janvier 1153, Arcli. nat., I
438 MACOAULT D'aRNOUVILLE.
défiance préconçue contre les industriels : « L'avidité que l'on reproche sans cesse à nos négociants est une qualité nécessaire, et qui n'aura jamais que des suites avantageuses à l'État, quand on tendra à établir entre eux la plus grande concurrence possible.... Si Dieu m'avait confié la pâte dont il a formé les négociants français, je n'aurais pas voulu les faire autrement qu'ils sont, mais en leur laissant toute liberté de se livrer à leur génie, à leur industrie, et à ce qu'on appelle leur avidité, je me serais uniquement occupé de leur susciter dans la nation même le plus grand nombre de concurrents possible, et dès lors j'aurais cru avoir attaché pour jamais au royaume de France un commerce immense qui se reproduirait sans cesse, et qu'aucune nation ne pourrait lui enlever •. » C'était la suppression des corporations, des jurandes et des maîtrises, réforme bien hardie pour le temps. Ces idées étaient loin de dominer dans les conseils, non plus que parmi les corps de marchands. Dans une circulaire du l^"" novembre 17ol, Trudaine recommandait aux intendants de veiller à l'exacte observation des règlements, pour assurer la bonne qualité de nos produits et conserver ainsi les débouchés que l'étranger s'efforçait de nous enlever ^ Machault, qui se rendait bien compte de cet état de l'opinion, parait s'être opposé à l'impression et à la publication des notes que Gournay avait jointes à sa traduction du livre de Child 3. Cependant ce ne fut pas en pure perte que les idées libérales pénétrèrent dans l'administration. Si l'ancien régime subsista encore, bien des indices démontrent que son empire était déjà affaibli. Le bureau du commerce lui-même, où les vues de Gournay n'étaient pas en faveur, commençait à se lasser des abus de la réglementation : « Quoique les règlements, disait-il dans un avis du 13 mars i7.i3 ^, paraissent nécessaires pour maintenir le bon ordre dans les manufactures, en assurer la production et procurer par ce moyen plus constamment un débouché plus considérable, l'on ne voit pas que l'on puisse en faire une application absolue dans tous les cas. » Parfois leur influence se fit sentir dans la pratique; en mai 1754 un arrêt du conseil permit à toutes les villes du royaume d'avoir autant de métiers à faire les bas que bon leur semblerait. D'Argenson saluait avec joie ce faible gage donné à l'idée de liberté °.
Les intérêts du commerce ne furent pas oubliés. Les sociétés d'assurances (c'est de l'assurance maritime, de beaucoup la plus répandue à cette époque, qu'il s'agit) avaient presque toutes disparu pendant la
1. Lettre à Truilaine, 13 mars 1754, F'^ 34. •2. Arcli. nat., F'^ 148.