Arcli. Gir., G. 1^1 i
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ravidité (le ceux qui en ayant les resserrent flans Tespérance qu'en attendant ils les vendront plus avantageusement; ces ordres ont aussi causé de vives alarmes dans les provinces voisines où la crainte de manquer s'est étendue.... S. M. m'a chargé de vous informer que son intention étant dorénavant que la circulation et le commerce des grains de province à province ne pût être interrompu que par des raisons supérieures, elle ordonnait qu'il ne fût fait des défenses pareilles dans aucune province sans qu'elle les eût auparavant approuvées et qu'elle eût sur ce expliqué ses intentions à MM. les intendants '. >• Ce n'était pas instituer officiellement et publiquement la libre circulation entre les provinces; car on craignait en la proclamant par un acte formel et authentique de favoriser quelques spéculateurs sans scrupule, qui eussent parfaitement su opérer le vide dans certaines régions, tenir les grains en réserve, et ne les laisser réapparaître que lorsque le prix en aurait doublé ou triplé; une permission semblable ne pouvait être décrétée sans danger qu'après une récolte suffisamment abondante et des réserves constituées assez considérables pour que toute crainte de manquer sur un point quelconque fût écartée, et qu'on pût attendre avec confiance les heureux elTets qu'avec le temps la libre circulation ne pouvait manquer de produire. L'extraction des grains restait après cette circulaire soumise aux mêmes formalités que par le passé, et notamment à l'autorisation des intendants; mais la libre circulation était instituée en fait, puisque les intendants avaient désormais les mains liées pour refuser les autorisations en question, et que Machault maintint constamment cette décision, et ne cessa de la défendre contre les atteintes plus ou moins graves que certains préjugés locaux ou certaines craintes peu réfléchies cherchèrent ouvertement ou subrepticement à lui faire subir. C'est ainsi que la ville de Bordeaux, si prompte à concevoir des alarmes pour sa subsistance et à exiger alors l'assistance des provinces voisines, se montrait d'une parcimonie très exagérée quand il s'agissait de laisser sortir pour d'autres provinces et même . pour l'intérieur de la Guyenne quelque chose des amas de blé qui lui venaient de la Bretagne, du Poitou, de la Flandre, de l'Angleterre, de la Baltique. Les jurais contrecarraient par tous les moyens la réexportation des blés amenés dans la ville, ces blés fussent-ils même en quantité surabondante; ils s'imaginaient par là constituer des réserves pour parer aux famines qui pouvaient survenir; ils ne faisaient qu'écarter les blés d'un port où ils étaient exposés à perdre leur valeur et où l'on voyait régulièrement des baisses excessives succéder à des chertés exagérées. Machault consacra mainte et mainte lettre à leur démontrer qu'il était essentiel, pour assurer la subsistance de leur province comme la
1. Arch. (le la Gir., C. 1414: de la Seinc-laférieiire, C. 105.
prospérité de leur port, de laisser le commerce jouir d'une pleine liberté dans ses opérations, et qu'il ne fallait pas se flatter de voir les grains y arriver en abondance, tant qu'il aurait la réputation d'être « un cul-de-sac ' » dont le blé ne pouvait sortir une fois qu'il était entré. L'intendant lui-nirme, plus éclairé cependant , mais très timide lorsqu'il s'agissait d'aller à rencontre des idées dominantes parmi ses administrés, n'était pas sans avoir besoin des exhortations de Machault à cet égard, et Machault ne les lui ménagea point. Comme la récolte de 1751 avait encore été mauvaise, et que la terreur recommençait à se répandre en Guyenne, M. de Tourny insinuait dans une lettre du 20 novembre 1731 que les arrivages de blé allaient sans doute devenir moins abondants que depuis deux mois, et qu'il conviendrait peut-être de prendre des mesures pour ne pas laisser dégarnir les réserves de la ville. En bon français cela s'appelait interdire la sortie des grains hors <le Dordeaux. L'administration supérieure ne crut pas devoir aller absolument à rencontre de ce que demandait l'intendant; mais elle le fit dans des termes qui montraient assez son extrême répugnance pour des restrictions de celle sorte. « Je vous répéterai ici, lui écrivait M. de Courteillc ^ ce que M. le garde des sceaux vous a déjà marqué, et ce que l'expérience et les avis que nous recevons nous confirment tous les jours ; vous pouvez affirmativement compter sur une espèce d'abondance que vous procureront les traites fréquentes et répétées de vos négociants tant que leur commerce ne sera pas gêné, mais aussitôt que la liberté entière qu'ils doivent trouver dans l'exercice de ce commerce sera interrompue, leurs traites cesseront, et vous vous trouverez de nouveau exposé aux maux et inquiétudes qu'ont fait disparaître les quantités considérables de cargaisons qui n'ont pas cessé depuis un temps de garnir vos ports, » Même langage, dans les mêmes circonstances et à la même date, à M. de la Bourdonnaye, intendant de Rouen ^ : « Je crois, lui écrit le contrôleur général, avant d'entrer dans aucun des détails que je me suis proposés, devoir vous observer qu'il est de la plus grande importance de conserver toute liberté dans le commerce des blés et de ne jamais hasarder d'y donner la moindre atteinte;... en suivant ce principe dont il est essentiel de ne jamais s'écarter, lous les marchands ou autres sont dans le cas de vendre leurs blés, d'en acheter et de les faire circuler d'une province à l'autre ainsi qu'ils le jugent à propos. »
Comme Machault l'avait bien prévu, les facilités laissées au commerce en développèrent l'activité; à Dordeaux, non seulement on n'eut pas à craindre de manquer, mais encore l'abondance fut assez grande pour