D'Argenson, 8 février
longue et laborieuse campagne qu'il fallut faire pour conquérir la liberté illimitée du commerce des grains, et il n'est que juste d'atiribuer une grande part dans l'honneur de cette importante réforme à ceux qui en tentèrent une première application.
La protection accordée au commerce des grains ne fut pas la seule mesure par laquelle Machault témoigna avoir le souci de relever notre agriculture languissante. Les fumiers et engrais furent affranchis de tous droits d'entrée dans le royaume et de circulation entre les provinces (23 octobre 1753). Pour favoriser l'augmentation du bélail, un arrêt du 2 janvier 1748, prorogé depuis d'année en année, suspendit pour un an les droits d'importation sur les bestiaux étrangers. Des bergers de la Brie furent envoyés aux frais du Trésor dans le Berry pour y développer et y améliorer l'élevage des bêles à laine '. Une mesure plus contestable, qui fut non pas prise, mais maintenue, sous le ministère de Machault, était celle qui défendait toute nouvelle plantation de vigne sans l'autorisation des intendants : on craignait qu'une trop grande extension de la culture de la vigne ne fit déserter celle du blé; d'Argenson voyait plus juste quand il disait - que l'intérêt particulier est le meilleur guide en pareille matière, et que le mieux est de lui laisser pleine liberté.
Bien que l'école physiocratique ne fût pas encore née, bien que la vogue ne fût pas encore aux choses de la campagne et de l'agriculture, comme elle sera quelques années plus tard, .Machault était déjà convaincu de l'importance capitale de cette source de richesses et mettait l'agriculture de beaucoup au premier rang. Un jour, raconte d'Argenson -^ que des fermiers généraux se plaignaient devant lui du dépérissement de nos manufactures, loin de partager leurs regrets, il aurait exprimé tout haut sa satisfaction d'un état de choses qui ramènerait forcément vers l'agriculture les ouvriers trop nombreux qui s'en écartaient.
Cette boutade n'exprimait pas toutefois les véritables sentiments de Machault pour notre industrie, car les faits témoignent qu'il fut loin d'être pour elle un ennemi. D'Argenson, qui a parlé longuement en 1730, 1751 et 1752, de la profonde décadence de Lyon par le mal que lui voulait le contrôleur général, par l'oppression qu'il faisait peser sur le corps municipal lyonnais, d'Argenson, qui montre l'industrie lyonnaise réduite à rien et les fabricants et ouvriers forcés d'émigrcr en masse, s'est réfuté lui-même en traçant, en 1753, un tableau très satisfaisant de la prospérité de cette ville et du développement de l'industrie de la soie ^.