décembre llol, (J. l'ili
;3. 12 décembre 1731, Arch. Scine-Inlerieure, C. lOo.
produire dès les premiers mois de 17o2 une baisse sensible et déterminer plusieurs négociants qui y avaient amené des blés à solliciter la permission d'en faire passer dans d'autres provinces et même à l'étranger. Sur ce dernier point, le gouvernement était loin d'avoir une opinion aussi arrêtée que sur la libre circulation à l'intérieur du royaume. Permettre l'exportation d'une denrée dont la France avait toujours la frayeur de manquer, lorsque tous les efforts étaient faits constamment pour en favoriser l'importation, semblait un manque de logique de nature à surprendre, à indigner, peut-être à provoquer la sédition. Vingt ans plus tard, Turgot reculera encore devant cette conséquence extrême du principe de la liberté du commerce des grains; à plus forte raison IMachault était-il tenu de le faire, à une époque où les idées étaient moins avancées et les esprits moins familiarisés avec les doctrines de l'économie politique. Cependant, ne pas la permettre était risquer de priver l'agriculture française d'un stimulant énergique, et peut-être détourner de nos ports le commerce étranger. On se tira de la difficulté, en ce cas et en d'autres cas semblables, en trainant les choses en longueur, en cherchant différents prétextes pour ne pas accorder aux négociants la permission demandée, sans cependant les décourager par un refus formel, en établissant des distinctions entre les blés déjà amenés de l'étranger et les blés indigènes, entre les blés en bon état et ceux qui avaient pu subir quelques avaries. Si le blé était français et de qualité irréprochable, l'exportation en était généralement défendue; s'il était étranger et surtout de qualité suspecte, on n'éprouvait nul regret à s'en défaire. Les sieurs Bethman, Imbert et Clermont ayant demandé en 17o.3 la permission d'envoyer en Espagne du blé qu'ils avaient à Bordeaux, l'intendant en référa au contrôleur général et la réponse de celui-ci peut être considérée comme un véritable exposé de principes sur la matière : « .Te ne vois aucune difficulté, disait-il ♦, à accorder aux sieurs Bethman, Imbert et Clermont, les permissions qu'ils vous ont demandées, et vous devez seulement prendre toutes les précautions convenables pour éviter que l'on ne puisse faire sortir sous ce prétexte aucune partie de grains de l'intérieur du Royaume. — La permission que le sieur Ruff vous a demandée de charger et envoyer en Portugal 2 000 boisseaux de blé d'Espagne qu'il a tirés précédemment du haut et bas Languedoc me parait plus que les autres susceptible d'inconvénients et de difficultés; ces grains proviennent de l'intérieur du Royaume, et si l'extraction en est permise, il peut être à craindre que quelques négociants dans l'espérance d'obtenir les mômes facilités ne privent nos provinces d'une partie des grains nécessaires à leur subsistance pour les faire passer à l'étranger où ils se natteront de les vendre à un prix plus favorable;