JuvÉNAL, Satire VIII
habileté du peintre consiste à dégager de la réalité l'idéal, et des personnalités les plus ingrates les rayons de beauté ou de bonté qu'elles peuvent oflErir, la biographie, comme l'art du photographe, subit irrésistiblement les lois fatales de l'espace et de la lumière.
Or, quand on envisage la vie de Machiavel dans ses traits les plus généraux, mais avec attention, on y distingue aisément trois périodes, et il n'en est pas une seule où, chez le Secrétaire Florentin, les infirmités de son caractère ne contrastent d'une façon pénible avec la vigueur de son génie ; où il ne sacrifie à ses intérêts ses inclinations, presque sa dignité ; où enfin il ne se propose beaucoup moins, en composant les œuvres qui le doivent immortaliser, d^exercer ses talents ou de défendre les idées qui lui sont chères, que d'obtenir par la flatterie un bienfait, ou d'arracher par d'obséquieux empressements un pardon.
Le livre du Prince particulièrement n'a pas eu d'autre origine.
C'est, en premier lieu, de 1494 à I5I2, la période animée de la jeunesse, de l'activité, des espérances et du succès. Né à Florence le 3 mai 1469, et issu, par le jurisconsulte et tré-
sorier de la Marche d'Ancône Bernard Machiavelli, son père, d'une famille qui remontait aux anciens marquis de Toscane, et par BartholoméeNelli, sa mère, veuve de Nicolas Benozi * , de la famille non moins considérable des comtes de Borgonuovo Fuccecchio, Nicolas Machiavel occupe de très-bonne heure (vers 1494) une place dans les bureaux de la chancellerie d'Etat, dirigés alors par le savant Marcello di Virgilio.
Bientôt, en 1498, et la même année, il se voit successivement nommé chancelier de la seconde chancellerie et secrétaire du Conseil des Dix, dei Dieci di Libéria délia Repubblica fiorentina ^,
La Seigneurie lui confie ensuite, tant en France ^ que dans les différentes parties de ritalie* et jusque dans le Tyrol% des léga-
1. Sur les origines de la famille de Machiavel, voyez Périès, Ouvr. dt,, p. 6. « L'origine de sa famille remontait aux antiques marquis de la Toscane, et particulièrement au marquis Hugo, qui florissait vers l'an 850, etc. »
2. Cf. Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, documents recueillis par G. Canestrini et publiés par Abel Des jardins y 4 v. in-4, Paris, 1859-1 872; t. \, Introduction, p. XLi, Constitution politique de Florence aux différentes époques de son histoire.