‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 263 sur 268 · Principes et observations économiques, 17G · texte numérisé non relu

Principes et observations économiques, 17G

talion de profils; les conquêles qui forcent à se tenir sur le pied de guerre sont plus onéreuses qu'utiles. Machault pensait sur ce point comme la Compagnie et comme tout le monde, d'ailleurs, en France. Les historiens de Dupleix se sont montrés (leur sujet les y entrainail) d'une extrême sévérité pour le garde des sceaux qui a méconnu, puis rappelé, leur héros, et ne lui ont point pardonné l'envoi dans l'Inde de la fameuse mission de Godeheu. Cependant il n'est pas juste d'exiger d'un homme d'Etat qu'il sache toujours être au-dessus des opinions universellement reçues de son temps. Machault, qui l'a fait dans certaines circonstances et qui ne l'a pas fait dans celle-ci, ne mérite pas pour cela d'être appelé, comme l'appelle M. Hamont, « la plus despotique des médiocrités »; encore moins fondée est l'insinuation de M. Bionne, que Machault et Mme de Pompadour s'entendirent pour vendre à l'Angleterre le rappel du gouverneur qui l'inquiétait si fort '. Il n'est pas besoin de recouriir à de semblables calomnies pour expliquer un acte qui comporte les explications les plus simples et même les plus honorables : le peu d'utilité, les pertes même, que le commerce attendait des conquêles dans l'Inde; la certitude d'une guerre avec l'Angleterre, lorsque nos finances étaient en désordre et notre marine à peu près détruite, si Dupleix était maintenu; la nécessité d'être prudent et même timide, parce qu'on était faible. Inconleslablemenl Machault s'est trompé, s'il a cru que le rappel de Dupleix suffirait à prévenir la guerre contre fAngleterre. Cependant l'illusion était encore possible, au mois d'août 17i)3, lorsque l'envoi de la mission Godeheu fut décidé dans son esprit. El d'ailleurs, quel changement le maintien de Dnpleix aurait-il apporté dans les événements? Si grand que l'on veuille admettre son génie, aurait-il procuré à la France la marine qui lui manquait, l'argent qui lui faisait défaut? Aurait-il suppléé aux soldats que la métropole n'avait pas le moyen d'envoyer en Asie? Aurait-il pu se passer des secours de France, une fois la guerre déclarée, lui qui ne cessait de fatiguer la Compagnie de ses demandes de renforts lorsque la paix n'était pas encore officiellement rompue? Aurait-il aiïronté victorieusement tout le poids de la puissance britaniii(iue, lui qui dans sa lutte contre la seule Compagnie anglaise a subi |iresque autant de revers (ju'il a remporté de succès? Certes, Dupleix gouvernant l'Inde française pendant la guerre de Sept Ans eut joint à la bravoure dont Lally-Tollcndal ne manqua point, l'habileté, la souplesse, qui lui firent défaut : il eût tiré meilleur parti de ses ressources et disputé plus énergiquemeiit la victoire; ce qui eût simplement contraint l'Angleterre à de plus grands elTorls pour la remporter, car son parti était pris de ne pas cesser la lutte avant d'avoir détruit notre

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