CÉSAR BORGIA
ses desseins \ et peut-être même, à un certain moment, a failli devenir la victime de son courroux^ ; Machiavel, à un certain moment aussi, ose bien proposer, si le Duc traverse la Toscane, qu'on lui donné la pinta^ c'est-à-dire le dernier coup^. Un des récents historiens
1. Machiavel, (Euvres compL, t. II, p. 24i, Légation auprès du duc de Valentinois, Lettre vu , i 502. a Vous m'écrivez, Magnifiques Seigneurs, à la fin de votre dernière, de temporiser, de ne point prendre d'engagements et de chercher à pénétrer les desseins du Duc. Je crois avoir déjà rempli les deux premiers objets et fait pour le troisième ce qui dépendait de moi. »
2. Cf. Artaud, Ouvr, cit., t. II, p. 472, en note. Cf. Machiavel, Œuvr. compL, t. II, p. 250, Légation auprès du duc de Valentinois^ Lettre xv, 1502. « Les ministres du Duc sont presque devenus sauvages à mon égard, et Ten-' voyé du duc de Ferrare, qui m'abordait volontiers auparavant, me fuit. »
3. Machiavel, (Euvres compl , t. II, p. 315, Légation à la cour de Rome, Lettre xxii, 1502. « J'ai voulu que vous sussiez que les faveurs du pape, du cardinal d'Amboise et des autres envers le Duc n'ont eu pour but que de s'en délivrer le mieux et le plus promptement possible. Vou3 pouvez agir comme vous le jugerez à propos pour le bien de la république, sans avoir aucun sujet de crainte. Je vous le répète, il n'y a nul danger à soutenir le Duc, si vous y trouvez quelque avantage. Le pape aimerait mieux néanmoins qu'on lui donnât le dernier coup. En un mot vous connaissez les dispositions de cette cour à son égard. Il est maintenant à Ostie Chacun se
de Machiavel Ta remarqué avec raison : « On ne traite pas ainsi son idole ^» Quoi qu'il en soit, la politique criminelle de Borgia et ses menées abominables n'étaient certainement point de nature à rehausser dans l'esprit de Machiavel l'idée de la moralité humaine. Ce qu'il convient de noter, c'est qu'à des nuances près, ks adversaires que César Borgia attira dans le guetapens de Sinigaglia et qu'en termes énergiques et si justement il appelait lui-même un congrès de faillis, « un congresso di falliti^ » un Vitellozo- Vitelli, unPaolo Orsino, un duc de Gravina, un Oliverotto da Ferme *, aussi bien que les serviteurs que par hypocrisie il fit mettre en pièces, comme un Ramiro d'Orco % tous ces hommes
moque ici de ses entreprises hasardeuses. On est impatient de savoir où les vents le porteront, comment ses troupes arriveront, et quelle détermination vous prendrez. »
i. Artaud, Ouvr. cit.^ t. II, p. 418.
2. Machiavel, Œuvres compL, t. II, p. 28i, Légation aupi'és du duc de Valentinois, Lettre xliv, 1302. « Je vous ai écrit hier dans deux lettres ce qui s'était passé à Sinigaglia après l'arrivée du Duc, comment il avait arrêté Paul Orsino, le duc de Gravina, de la même famille, Vitellozzo et Oliverotto. »
3. Id., ibid,j p. 281, Lettre xlii, 1o02. « On a trouvé ce matin sur la place le corps de Ramiro divisé en deux
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affreux pouvaient rivaliser avec lui de férocité et d'infamie. Disons plus : ce prince si secret, si astucieux, si perfide, mais qui ne laissait pas de croire « que la parole des autres valait mieux que la sienne * , » ne rencontra-t-il pas près de lui, au-dessus de lui, des maîtres en perfidie? Le vit-on jamais, par exemple, rompre ses engagements et violer ses promesses avec plus d'impudence que ne le fit notamment à son égard le pape Jules IP? Ou même encore César Borgia,
parties. Il y est encore et le peuple entier a pu le voir. On ne sait pas au juste la cause de sa mort. Ce que Ton peut en dire de plus probable, c*est que telle a été la volonté du Duc, pour montrer qu'il a le pouvoir d'élever ou d'abattre les hommes à son gré. » — T. I, p. 614, le Prince, ch. vu. « Le Duc s'était aperçu que les cruautés de Ramiro lui avaient attiré quelque haine; pour se laver de tout reproche aux yeux des peuples et gagner leur affection, il voulut leur prouver qu'on ne devait pas lui imputer les cruautés qu'on avait pu commettre, mais les attribuer au caractère féroce de son ministre. En conséquence, il saisit la première occasion favorable à son projet, et il fait pourfendre, un matin, Ramiro, et fait exposer son corps, au milieu de la place de Césène, sur un pieu, ayant tout auprès un coutelas ensanglanté. L'horreur de ce spectacle, en satisfaisant les esprits, les glaça tout à la fois d'étonnement et d'effroi. »
1. Machiavel, Œuvres compL, t. II, p. 299, Légation à la cour de Rome, Lettre viii, 1503.