‹ Machiavel: augmentée du̕n appendiceChapitre 25 sur 96 · Cf. GuicHARDiN, Ricordi, « Clément Vif, d'une âme · texte numérisé non relu

Cf. GuicHARDiN, Ricordi, « Clément Vif, d'une âme

que devait penser de Léon X le Secrétaire Florentin? Que devait-il penser de cet illustré élève de Ficin, de Pic, de Politien, de Chalcondyle, de Bolzani ; politique prudent, il est vrai * , mais déloyal ; prince très-italien assurément et fort jaloux des accroissements de sa puissance*, mais, depuis son intronisation, d'une insouciance béate ; sobre et de mœurs irréprochables, je le veux', mais fastueux, prodigue, engageant, pour subvenir à son luxe, jusqu'aux joyaux de Saint-Pierre et mettant aux enchères les indulgences en même temps que la pourpre*, que

médiocre et timide, mais très-patient, modéré et dissimulé. »

i. (c J'ai trois fils, disait Laurent de Médicis : Julien, Pierre et Jean. Le premier est bon, le second est fou, le troisième, Jean, est prudent. » Ranke, Histoire de la papauté pendant les seizième et dix-septiéme siècles, trad, de Saint'Chéron, 1. 1, p. 82.

2. Léon X s*empara, au mépris de toute espèce de droit, d'Urbin, de Pérouse, de Fermo, de la plupart des villes et forteresses de la Marche d'Ancône.

3. Cf. Paulus Jovius, Oper, cit., de Vita Léon, X Libri IV; Roscoe. Vie et pontificat de Léon X, traduit de ranglais par P. F. Henry. Paris, 1808, 4 vol. in-8. — AuDixN. Histoire de Léon X. Paris, 1846, in-12.

4. En juillet 1517, à la suite de la conjuration des cardinaux conduite par Alphonse Petrucci, Léon X créait à la fois trente* et un nouveaux membres du Sacré-Col-

lui-même avait obtenue à treize ans * ; pontife finalement funeste à TÉglise, un Grec sous là tiare, et dont les élégances d'artistQ et les préoccupations de lettré, dont Fexistence en^ande partie remplie par la chasse à Cervetri, à Corneto, à Civita-Vecchia, à Campo-Salino, à la Magliana ; par la pêche à Viterbe, à Bolsène ; par le théâtre, la musique, le jeu, les bouffonneries, les bons mots, étaient de toute évidence peu propres à conjurer les périls qui s'amassaient contre la papauté et qu'il soupçonnait à peine ', ou à en soutenir victorieusement le

lége, dont trois fils de ses sœurs. En dépit de choix honorables, nombre de chapeaux passèrent pour avoir été vendus par lui, aussi bien que les indulgences. De là cette épigramme, lors de sa mort qui fut presque subite :

« Sacra sub extrema si forte requiritis hora Cur Léo non potuit sumere^ vendiderat, »

1. Cf. César Cantu, la Réforme en Italie. Les Précur^ seurs. Discours historiques traduits de Vitalien par An i cet Digard et Edmond Martin. Paris, 1867, in 8, p. 398. Discours X. Scandales dans l Église.

2. « Frère Martin est un très-bel esprit, aurait dit Léon X en parlant de Luther, qui en I5i0 avait visité Rome, et ce sont bien là dôs rivalités de moines. » Et encore: « C'est un Allemand ivre, et il faut lui laisser cuver son vin. » Parfois cependant, d'après Castiglione,

choc formidable ? « Je ne sais à qui plus qu'à moi, écrivait Guichardin, pourraient déplaire Tambition, Favarice et la mollesse des prêtres, soit ptfree que chacun de ces vices est haïssable en lui-même, soit parce qu'ils s'accordent si peu avec une vie consacrée à Dieu, soit enfin parce que, réunis, ils me semblent dénoncer une corruption d'âme singulière.

Néanmoins la place que j'ai occupée auprès de plusieurs papes m'a forcé d'admirer leur grandeur. N'eût été ce respect des convenances, j'aurais, quant à moi, aimé Martin Luther, non pas pour m'affranchir des lois introduites par la religion chrétienne, telle qu'elle a été interprétée et comprise par la masse, mais dans l'espérance que sa secte pourrait ruiner l'odieuse tyrannie des prêtres, ou du moins lui rogner les ailes, et réduire cette bande de scélérats à de justes termes, je veux dire à vivre sans vice ou sans autorité. Arei amato Martino Lutero... per vedere ridurre qiiesta caterva di scelerati à

Luther n^aurait pas laissé que de causer à Léon X une véritable inquiétude. « Il Papa sta con molto fastidio délie cose di Martino Luther e P estima assaissimo, »> — Cf. Bulla Leonis X contra errores Martini Lutheri et seguaciurn, 15 juin i520.

