D'Àrg., 20 mai
ENREGISTREMEMT DE L'ÉDIT DL VLNGTIÈME. c3
précisément les mêmes idées que Voltaire exprimait dans un petit écrit plein de verve et de raison, composé en même temps que le Parlement travaillait à ses remontrances, et qui peut servir à la réfutation de celles-ci : Lettre sur l'impôt du vingtième (16 mai 17i9) '. Voltaire y montrait que l'abondance était générale à Paris, qu'il s'en fallait de beaucoup que les campagnes fussent ruinées, que l'aisance était infiniment plus grande en France que dans n'importe quel autre pays de l'Europe; qu'on avait supporté facilement un dixième pendant la guerre, gage assuré que l'on supporterait plus facilement encore un vingtième pendant la paix: que l'Angleterre, moins riche que la France, allégeait sa dette publique, et que la France se trouverait très bien de suivre son exemple. Sans doute Voltaire tenait alors avant tout à obtenir les bonnes grâces de la cour : son témoignage n'en mérite pas moins d'être retenu. Si la Lettre sur le vingtième n'avait pas de sa partie mérite du désintéressement, elle avait certainement celui de venir à son heure, de réduire à leur juste valeur les allégations du Parlement, et elle pouvait exercer sur l'opinion publique la plus heureuse inlluence.
A l'instigation de Machault, le roi fit aux remontrances une réponse brève et ferme : à savoir un ordre pur et simple d'enregistrer dès le lendemain et de lui en rendre compte avant deux heures. Le Parlement fléchit, et ceux-là môme qui s'étaient montrés au début les plus opposés à l'enregistrement répétaient partout maintenant que l'intérêt public exigeait que l'on déférât cette fois aux volontés du roi, que l'édit regardait surtout le clergé, auquel il importait de faire sentir sa sujétion et sa dépendance envers le souverain, qu'on avait d'ailleurs suffisamment défendu les intérêts des peuples par de premières représentations. Le président de Meinières, qui plus lard ne pouvait s'en consoler, garda lui-même le silence, voyant que l'enregistrement était certain. Pour pallier un peu sa reculade, le Parlement renvoya simplement le premier président auprès du roi, pour lui présenter une nouvelle supplique relativement à la durée du vingtième; mais il était décidé à enregistrer si le roi persistait dans sa volonté. Maupeou n'obtint du roi qu'un nouvel ordre d'enregistrer, et le Parlement s'empressa d'obéir, des que le premier président fut de retour de V^ersailles (10 mai 1749) -. Peu de temps après, de brillantes récompenses furent accordées à tous ceux dont les soins avaient contribué au succès de celte aflaire : 10 000 livres de pension à Maupeou, 20 000 au chancelier ^; à Machault, le titre en-