‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 248 sur 268 · lie privée de Louis XV, t. III, p · texte numérisé non relu

lie privée de Louis XV, t. III, p

les plus intraitables, qu'ils y renonçassent aussi, qu'ils se contentassent d'une simple promesse de vivre et de mourir dans la religion catholique, et d'une assistance aux offices pendant quatre mois. A peine ces actes de condescendance arrachés aux évêques, la cour sembla prendre à honneur de prouver qu'en les réclamant ce n'était nullement le bien des protestants qu'elle avait eu en vue. Dès qu'on pensa pouvoir les violenter sans se heurter à quelque obstacle insurmontable, les accabler sans les réduire au désespoir, on ne négligea rien pour les faire rentrer de force dans le giron de l'Église. Les plus grands efforts furent faits pour en finir désormais avec les ministres et les assemblées : 30 bataillons de renfort furent dirigés sur les Cévennes; jamais, depuis 1702, ne s'y élait vu pareil déploiement de troupes. Richelieu fit placarder cà Mais, Nimes, Uzés, l'ordre que tous les mariages et baptêmes faits au désert fussent réhabilités devant le clergé catholique : des instructions minutieuses furent données aux troupes pour tirer sur tous les rassemblements suspects; on s'efforça de gagner des transfuges; des primes furent promises aux délateurs; la tête des ministres, celle même fie leurs femmes, fut mise à prix : en un mot tous les fléaux de la persécution se déchainèrent sur le Languedoc, jusqu'à ce que, en 1755, le gouvernement par lassitude et le nouveau lieutenant général de la province, le duc de Mirepoix, par humanité, aient renoncé à l'emploi de la force, et fait bénéficier les réformés d'une sorte de tolérance tacite.

On est donc encore bien loin, à ce moment du siècle, d'un véritable esprit de tolérance : il s'en faut de beaucoup que les doctrines favorables à la liberté de conscience prédominent dans les conseils du gouvernement. On s'inquiète peu de la question d'humanité et de justice; on malmène volontiers les huguenots, sous la seule condition que leur sort ne devienne pas absolument intolérable. Et cependant ce n'est pas en vain qu'une rupture s'est produite entre le gouvernement et l'épiscopat, jusque-là unis dans une œuvre commune de persécution : ce n'est pas en vain que la royauté a été amenée un instant, par la force des choses, à rechercher l'appui des éléments hostiles à l'Église; le courage des protestants en a été ranimé; les doctrines des prélats ont été amenées à s'affirmer, à s'exposer au grand jour, et à se compromettre en s'affirmant. L'opinion publifjue a été saisie de la question : de nombreux ouvrages la discutent; le remède au mal a été trouvé et indiqué ; et si le pouvoir s'attarde trop encore dans des rigueurs aussi inutiles que cruelles, c'est sous l'empire d'anciens préjugés dont l'affaiblissement est manifeste. Ce n'est pas une des moindres gloires de Machault que d'avoir cherché à prolt'ger ces utiles serviteurs, ces sujets obstinément obéissants et fidèles, et que le premier germe des grandes réparations de 1787 ait été jeté sous son ministère.

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