Cf. Varchi, Ouvr. cit,, t. III, p. ii3. « Lorsque
Alexandre passa par Rome, les exilés qui étaient restés
' dans cette ville ou leurs partisans firent écrire sui* les
LES MÉDIGIS 61
sa fille naturelle Marguerite, périt, en 1537, au milieu des feintes tendresses d'un Lorenzino et sous le fer d'un Scoronconcolo * .
Quel spectacle pour Machiavel que icelui de ces princes sensuels, efféminés, dissipés, qui mettent et mêlent au service de leurs passions
murs de Fendroit où il était logé : Vive Alexandre de Colle- Vecchio. C'était pour lui reprocher la bassesse de la naissaoce de sa mère qui était une pauvre paysaune de cet endroit »
1. Ce drame abominable a été cent fois raconté. Voyez surtout Varchi, Ouvr. cit , t. III, p. 191 et suiv. « Je ferai le récit de la mort du Duc d'après ce que j en ai entendu de la bouche même de Laurent de Médicis et de Scoronconcolo, meurtriers de ce prince, les seuls de qui on pouvait apprendre la certitude de ce fait. » Peut-être n'a t-on pas assez remarqué que ce guet-apens ne fut que la mise en action de quelques-uns des préceptes les plus honteux de Machiavel. « Si ceux qui sont mécontents d'un prince, écrivait le Secrétaire Florentin, sont dans des circonstances qui ne leur laissent pas des forces suffisantes pour l'attaquer, qu ils emploient toute leur adresse à se concilier son amitié ; tous les moyens qui peuvent les conduire à cette lin doivent être mis en usage ; que sans cesse ils épient ses goûts, et qu'ils soient toujours prêts à s'amuser de ce qui peut lui plaire. Cette espèce d'mtimité assure d'abord votre tranquillité, ei vous fait partager sans danger avec le prince toute sa bcmne fortune, comme elle vous fournit les occasions les plus favorables de satisfaire vos ressentiments. » Discours, Liv, III, ch. ii. Lorenzino ne fit qu'appliquer ces maximes.
le sacré et le profane, et dont les désordres et l'ambition ne sont plus même couverts par les qualités qui avaient illustré leurs ancêtres : le génie des affaires et le culte intelligent des arts !
Il est vrai que durant cette période, qui fut, en somme, pour la maison des Médicis, une période de décadence, un des fils de Laurent le Magnifique, le cardinal Jean, et un de ses neveux, le cardinal Jules, occupèrent la chaire de Saint-Pierre, et que si le pontificat du cardinal Jules n'offrit rien que de terne ou même d'attristant, celui du cardinal Jean parut, au contraire, jeter sur toutes choses un tel éclat, que ses splendeurs enveloppant le siècle tout entier, la postérité, injuste parfois dans son admiration comme elle l'est dans sa haine, ne devait point hésiter à nommer le xvi* siècle le siècle de Léon X*. Et pourtant, au milieu de ces pompes, que de misères! Sous cet appareil solennel, que de frivolités ! Parmi toutes
i. Cf. DuMESNiL, Ouvr, cif., p. 2o6. « Si Léon X a donné son nom au xvi" siècle, effaçant en partie celui de Jules II, ce n'est pas qu'il ait fait plus ou mieux pour Fart; car il a seulement continué l'œuvre de Jules, en se servant des mêmes maîtres. »
ces magnificences qui triomphale$[ient s'étalent, quels sourds mais puissants munàtares de protestation!
La vive et nette intelligence de Machiavel n'a été ni éblouie ni déçue par les appaJ^ences. n a bien pu, dans un livre officiel et de commande, exalter le mérite et la grandeur du cardinal Jules de Médicis* ; mais, en réalité, il n'a jamais vu dans Clément VII qu'un prince modéré sans doute, mais médiocre; d'une certaine habileté peut-être, mais àvare* et sans foi; d'une indécision compromettante, ingrat, sans énergie, cœur froid et desséché \ D'autre part,
1. Machiavel, Œuvr, compLy t. I, p. 192, Histoire de Florence^ Liv. VIII. « Il naquit de Julien de Médicis, peu de jours après sa mort, un fils naturel nommé Jules, et dans lequel éclatèrent ce mérite et cette grandeur que la renommée publie partout en ce moment, et dont, si Dieu nous conserve vie, nous parlerons amplement, quand nous aurons achevé le récit des événements actuels. » L'histoire de Florence s'arrête à 1492, date de la mort de Laurent le Magnifique.
2. Cf. Varchi, Ouvr, ct^, t. I, p. 55. « Le pape Clémeot, malgré sa prudence ordinaire et sa prévoyance admirable dans les périls, ne savait en cette occasion quel parti prendre; soit par le désir de satisfaire jusqu'au bout son avarice excessive et naturelle, soit parce que le Ciel le permettait ainsi. »