termini debiti^ cioè à restare o senza vizii o senza autorità. * » Violent et injurieux langage, mais langage pourtant que Machiavel n'eût pas trop désavoué ! Car s'il n'a pu aimer Luther qu'il ne connaissait pas même de nom, tout porte à croire qu'il eût applaudi aux premières entreprises du moine Saxon. Nul du moins n'a été plus que lui persuadé qu'une réforme, c'est-à-dire qu'un ébranlement menaçait prochainement l'Église romaine. « Certes, écrivait-il dans ses Discours sur Tite-Live, si dans les commencements de la république chrétienne la religion se fût maintenue d'après les principes de son fondateur, les Etats et les républiques de la chrétienté seraient bien plus unis et bien plus heureux qu'ils ne le sont. On ne peut donner de plus forte preuve de sa décadence et de sa chute prochaine que de voir les peuples les plus voisins de l'Église romaine, qui en est le chef, d'autant moins religieux qu'ils en sont plus prèç. Quiconque examinera les principes sur lesquels elle est fondée, et combien l'usage et l'application qu'on en fait sont changés, altérés, jugera que le moment n'est pas loin, ou de sa chute, ou des plus grands

i . Ricordi polUici e civili, XXVIII et CCCXLVI.

orages, o la rovina^ o il flagella *. » Le prestige de la tiare n'a donc point dissimulé à Ma^ chiavel la médiocrité et les faiblesses des Médicis.

i. Machuvel, Œuvres compl,^ t. I, p. 445, Diacours, Liv. I, ch. XII.

Papes contemporains de Mnchiavel. — Pie IIl et Adrien VI.

— Sixte IV et Innocent VIII. — Alexandre VI et Jules II.

— Jugements de Machiavel sur ces différents pontifes. — Corruption du clergé italien au xvi« siècle. — Vénalité des conclaves.

Aussi bien, ce n'était guère sur la chaire de Saint-Pierre que l'auteur du Prince devait rencontrer de son temps ces modèles de sainteté et d'apostolique génie qui , le plus souvent, ont honoré la papauté en honorant la nature humaine. Ne parlons ni d'un Pie III qui ne fit en quelque sorte que passer ^ ; ni de ce vertueux

1. François Piccolomini, évêque de Sienne, fils d*une sœur d*i£néas Fyivius et que celui-ci avait adopté, fut élu, à la place d'Alexandre VI, par le concla\e, dont le cardinal Georges d*Amboise et le cardinal Giulio délia Rovere se disputaient les suffrages. Il n*était âgé que de soixante-quatre ans; mais on savait qu'il était atteint

contribua certainement beaucoup à Tenibellissement de Rome * , mais un pontife corrompu, cupide et cruel, sous lequel fleurit le népotisme le plus éhonté^ et dont la main, mortellement hostile aux Médicis, contribua à ourdir les horribles trames de la sacrilège conspiration des Paz^i^ Il est vrai qu^Inno*-

1. Cf. CiAccoNius, Vitœ et res gestœ pontificum romanorum et cardinalium, ab initio nascentis Ecclesiae ad Clementem IX, Romœ, 1677, 4 v. in-fol., t. IJI, p^ 30. — JoHANNis SiELL-as opus de vitis ac gestis summorum pontificum ad Julium H pontificem deductum. i650, in-lS, sans indication de lieu, p. 264. « Urbem romanam comosam et incompositam. ac vetustate multis in locis collabentem et déturpatam pro posse in omnibus instaurare sategit^ etc.»

2. CiAccoNics, Oper, cit,, t. III, p. 42 et sq. Sixte IV est le premier pape qui ait osé fonder une principauté en faveur de son neveu, le cardinal Girolamo Riario, qu'il tit seigneur d'Imola et de Forli. Un autre de ses neveux, Giulio, devait devenir pape sous le nom de Jules IL

3. Machiavel, CEuvres comph, t. I, p. 187, Histoire de Florence^ liv. VIII. « Sixte accord lit dans Rome les faveurs les plus signalées aux Pazzi, et molestait les Médicis en toute occasion, etc. » Cf. Sismondi, Ouvr, ciï., t. XI, p. 102. <c Jean-Baptiste de Montesecco eut la tète tranchée, après un long interrogatoire, par lequel il lit connaître toute la part que le pape avait eue à la conspiration. » Parmi les documents relatifs à la conjuration des Pazzi; qu'a publiés récemment à Florence M. Anucio

cent VIII ne suivit pas en tout les errements d'un pareil prédécesseur. Néanmoins, père de

