Èlémeids du commerce, part. Il, chap. v
2. Moreau de BeaumonI, TraiLé des droits et impositions, III, 532.
11 n'entre pas dans notre sujet de raconter comment ces vues se trouvèrent contrariées, après la paix d'Aix-la-Chapelle, par les entreprises gigantesques d'un homme de génie, qui voulut assurer à la France un empire, oubliant qu'elle ne voulait de lui que de l'argent. 11 n'entre pas davantage dans notre pensée de contester la grandeur des plans de Dupleix. Ce n'est pas les décrier que de constater simplement qu'ils ne pouvaient pas, de son temps, ne pas être méconnus. Un minimum de dépenses et un maximum de profits, voilà uniquement ce que la France attendait de ses établissements de l'extrême Orient : le moyen d'y parvenir n'était pas d'entrer dans les querelles des princes de l'Inde, de faire de la Compagnie une puissance territoriale, d'entretenir à grands frais des forts, des garnisons, des armées. L'Angleterre a prouvé depuis que la domination de l'Iade n'était pas incompatible, bien au contraire, avec la satisfaction des intérêts mercantiles. Mais au milieu du xviii^ siècle celle preuve n'était pas faite et l'opinion unanime était que la guerre et le commerce étaient nécessairement en antagonisme, que celui-ci ne pouvait fleurir qu'en évitant celle-là, qu'il fallait choisir entre la conquête et le trafic, et nul n'hésitait dans ce choix. La politique d'extension coloniale, dans des vues purement politiques et patriotiques, était très peu en faveur dans ce temps où l'on croyait, et non sans motif, que la métropole elle-même était loin d'être suffisamment exploitée. L'économiste Melon, dont l'ouvrage ', écrit en 1734, faisait encore autorité au temps du ministère de Mâchault, ne permettait des colonies qu'aux pays où la population surabonde, où nulle terre ne reste sans culture, où les manufactures manquent aux ouvriers : autrement, c'est s'affaiblir que d'aller occuper au loin de nouvelles terres, c'est compromettre à la fois la métropole et les colonies. Forbonnais, qui écrit en IToi, à la veille du traité de Madras, ne veut pas que des colonies à comptoirs (nous dirions aujourd'hui des colonies d'exploitation) se fassent conquérantes, déclare que les Anglais seuls comprennent bien le commerce de l'Inde, parce que ce sont eux qui y ont le moins de possessions -; plus tard il citera, sans la partager, mais aussi sans la repousser absolument, l'opinion de ceux qui se réjouissaient de nos pertes pendant la guerre de Sept Ans, dans la pensée que ces immenses acquisitions seraient une cause de ruine pour nos ennemis '. Point de guerres offensives, point d'ambition territoriale, point de patriotisme mal placé, voilà ce qui revient sans cesse dans les instructions que la Compagnie envoyait à Dupleix pendant les années 1750, 1751, 1752; les succès ne sont vraiment des succès que s'ils mènent à une augmen-