‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 40 sur 268 · ENREGISTREMENT DE L'ÉDIT DU VINGTIÈME · texte numérisé non relu

ENREGISTREMENT DE L'ÉDIT DU VINGTIÈME

ments n'avaient pas souci de défendre; comme surtout les parlements n'étaient pas encore arrivés à ce degré de hardiesse auquel ils parvinrent bientôt après : l'opposition parlementaire ne fut ni très vive, ni très diflicile à vaincre, et les remontrances de 1749 sont loin d'avoir l'aigreur et la gravité de celles qui furent faites en 1756 contre le second vingtième, et en 1760 contre le troisième.

La cour, d'ailleurs, n'avait pas négligé sa précaution habituelle de négocier à l'avance avec ceux des membres de la compagnie que leur fermeté affectée et leur stoïcisme romain ne rendaient pas inaccessibles à bien des genres de séduction. Machault comptait dans le Parlement de Paris quelques hommes à lui, l'abbé de Salaberry, Pasquier, de Masseguy ; le premier président Maupeou n'était certes pas de ses amis, mais il était le chef responsable du Parlement devant la cour, et il inclinait volontiers du côté de cette dernière, dont il attendait la satisfaction de son ambition : il n'y avait donc pas à craindre qu'il poussât les choses à l'extrême. Le terrain ayant été ainsi bien préparé, les édits rendus à Marly furent déférés le o mai au Parlement, toutes chambres assemblées. Celui du vingtième suscita, comme on s'y attendait, une assez grande émotion. MM. Gilbert, Thomé, l'un président, l'autre conseiller de Grand'Chambre, de la Fautrière, conseiller à la troisième chambre des requêtes, Durey de Meinières, président de la deuxième des requêtes, prirent la parole et tinrent le langage le plus hardi contre l'abus des dépenses de la cour, les gaspillages des bâtiments, contre la rigueur excessive d'astreindre les peuples à l'imposition violente du vingtième, au moment où ils pouvaient s'attendre à jouir des bienfaits de la paix. Quand vint le moment de délibérer, la Grand'Chambre, de naturel toujours assez timide, et qui aimait trop les pensions et les faveurs de la cour pour lui faire une opposition bien sérieuse, se montra peu disposée à s'inspirer de l'audace des précédents orateurs, au grand désespoir du conseiller Thomé qui ne s'était tant avancé que parce qu'il se croyait sûr d'être suivi; mais les enquêtes et les requêtes embrassèrent, comme toujours, le parti le plus énergique, et finalement, malgré les efTorts du premier président, 106 voix contre 49 refusèrent l'enregistrement et décidèrent des remontrances '.

Celles-ci - portèrent sur les promesses positives et réitérées que le roi avait faites de supprimer « entièrement » le dixième, dès qu'il aurait posé les armes; sur la quantité et le poids des impositions levées pendant la guerre, l'accablement qui en résultait, la misère générale, sensible à Paris, terrible dans les provinces, la nécessité de préférer le

1. Harbicr, mai lliO; duc de Luynes, IX, p. 145; lettre écrite le 20 juillet 1754 par le président de Meinières à Laverdy, contenant de curieiix dèlails sur la scance du 5 mai n4'J. (BIIj. nal., nis. fr. 7573.)

2. Flammermont, Remontrances dn Parlemeiil de l'aris, t. I, p. 397.

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sonlagoment actuel el immédiat du peuple à de simples vues de précaution et d'arrangement. Le Parlement n'osait pas contester en principe l'équité d'un impôt égal pour tous, mais il lirait, non sans subtilité, de l'uniformité même du vingtième un argument contre celui-ci : « Comme celte espèce d'imposition... se répartit indistinctement sur tous vos sujets, qu'elle frappe également sur le pauvre et sur le riche, qu'elle est de telle nature que le pauvre, quelque retranchement qu'il fasse sur son nécessaire, ne peut en adoucir la charge, sa rigueur el son étendue portent trop loin pour qu'on doive en faire usage dans de simples vues de précaution et d'arrangement ». Le Parlement, peu bienveillant pour la finance, aurait préféré qu'on retardât le paiement des dettes de la guerre, ou même qu'on ne les payât pas du tout. « Ce parti, qui ne préjudicierait qu'à un certain nombre de particuliers en état de s'en passer, et dont les fortunes pourraient peut-être paraître suspectes par leur rapidité, ne serait-il pas plus avantageux que de s'exposer à tarir ces sources primitives de l'abondance qui consistent dans la liberté du commerce, dans la culture des terres el dans l'industrie des peuples? » En somme, le Parlement n'osant pas prononcer le mol décisif, à savoir qu'il ne voulait permettre aucune atteinte aux privilèges pécuniaires, c'était la misère publique qui était son grand argument contre le vingtième. Or, au moment même où il faisait une description si pessimiste de la détresse générale, des documents beaucoup plus dignes de foi nous donnent des choses une idée fort différente. Barbier affirme que les dépenses sont très fortes el le luxe porté à très haut point, que les biens rapportent un tiers de plus qu au temps du système de Law, et que « si le Roi doit aussi considérablement, il est nécessaire de prendre sur les fonds, qui en général appartiennent aux gens riches, pour être en état d'un coté de payer exactement toutes les rentes qui font subsister Paris, de l'autre d'acquitter les dettes de la guerre le plus tôt que faire se pourra, afin de se trouver au courant si par malheur on se trouvait obligé d'avoir une guerre nouvelle dans quelque temps ' ». Le duc de Luynes constate, lui aussi, que les espèces circulant en France ont passé d'une valeur de 830 millions en 1715 à une valeur de 1 oOO;quele commerce a fait des progrès énormes, que les villes de Marseille et de Rouen sont en pleine prospérité -. D'Argenson, peu suspect de voir les choses trop en beau, écrit dans son journal, au milieu des anathèmes qu'il lance à Machault et au vingtième, que ce sera toujours un soulagement que le dixième réduit au vingtième, que l'amortissement des dettes de l'Etat jettera beaucoup d'argent sur la place, el que c'est là un moyen très efficace de travailler au soulagement du peuple ^. C'étaient

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