priest se mit donc en devoir d'employer la persuasion à* l'égard des évèques, la terreur à l'égard des huguenots : une violente persécution se déchaîna sur le Languedoc pendant les derniers mois de i"ol et pendant l'année 1752. On imposa par la force, par la terreur, la rebaptisation des enfants baptisés au désert, la réhabilitation des mariages célébrés devant les pasteurs; des assemblées furent assaillies à coups de fusil par les troupes; le ministre Bénézet fut pris et mis à mort; un autre, Fléchier, ne sauva sa vie qu'en abjurant. Beaucoup de protestants firent semblant de se convertir; beaucoup plus encore émigrèrent, et l'année 1752 a été partout signalée comme une de celles où les départs du royaume prirent des proportions tout à fait alarmantes =*; d'autres enfin, réduits au désespoir et sourds à la voix de leurs pasteurs, qui ne cessaient, même alors, de leur prêcher la résignation et la soumission au roi, répondirent à la persécution par le crime. En août 1732, trois tentatives d'assassinat, dont deux réussirent, furent faites sur des curés languedociens.
1. Expression de Saint-Priesl dans son Mémoire sur les baptêmes et mariages (.les prolestanLs (Arcli. nat., H. 1003).