‹ Machault d'ArnouvilleChapitre 75 sur 268 · Esprll des lois, liv. XIII, cliap. xii · texte numérisé non relu

Esprll des lois, liv. XIII, cliap. xii

116 MACIIAULT D'aRNOUYILLE.

Cette chaleureuse apologie des États provinciaux, écrite avec uue conviction inconteslable, juste quelquefois (ainsi Mirabeau mettait le doigt sur uue des plaies dangereuses dt3 la France en s'élevant contre l'absorption chaque jour plus prononcée de toutes les forces vives du pays par un centre uniiiue, contre la désertion des provinces par leurs habitants les plus notables), mais surtout pleine d'idées surannées et imprégnée d'un regrettable esprit de caste, n'ébranla pas plus le contrôleur général que les lettres soit suppliantes, soit alarmistes, qu'il recevait par paquets du Languedoc; et la fin de l'année 1750 arriva sans qu'il fût le moins du monde (jue>tion du rétablissement des États. Comme un arrêt du conseil du i octobre 1750 avait rétabli dans leurs fonctions, sous l'autorité de l'intendant, les 3 syndics généraux du Languedoc, acte de justice nécessaire envers des hommes qui vivaient de leur charge et que leur inaction forcée réduisait à la misère, quelques personnes se figurèrent que celte mesure était un symptôme de découragement dans le gouvernement. Machault se chargea de les détromper par cette lettre énergique qu'il écrivait le 30 octobre à l'archevêque de Toulouse ' : « En se portant à ordonner que les syndics généraux de la province continueraient à remplir sous l'administration de M. l'intendant les mêmes fonctions qu'ils avaient exercées sous celle des États, S. M. n'a pas pensé qu'elles pussent être d'aucune nécessité, ni pour son service, ni pour le bien de la province : Sa Majesté a bien voulu entrer en considération de ce que ces officiers ont payé ces charges qui font une partie de leur fortune.... Au surplus, le Roi a tout lieu d'être satisfait de la façon dont les affaires s'administrent actuellement dans la province : les impositions s'y font et s'y lèvent à l'ordinaire, et le service n'y souffre dans aucune de ses parties; ainsi, lorsque Sa Majesté jugera à propos d'accorder le rétablissement de l'ancienne forme d'administration, ce ne pourra être qu'une pure grâce qui n'aura pour principe que sa clémence et l'oubli de tout ce qui s'est passé, et non aucun motif ni du bien de son service, auquel ce rétablissement n'est nullement nécessaire, ni de l'intérêt de ses peuples, qui ne peuvent rien perdre au soin plus particulier qu'elle veut bien prendre de connaître par elle-même ce qui peut leur être le plus avantageux. »

Machault avait raison de s'armer d'une résolution aussi énergique, car de graves difficultés étaient encore réservées à la petite révolution administrative qu'il accomplissait. La première fut la mort de l'intendant Le >'ain, le seul à proprement parler à qui les changements survenus en Languedoc aient été vraiment funestes. Le mallieuroux intendant avait déjà avant ces événements uue déplorable santé : il avait du subir

quelque temps auparavant l'amputaliuii d'un bras. Les tracas de tout yenre que lui suscitèrent les incidents de l'année 1750 aggravèrent singulièrement sa situation. Il ne put jamais se consoler des mauvais sentiments dont il voyait ses administrés animés contre lui, ni prendre son parti du surcroit de travail que les circonstances lui imposaient : ses lettres particulières au contrôleur général n'étaient qu'une lamentation continuelle sur ces deux points. En vain Machault accorda ou promit des gratifications extraordinaires pour lui permettre de s'entourer d'un plus nombreux personnel; en vain il lui donna pour le soulager dans le travail des signatures un subdélégué général pour toute l'intendance. Rien ne put empêcher lexf-ès du travail et les soucis dépuiser définitivement une couslitution déjà affaiblie. Après un mieux apparent, une mort subite enleva Le Nain, le 28 décembre 1730, quelques heures à peine après qu'il venait de quitter son bureau de travail. La crise administrative que traversait le Languedoc allait ainsi se compli(]uer d'un changement de personnel : c'était pour la politique de Machault un événement des plus fâcheux. Mais il ne songea pas un instant à revenir en arrière, et s'occupa sans retard de trouver à Le iNain un remplaçant qui fût à la hauteur des circonstances.

Son choix tomba sur Guignard de Saint-Priest, un favori de Mme de Pompadour, maître des requêtes, récemment nommé directeur de la compagnie des Indes. Quoi qu'en ait dit d'Argenson ', sa confiance fut pleinement justifiée. Saint-Priest avait toutes les qualités nécessaires pour réussir : beaucoup de fermeté avec beaucoup de modération, un désir sincère de concilier les intérêts du roi et ceux de la province, une réelle habileté à désarmer le mauvais vouloir alors général en Languedoc contre l'homme, quel qu'il fût, chargé de représenter et de servir une politi(|ue délestée. Les plus malveillants durent rendre justice à son tact et à sa modération, et l'évoque de Saint-Pons, « le père de toutes les difficultés et qui ne parle que pour répandre de la méfiance - », convenait lui-même (|ue M. l'intendant était « fort agréable aux Étals, quoiqu'il en fût autrement de la besogne dont il était chargé ^ >>.

Saint-Prit'st recevait une succession difficile. Les préventions continuaient à être extrêmes dans la province contre tout ce qui venait de la cour ou de l'intendance. Il se trouvait toujours des gens pour se plaindre d'une prétendue augmentation des impôts, même des impôts ordinaires, du discrédit des rentes constituées sur la province, du dépérissement du

1. D'Arg., 14 janvier llijl : « un Daiipliinois délié, qui fera ouvrage de montre pour le roi, ouvrage de vexalion pour lo peuple, ne réformera aucun abus, transigera sur Us maux et ne |)ro(luira aucun bien ».

2. L'archevêque de Narbonne à Mai'liault, 17 mars 1734, H. 855.

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