Bonucci, se trouvent des lettres de Sixte lY, telles que la suivante, dont le manuscrit moitié italien, moitié latin, est autographe : « La lettera dei Fiorentini fatta con tanto dispregio di Christo et suo indegno Vicario, non terrmt nos^ sed fecit nos cogitare che Dio H ha tolto Vintelleto et lo sentimento per punirli dei suoi peccati,.. Non enim agimus quicquam contra alios, nisi contra illum ingratum, excommunicatum et haereticum filium iniquitatis Laurentium de Medicis. » Cité par Paul Deltuf, Essai sur les œuvres et la doctrine de Machiavel avec la traduction littérale du "Prince, etc. Paris, 1867, in-8, p. 315. Cf. Machuvel, (Eunres compL^ t. I, p. 194. Histoire de Florence, Liv. VIII. « Les Florentins accusèrent le pape, dans ritalie entière, de trahison envers leur gouvernement, d'impiété et d'injustice; ils prouvèrent combien ce pontife faisait mauvais usage d'une dignité qu'il n'avait obtenue que par des voies illégitimes ; qu'il avait envoyé des hommes élevés par lui aux premières prélatures, avec des traîtres et des parricides, pour oommettre un crime aussi atroce que l'assassinat dans une église, pendant Toffice divin, au* milieu de la 'célébration du Saint- SacriQce ; qu'il menaçait Florence des foudres de l'Église et prononçait un décret d'interdiction sur cette ville, pour n'avoir pu faire périr ses citoyens, changer son gouvernement et consommer sa perte au gré de ses désirs ; ils ajoutaient que le Dieu de justice, ennemi de toute violence, devait l'être de celle de son vicaire, et permettre à des hommes offensés de s'adresser à hii, puisqu'ils ne pouvaient plus recourir à ce pontife. » Sixte lY lança en etfet deux bulles d'excommuni-

plusieui'S enfants naturels qu'il avait eus avant d'entrer dans les ordres * et qu'il donna le scandale de reconnaître publiquement, on vit le Génois Jean-Baptiste Cibo leur prodiguer les trésors de l'Église, dont il avait par simonie obtenu le gouvernement. D'un autre côté, il n'hésita point à se constituer, moyennant finances, le geôlier du frère de Bajazet II, Gem ou Zizim % et ce fut lui qui, dès septembre 1489,

cation, l*une contre Florence, Tautre contre Laurent de Médicis et ses amis, les accusant « d'avoir cédé à une suggestion diabolique et de s'être laissés emporter comme des chiens à une rage insensée. »

1. JoHANNis Stelue, OpcT, cit., p. 273. « Ante pontificatum et cardinalatum {sicut et divus Augustinus dum in minoribus esset) duos ex daninato coitu susceperat filios : videlicet Frandscum filium et Theodorinam feminam, quibus nimio afficiebatur amore, Ambos enim pro virili sua enitebatur magnos efficere. Voyez aussi le Journal d*Infessura. L'incontinence n'était d'ailleurs pas le seul vice de ce pontife, si Ton en juge par cette épigramme de Manille :

Spurcities, gula, ayaritia, atque ignavia deses Hoc, Octave, jacent, quo tegeris, tumulo.

2. SisMONDi, OuwMt.^ t. XI, p. 318. « Bajazet II payait, chaque année, d'abord au roi de France, ensuite à Innocent VIII, quarante mille ducats pour la pension de son frère. La jouissance de cette rente n'était pas le moindre des motifs qui avaient déterminé Innocent à demander

LES PAPES 7b

quoique alors vainement, appela en Italie l'invasion française de Charles VIII*. Que dire

que Gem lui fût remis, et à acheter en quelque sorte le consentement du grand-maître d'Aubusson, en lui envoyant un chapeau de cardinal. » — Cf. Villari, Ouvr, cit., t. 11, p. 7. a Après la mort d*Innocent Vin,le prince Dschem (ou Gem) demeura entre les mains d'Alexandre Borgia et fut Tobjet du plus honteux trafic. Bajazet, redoutant la mise en liberté de son frère, paya au souverain pontife 20,000 ducats par an, afin que celui-ci gardât Dschem en prison; le sultan, à plusieurs rafrises, offrit même de porter la somme à 200,000 ducats si Alexandre VI faisait tuer le prince. Charles VIIÏ, pendant son premier séjour à Rome, eut la pensée d'emmener Dschem, pour se servir de lui dans la guerre projetée contre le sultan. Alexandre Borgia, quoique à contrecœur, dut céder à ce désir. Il dut aussi consentir à ce que 3on fils César suivit l'armée française, avec le titre d'ambassadeur pontifical, mais en réalité comme otage, à cause de la politique changeante du pape. Cependant on s'aperçut tout à coup que Céâar avait pris la fiiile, et immédiatement après le jeune Dschem mourut. Quelques-uns pensèrent qu'Alexandre VI l'avait empoisonné avant de le livrer à Charles VIII; d'autres assurèrent que César avait été chargé par son père d'administrer du poison au frère de Bajazet. Quoi qu'il en soit, il est certain que le sultan envoya au pape, sans retard, les 200,000 ducats promis, et, de plii&, la tunique sans couture du Christ ; mais les messagers furent dévalisés près de Sinigagiia par Giovanni délia Rovere. Tels étaient les temps, tels étaient les hommes d'alors. »

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