‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 63 sur 268 · Mémoire sur le dixii-me en Languedoc, H · texte numérisé non relu

Mémoire sur le dixii-me en Languedoc, H

que malgré les répugnances d'Orry, qui ne voulait pas d'abonnement, ou tout au moins voulait pour un abonnement la somme de 2 millions, les États obtinrent d'abonner leur dixième pour i 330 000 livres, 70 000 livres seulement de plus que le dixième de 1710 ', c'est-à-dire une augmentation insignifiante, sans proportion avec celle des autres provinces, ni avec celle que des recherches exactes eussent procurée. La demande du dixième fut faite dans les mêmes termes en 1741 et l'abonnement porté cette fois à I.'iOOOOO livres. EnQn lorsque parut Tédit qui créait les 2 sols pour livre du dixième (décembre 1746), les États étaient assemblés : leur syndic général de Montferrier s'empressa de leur en faire part, et ils délibérèrent aussitôt de consentir à ce surcroit d'imposition, en se plaignant seulement que l'édit ne leur eût pas été adressé selon l'usage. Machault, qui avait évidemment voulu éviter cette négociation, jugée par lui humiliante, fut ainsi prévenu par la vigilance de l'assemblée.

Tel était le prix que mettaient les Étals de Languedoc à conserver les ap[)arences d'une libre adhésion de leur part à des impôts qu'en réalité il ne dépendait pas d'eux d'éviter. Ils ne tenaient pas moins à rester les maîtres de la répartion et de la perception, à conserver la haute main sur toute l'administration linancière, et ils y avaient toujours réussi. Pour le dixième en particulier, la seule part qu'eût l'intendant dans l'administration de cet impôt consistait à mettre sa signature sur les rôles, qui n'étaient point faits par lui, mais par les syndics généraux de la province qu'élisaient les États, et à faire partie, pour la forme, de la commission des États qui prononçait sur les demandes en décharge et en modération -. L'impôt du vingtième menaçait de détruire ce double privilège dont la province était fière.

Machault engagea l'affaire en Languedoc de la même manière que dans les autres pays d'États, en invitant l'archevêque deNarbonne, chef de toute l'administration provinciale, à faire remettre les rôles du dixième à l'intendant, pour que celui-ci pût travailler sans perte de temps à commencer ceux du vingtième '. Soit surprise, soit désir de faire sa cour, soit plutôt que la maladie dont il était atteint lui troublât l'esprit, l'archevêque de Narbonne (de Berlon-Crillon) répondit d'abord à Machault cju'il se conformerait à ses ordres. Mais la province veillait attentivement, et était prête à réparer les défaillances du président des États. Pressé par son entourage, le prélat rétracta sans tarder sa première lettre, et déclara au contrôleur général qu'il ne saurait être ques-

i. Qui était de "80 000 1. pour les biens-fonds et de 500 000 1. pour l'industrie, lus rentes, etc.; cette dernière partie avait été alTermée à part à un traitant nommé Roussel.

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