Jean-Georges Le Franc de Pompignan
■i. Mémoire des députés des Étals de Languedoc à la cour, à l'appendice
du lome X des Mémoires du duc de Luynes, p. 481.
coup le surcroît de travail et de responsabilité que lui imposerait la formatioQ des rôles du vingtième et plus encore la haine qu'il s'attirerait par là de la part de ses administrés.
Machault n'était nullement disposé à se payer de semblables raisons. Il n'admettait pas qu'on put opposer des textes du xiii'' ou du xiv" siècle, ou même des textes plus récents, à une volonté clairement exprimée du roi, ni qu'on s'appuyât sur des faveurs précédemment obtenues pour en arracher de nouvelles. En général il n'aimait pas ces manières de discuter d'égal à égal entre souverain et sujets, ni qu'on fit tant de façons pour obéir. Dans le cas présent, il ne voyait pas d'ailleurs en quoi ces privilèges si vantés seraient lésés par les dispositions prises pour la levée d'uu impôt auquel les Étals auraient toujours le moyen de donner plus tard leur consentement : n'oublions pas en effet qu'aux yeux de Machault le droit de consentir n'impliquait nullement la liberté de refuser. On lui objectait l'absence de rôles particuliers pour le dixième des biens roturiers : il répondait à Le Nain qu'il pouvait toujours se faire livrer par les conseils et syndics des communautés les brevettes ou abrégés des compois, qui contenaient le nom des possesseurs actuels et l'indication de leurs biens. Il finit cependant pas se rendre aux instances qui lui étaient faites de toutes parts, ayant égard à l'époque fort rapprochée de la session des Étals (janvier 1750) et à ce qu'il avait déjà accordé au clergé de France un sursis analogue. Il promit de différer jusqu'à ces États toute opération relative à la levée du vingtième : mais il parla en toute occasion de manière à faire entendre clairement qu'il ne serait point question d'abonnement, que la province ne devait s'attendre à aucune exception en sa faveur, que les motifs qui rendaient nécessaire la perception du vingtième s'opposaient à toute infraction à la règle générale. C'est ce qu'il écrivait encore le 1 i janvier 1730, quelques jeurs avant la session, à l'archevêque de Narbonne.
Cependant ce retard loin de calmer les esprits, ne fit que les exciter davantage. Les mécontents le mirent à profit pour semer l'aigreur et l'esprit de résistance parmi les membres des États. Les députés furent énergiquement travaillés par les évêques du Languedoc, eux-mêmes mis en avant par le clergé de France tout entier. La lettre de Machault à l'archevêque de Narbonne acheva de tout compromettre. Comme le déplorable état de santé dans lequel était tombé ce prélat le rendait incapable de surveiller sa correspondance, ses valets lisaient ses lettres, les communi(iuaient, et parfois, s'il faut en croire le maréchal de Richelieu, fabri(iuaienl eux-mêmes les réponses. Celle de Machault avait fait le tour du Languedoc avant que s'ouvrit l'assemblée, et la province put se convaincre, à sa grande irritation, (juc son sort était réglé d'avance et que toutes représentations seraient en pure perte.
Les députés arrivèrent à Montpellier avec des allures suspectes : « Je
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m'aperçois, écrivait rintendaat*, d'un air de mystère et de concertation (jui indique des projets délicats dont aucun particulier n'oserait se charger, s'il ne se flattait de se sauver dans la mullilude. J'ai été averti même par des gens bien intentionnés qu'on pourrait nous faire quelques difficultés sur le don gratuit. J'entrevois la plus vive résistance de la part des évêques, et je crains fort que leur association et leur union ne nous causent bien de l'embarras. » L'autre commissaire du roi, le maréchal de Richelieu, lieutenant général et commandant en chef en Languedoc, n'était pas moins inquiet : « Je vois avec la douleur la plus vive, écrivait-il ^, les têtes plus échauffées que je ne l'ai vu dans aucune occasion, et qu'il parait une union si complète entre les évêques que je puis presque vous assurer que leur avis sera uniforme;... tous conviennent qu'ils ne peuvent en honneur et en conscience imposer le don gratuit, parce que, disent-ils, le premier jour de l'assemblée ils ont fait un serment solennel de maintenir les privilèges de la province. Comment, disent-ils, 22 évêques, qui sont le quart du clergé de France, viendront-ils à l'assemblée prochaine soutenir leurs immunités, quand ils viennent de trahir un serment solennel et les intérêts d'une province qu'ils avaient juré au pied du crucifix de conserver? » Pour surcroit de malheur, l'archevêque de Narbonne, sur lequel le ministère croyait pouvoir compter, était évidemment incapable de contenir le mécontentement : « Il est ici, écrivait Richelieu •^ dans un état qui fait la plus grande pitié du monde, balbutiant mais oui la plus grande partie du temps, déraisonnant, ne sachant où il est; malgré cela, il veut absolument présider aux États, et ses valets qui le gouvernent despotiquemenl l'ont échauffé sur cela au point qu'il n'est pas possible de lui faire entendre raison, et demain matin il faudra avoir le spectacle le plus triste et le plus scandaleux par l'impossibilité physique où il est de prononcer dix paroles de suite, encore moins de lire, «t même de se tenir dans sa place d'où il se laissera peut-être glisser. »
Les États s'ouvrirent le 29 janvier 1750. Comme Richelieu l'avait prévu, force fut à 1 archevêque de Narbonne de renoncer dès le lendemain à la présidence qui passa en conséquence à l'archevêque de Toulouse, Charles-Antoine de la Roche-Aymon S souple et adroit personnage, qui tenait à ne se brouiller ni avec les États ni avec la cour, au fond penchait plutôt vers celle-ci comme tous les ambitieux, n'entendait cepen-