Ils dataient de la fin du xvi" siècle
92 MACIIAULT D ARNOUVILLE.
la province étant assez prudente pour obéir toujours à temps et ne pas fournir au gouvernement de prétexte pour les lui enlever. Un impôt nouveau était-il créé, les États se hâtaient d'y consentir, quitte à trouver ensuite le moyen de Tesquiver en tout ou en partie; au besoin, si leur consentement n'était pas demandé, ils le donnaient, pour être plus sûrs qu'on ne s'en passât point. La capitation avait été proposée par les États eux-mêmes, auxquels l'intendant avait suggéré cette démarche ', et elle fut d'ailleurs immédiatement abonnée, perçue par conséquent « selon les formes de la province ». Le dixième de 1710 fut solennellement demandé aux États par les commissaires du roi, comme s'ils traitaient de puissance â puissance; les États donnèrent sans difficulté leur consentement, et ne tardèrent pas â abonner le nouvel impôt, du moins le dixième des biens-fonds, pour la faible somme de 780 000 livres. Lors de la création du cinquantième, le gouvernement royal étant peu disposé â user envers les corps constitués des mêmes ménagements, les instructions données aux commissaires du roi près les Étals de Languedoc ne parlèrent pas de demande à faire, prescrivirent même de garder le silence sur le cinquantième : tout au plus, si les États soulevaient les premiers la question, de leur notifier les motifs qui rendaient la perception de cet impôt nécessaire « sans que l'on puisse inférer du discours de MM. les commissaires du roi aucune demande de la part de Sa Majesté pour la perception de ce droit - ». Les États se gardèrent bien de rompre le silence, craignant d'être dissous, comme l'assemblée du clergé venait de l'être : mais ils chargèrent leurs députés à la cour de faire d'énergiques représentations, organisèrent une vive résistance, et peu de temps après l'abolition du cinquantième arriva assez â temps pour qu'aucun précédent fâcheux n'ait été créé. En 173.3, comme les commissaires du roi ne parlaient point du dixième, récemment rétabli, les Étals s'inquiétèrent de ce silence, qui semblait présager une levée faite d'autorité, et ils obtinrent qu'il fût envoyé pour cet objet un supplément d'instruction. Bientôt en effet, les commissaires du roi vinrent déclarer â l'assemblée « que Sa Majesté ayant été obligée de demander à ses sujets le dixième du revenu de tous les biens pour soutenir les dépenses de la guerre, elle est bien persuadée qu'ils se porteront à lui témoigner sur cela la même affection à son service qu'ils ont fait paraître sur les autres demandes qui leur ont été faites de sa part depuis l'ouverture de l'assemblée * ». C'était donc leur consentement qu'on leur demandait : la victoire des États était complète, si complète même