Pages à Macliault, 5 novembre no
3. Les frais d'États s'étaient montés en 1750 à 258 000 I. et avaient souvent dépassé 260 000. Parmi les articles supprimés ou réduits, on remarque les suivants : une montre et demie, soit environ 22 700 1.; la musique des États, qui tombe de 12 000 I. à 3 000; les frais de députatiou à la cour, qui sont ramenés de 55 000 à 33 000; le port des lettres des députés, les gratifications au commis qui les contrôle et au commis qui les distribue, soit 4 450 1., disparaissent. La liste des articles maintenus montre que la profusion est grande encore; pour 4 montres, 44 400 : pour menus frais de la tenue des Ktats, 13 080 : les gratifications sont noud)reuses : à MM. du bureau des recrues, pour leurs épiccs, 3 0U0: aux huissiers des États, 2 800; aux greffiers des États, qui avaient vivement souhaité la résurrection de l'assemblée, et qui avaient leurs raisons pour cela, chacun 0 550 I.; aux trois syndics généraux, en tout 28 440 I.; au président des Etats, 3 000; aux secrétaires de l'intendant, du maréchal de liichelieu, du comte de Saint-Florenlin, des sommes variant de 1 000 à 2 800 l.;au courrier qui porte à la cour la nouvelle de l'accord du don gratuit, 1 500; à l'agent de la province à Paris, 2 200; au secrétaire d'État ayant dans son département le Languedoc, 12 000; au
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les envoyés des barons, qui seront payés dorénavant par leurs commettants, non par la province, et réduites pour les députés du tiers à 3, auxquelles pourrait parfois être ajoutée par le président une seule montre de grâce; aucun impôt ni aucun emprunt ne pourront être faits dans la province sans permission par arrêt du conseil; la vériTication des impositions ordonnées dans les assiettes sera faite par la commission établie en 1734 pour la vérification des impositions et dettes des communautés, et non plus par les États eux-mêmes, contrairement aux lettres patentes de 1667 : article peut-être le plus important de tous, et celui qui suscita le plus de mécontentement. L'état général des recettes et des dépenses, divisé par chapitres, avec indication pour chacun des délibérations qui s'y rapportent et des pièces qui l'autorisent, sera remis aux commissaires du roi, examiné, approuvé et signé par eux avant qu'il puisse être procédé au département des impositions, qui devra y être exactement conforme; le même état, avec le procès verbal de chaque session, et copie des comptes du Trésorier de la Bourse, devra être envoyé au contrôleur général; les greffiers des Etats ne pourront être payés de leurs gages et gratifications qu'après s'être mis en règle sur cet article et en avoir justifié par une attestation des greffiers des commissaires du roi.
Pour faire avaler aux États cette pilule amère, Machault comptait sur l'habileté de Saint-Priest, et sur la reconnaissance de l'archevêque de Toulouse qui venait enfin d'être promu au siège de Narbonne par l'influence du parti Machault et Pompadour, et malgré la mauvaise volonté déclarée de l'ancien évêque de Mirepoix *. H comptait aussi sur les instructions très conciliantes qu'il donna au sujet du vingtième, et qu'on eut soin de laisser connaître partout. Tout cela n'était pas de trop pour triompher des répugnances des États. Quand les députés arrivèrent à Montpellier pour l'ouverture de l'assemblée qui avait été fixée au 26 octobre, partagés entre la joie d'avoir recouvré l'existence et la douleur de ne l'avoir recouvrée qu'à de pareilles conditions, la partie était loin d'être gagnée pour le contrôleur général. Si le nouvel archevêque de Narbonne était bien décidé à diriger les États dans le sens de la soumission, il y avait un petit groupe d'opposants tout prêt à soulever
contrôleur général, 3 000. La malignité publique ne manqua pas de remarquer qu'une noiable partie des 200 000 1. réglementaires passait à des personnes étrangères à la province et que le contrôleur général ne s'était pas oublié. (Mém. des Étals de Languedoc an roi en 1780; Trouvé, les États de Languedoc, II, p. 520.) — État annexé à l'arrêt du 10 octobre 1752, H. 850.
l. Mgr de la Roehe-Aymoa avait tous les titres possibles à la haine du ministre de la feuille des bénéfices, comme protégé de Macbault, comme chef dans l'épiscopat languedocien du parti des politiques, comme ne partageant pas les sentiments de la plupart de ses confrères dans l'affaire des protestants et dans celle des billets de confession.
toutes les difficultés imaginables : ce groupe avait à sa tête l'archevêque d'Albi, qui avait déjà fait tant de mal aux États précédents, et l'évêque de Saint-Pons, « qui soufflait secrètement le feu de toutes parts ' ». Us étaient à craindre, à cause du mécontentement que causaient beaucoup des articles de l'arrêt. Ainsi Ton se plaignait vivement du retranchement énorme sur la musique : « Il nous en faut au moins le double, écrivait l'archevêque de Narbonne au contrôleur général -, pour avoir quelque chose de passable; j'ose vous supplier de vouloir bien vous laisser fléchir sur cet article ». La suppression des visites pour la sollicitation du don gratuit, la diminution des montres, froissaient l'orgueil ou les intérêts de l'assemblée. On regrettait les gratifications supprimées ou réduites; l'archevêque de Narbonne et les commissaires du roi s'en plaignaient eux-mêmes, car ils craignaient de perdre avec elles leur plus puissant moyen d'action sur les députés : « Ces gratifications, écrivait Richelieu, forment une espèce d'émulation parmi les membres des États.... On pourrait leur dire que travaillant pour leurs propres affaires ils n'ont pas besoin d'être payés, et que la gloire de servir leur patrie doit leur tenir lieu de tout; je suis persuadé même que cela suffisait dans les premiers temps de la république romaine, mais à présent je suis très convaincu que le choix de ce travail qui était très brigué autrefois serait évité, et que ceux qui ne pourraient s'en dispenser l'exécuteraient d'une façon dangereuse pour la province. Et il joignait ses instances à celles de l'archevêque de Narbonne pour obtenir sur les frais d'États une augmentation de 20 000 livres, « un bien petit objet pour une province comme celle-ci, et cette somme qui nous est nécessaire nous consolerait et nous contenterait ^ ». ]\Iachault ne s'obstina pas à la refuser; mais il entendait ne l'accorder que lorsque les États l'auraient méritée par leur conduite, et qu'elle n'aurait plus l'air d'être obtenue par intimidation.
Dès le surlendemain de l'ouverture des États, le 28 octobre (les longs délais d'autrefois n'étaient plus de mise avec les Etats réorganisés), les commissaires du roi apportèrent à l'assemblée ce fameux arrêt du 10 octobre. Sitôt que la lecture en eut été faite, le maréchal de Richelieu expliqua brièvement ^ les raisons que les Étals avaient de s'en louer », prononça l'enregistrement qu'il fit faire brusquement, et leva immédiatement la séance, sans que personne eût osé rien dire « quoique pluplusieurs eussent bien envie de parler*». Une fois l'enregistrement accompli, toute difficulté sérieuse était terminée. Sans doute il fallut bien, sur le V(PU unanime des États, laisser nommer une commission pour
1. L'archevêque de Narbonne à Machaiilt, 3 novembre 1752, H. 818.