D'Argenson, 18 octobre
dant ces manœuvres que le public crédule disait procurer un million par jour au roi '.
Le temps arriva enfin où Machault cessa d'être aux prises avec le besoin. Comme la récolte de 1732 avait été abondante, la cherté factice qui avait continué après elle à se faire sentir ne put se maintenir plus longtemps. Au printemps de 1753 le prix du blé diminua partout -; la baisse s'accentua encore après la récolte de 1733 3; désormais les attaques tant de fois renouvelées contre les prétendues manœuvres que !\Iachault pratique ou laisse pratiquer à son entourage disparaissent du journal de d"Argenson, signe certain du retour de la sécurité dans les esprits. Il n'y est plus question de monopole ni de monopoleurs, ni de ces grands enlèvements que d'Argenson dénonçait précédemment à l'indignation publi(iue '', sans expliquer par quel mystère des spéculateurs aussi avisés auraient choisi le temps de la hausse pour faire leurs achats et celui de la baisse pour les cesser.' Cette abondance de grains et cette sécurité générale, c'étaient là ces conditions favorables que Machault jugeait nécessaires pour pouvoir édicter sans danger la liberté du commerce, et qui ne s'étaient pas encore rencontrées depuis la paix d'Aixla-Chapelle : la nature procurait elle-même ce que les approvisionnements officiels avaient vainement cherché à procurer. L'abondance se maintint en 17.34, où la récolle fut encore des plus satisfaisantes; la même année, la publication de trois ouvrages favorables à la liberté du commerce des grains contribua certainement à dissiper beaucoup de préjugés et à préparer avantageusement le terrain pour une réforme. Tous trois eurent un grand succès : l'un était le livre de Dangeul, maître des comptes, sur les Avantayes et désavantages de la France et de la Grande- Bretagne quant au commerce et aux autres sources de l'abondance, dont d'Argenson fait le plus grand éloge ; le second, très apprécié aussi de d'Argenson, était l'Essai sur la police générale des grains, de Herbert, qui voulait une entière liberté pour le commerce des grains, entière liberté pour les négociants de faire des amas de blé, toujours mieux faits par eux que par le gouvernement, et démontrait qu'en les laissant faire on aurait en tout temps autant de blé qu'il faudrait, même dans
d. D'Argenson, 21 janvier l"o3.