‹ Machiavel: augmentée du̕n appendiceChapitre 31 sur 96 · Id,, ibid., p. 305. Ibid., Lettre xiv, 1503. «On croit · texte numérisé non relu

Id,, ibid., p. 305. Ibid., Lettre xiv, 1503. «On croit

auquel on ne saurait refuser une sorte de supériorité qui tient à la trempe du caractère, à l'ardeur du tempérament, à la force impétueuse de la race *, César Borgian'avait-ilpasde dignes émules chez tous ces petitspotentats qui opprimaient alors sous les caprices du plus sauvage arbitraire les principales villes de la péninsule Italienne, un Ludovic Sforza à Milan, Tempoisonneur de son neveu Jean Galéas ; un Baglioni à Pérouse, qui abusait de sa sœur et

que Jules II a pour le duc de Valentinois une aversion naturelle ; cependant il le ménage pour deux raisons : la première parce qu*il veut se montrer fidèle à sa parole, dont il est, dit-on, rigoureux observateur, et à ses obligations touchant son élection, qu'il lui doit en grande partie ; la seconde parce que, se trouvant dénué de force, il croit le Duc plus propre qu'un autre à tenir tête aux Vénitiens. » On n'ignore pas comment Jules II finit par remplir ses engagements. Arrêté, dépouillé par le pape de toutes ses possessions, trahi par Gonsalve de Gordoue qui l'envoya prisonnier en Espagne, César Borgia ne s'échappa de sa prison que pour aller mourir dans un combat sous les murs de Viane (1507), au service de son beau-frère le roi de Navarre. En 1503, il avait failli succomber au poison qui tua le pape son père, et que l'un et l'autre avaient destiné à des cardinaux dont ils convoitaient les richesses.

1 . La galerie du palais Borghèse, à Rome, possède le portrait d'un jeune homme, en costume espagnol, qu'on

CÉSAR BOROIA 99

qui, pour régner, avait massacré et ses cousins et ses neveux *; un Pandolfo Petrucci à Sienne, ravisseur éhonté des feijames et tyran de sa patrie*; un Giovanni Bentivoglio à Bologne, chez qui Tamour du pouvoir le disputait à Tavarice ^ ?

Ainsi donc, de quelque côté que l'on porte ses regards, soit en Italie, soit hors de l'Italie ; soit dans l'Église, soit hors de l'Église ; soit chez les grands, soit chez le peuple, on est conduit à reconnaître que le siècle de Machiavel abonde en actes de cruauté incroyable et de dépravation surprenante * , que ne fait que réfléchir l'immora-

dit être César Borgia. Cette peinture est ordinairement, mais à tort, attribuée à Raphaël. Cf. Passavant, Raphaël d'Urbin et son père Giovanni Santiy Paris, i860, 2 v. in-8, t. II, p. 364.

1. Cf. Machiavel, Œuvres compL, t. I, p.459. Discours, Liv. I, ch. XXVII.

2. Id., ibid,y t. II, p. 376, Seconde légation à Sienne. T. I, p. 537, Discours, Liv. III, ch. vi.

3. Cf. Id., ibid,, p. 4i7, Seconde légation à la cour de Rome, Lettre xxxi, i506.

4. Voyez Sismondi, Ouvr. cit., t. XIII, p. 81. « Lorsque Arcimboldo, archevêque de Milan, fut nommé cardinal de Sainte-Praxède et légat de Pérouse et de l'Ombrie, il trouva dans cette province un gentilhomme qui avait brisé contre les murs la tête des enfants de son ennemi et égorgé sa femme qui était grosse ; après quoi, venant

lOU CHAPITRE VI

lité même du Prince, Machiavel a observé les pratiques des homïnes de son époque et les a simplement réduites en théorie. Là est tout le secret de cette composition si discutée.. Ce n'est pas des noires profondeurs de son âme qu'il a tiré les exécrables maximes de son livre, mais du spectacle varié de la vie journalière de ses contemporains. Et de même que le Prince n'est point un monument d'invention diabolique, ce n'est pas davantage une thèse longuement méditée ou préméditée, mais une œuvre toute de circonstance, que suffisent seuls à expliquer, quand on tient compte du caractère de Machiavel, les accidents de son existence et les vicissitudes de sa fortune.

à découvrir un enfant du même homme qui était demeuré vivant, il Tavait cloué à la porte de sa maison, en trophée de vengeance, comme les chasseurs y clouent quelquefois les aigles et les chats-huants qu'ils ont tués. Bien plus, cette atrocité n*avait point paru à ses compatriotes une chose extraordinaire. » Cf. Id., ihid., t. XIV, p. 47, 239.

Les Uffizi et Santa-Croce — Tombeau de Machiavel. — Disparates choquantes que présente la vie de Machiavel. —Biographie de Machiavel principalement d'après sa correspondance. —Trois périodes.— Première période (1494-1512).— Sa naissance (1469).— Machiavel successeur de Marcello di Virgilio.

— Ses légations. — Ses premiers écrits : Tableau de la France, Caractère des Français^ Tableau de VAllemagne^ les Décennales, -^G^ne et plaintes de Machiavel.— Seconde période (1512-1521). — Première restauration des Médicis. — Conduite équivoque et basse de Machiavel. — Sa lettre à Alphonsine Orsini.— Destitution de Machiavel.— Il est emprisonné et mis à la torture. — Machiavel gracié par les Médicis sollicite leurs faveurs. — Ses lettres à Vettori. — Machiavel auteur d'œuvres légères et homme de plaisir. —

• Les Orti Oricellarii et les Ruccellai. — Dialogues sur TArt de la guerre. — Discours sur la première décade de Tite-Live,

— Vie de Castruccio Castracani.

Le visiteur qui, à Florence, parcourt les galeries des Offices (Uffizi)^ ne peut point, au milieu de tant de chefs-d'œuvre qui font la gloire de cet incomparable musée, ne pas y admirer l'ébauche d'un buste de Brutus, due à Michel-

Ange *. Ce sont bien là les traits légendaires du célèbre vaincu de Pharsale, son front bas et étroit, son visage rigide, sa physionomie sombre et farouche, son fier et mélancolique regard. Mais à travers le marbre à peine dégrossi, tout cela est indiqué plutôt qu'exprimé. Le sublime artiste s'est vite lassé et le ciseau est promptement tombé de ses mains, comme si, après avoir cédé aux suggestions de son grand cœur % le Florentin patriote, le

1. Vasari, Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, trad. par Jeanron et Leclanché. Paris, 1840, 10 v. in-8, t. V, p. 201. « Michel-Ange commença ce buste àla prière de son intime ami, Messer Donato Giannotti, pour le cardinal Ridolli, d'après une cornaline antique qui appartenait à Giuliano Gesarino. »

2. Voyez A. Lannau-Rolland, Michel-Ange poète, première traduction complète de ses poésies, Paris, 1860, in-12, et notamment p. 246 le sonnet intitulé : Riposta in persona délia Notte :

a Grato m' è' 1 sonno, e più l' esser dl sasso, Mentre che' 1 danDO e la vergogna dura; Non veder, non sentir m' è graa ventura ; Perô non mi destar, deh! parla basso. »

Ce fut ainsi, comme on sait, que Michel-Ange, accablé de tristesse après la seconde restauration des Médicis, répondit à l'épigramme que Strozzi avait improvisée sur la statue do la Nuit à Son Lorenzo :

défenseur de San Miniato * eût compris que dans les temps, que dans les lieux où il vivait, une telle image ne serait guère qu'une provocation inutile ou un déplorable non-sens '.

Involontairement, à contempler ce buste

La Notte che tu vedi in sï dolci atti Dormir, fu da un angelo scolpita In questo sasso, e, perché dorme, ha vita Destala, se nol credi, e parleratti.

i. Après la révolution de 4527, Michel-Ange fut nommé par le gouvernement républicain de Florence Procurateur général des fortifications de la Ville et établit à San-Miniato de remarquables travaux de défense. Cf. Varchi, Ouv, cit. y t. I, p. 393.

2. Je me rencontre dans cette explication, et d'une manière assez inattendue, avec M. ëmilio Gastelar, L*Art^ la Religion et la Nature en Italie, traduct. française. Paris, i874, in-i2, p. 107. « Les arts que Michel- Ange voulait unir à la liberté sont Tanneau funeste, le brillant talisman avec lesquels les tyrans endorment les peuples. Les patriotes cherchent un Brutus et trouvent à peine un Lorenzino. C'est pour cela que Michel- Ange n'a pas voulu terminer son buste du défenseur de la république romaine dans l'indigne Florence, livrée aux Médicis. » — Cf. Le Président de Brosses en Italie, Lettres familières écrites d'Italie, en 4739 et 1740, Paris, 1858, 2 v. in-12; t. II, p. 299; Lettre xxiv à M. de Quintin, octobre 1739. « A propos de mylord Sandwich, il faut que je vous dise qu'il y a dans un coin de la galerie un buste de Brutus, le meurtrier de César, laissé imparfait par Michel-Ange. Au bas sont écrits ces deux vers si connus :

i04 CHAPITRE VII

inachevé \ au sortir de Santa-Groce, où je venais de voir, à côté des tombeaux de Dante, de Galilée, de Michel- Ange, d'Alfieri, de Manin, le cénotaphe qu'en 1787 le grand-duc de Toscane, Léopold, fit élever à la mémoire de Machiavel, et qu'avec un mâle enthousiasme a célébré Foscolo * ; involontairement ma pensée se reportait vers l'auteur du Prince. Il n'y avait que l'emphase italienne qui eût pu dicter l'épitaphe inouïe qu'on s'étonne de lire au-

« Dum Bruti effîgîem sculptor de marmore ducit, In mentem sceleris venit, et abstinuit. »

« Je ne vous les rapporte que pour vous ajouter que, tandis que M. Sandwich et moi, nous Je regardions, celuici, choqué qu'on eût osé blâmer ce grand républicain, fit sur-le-champ ces deux vers en contre-partie :

u Brutum effecisset sculptor, sed mente recursat Tanta viri virtus; sistit et abstinuit. »

1 . Un statuaire corse, Joseph Ceracchi, élève de Canova, voulut continuer le buste ébauché par Michel-Ange. Mais obligé de quitter Tltalie pour avoir participé à des mouvements révolutionnaires, il se réfugia en France, où il forma, en 1800, un complot avec Aréna, DemervilJe et Topino-Lebrun, contre le premier consul Bonapafte, et fut exécuté le 31 janvier 1801. Cf. Valéry, Voyages en Italie y t. II, p. 186.

Page 1