‹ Machiavel: augmentée du̕n appendiceChapitre 4 sur 96 · XX AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XX AVANT-PROPOS

rément Don. Si Machiavel a puisé abondamment, quoique furtivement, à des sources étrangères, et demandé aux anciens des doctrines et des maximes qu'il s'est ensuite complu à reproduire en se les attribuant, il n'en demeure pas moins un génie d'une originalité puissante et dont les œuvres ne doivent point cesser, particulièrement pour les lecteurs français, d*être un sujet d'instructives méditations. D'un côté, en effet, nul apparemment n'a pénétré plus à fond que Machiavel les motifs intéressés qui meuvent les hommes, peuples ou individus, princes ou multitudes, et, d^autre part, Tltalie ne compte certainement pas de patriote, qui se soit montré plus impatient non seulement du joug ou de la supériorité de l'étranger, mais encore de son influence secourable.

D'habiles apologies ou d'officielles protestations n'y sauraient rien changer. Machiavel est le premier des Gallophobes^ et c'est de ses

AVANT-PHOPOS XXI

écrits qu'émane directement, avec le souffle d'une immoralité naïve, Tesprit d'avidité jalouse et d'astucieuse ingratitude, qui, de nos jours et depuis qu'ils nous doivent tout, inspire constamment à notre égard (les preuves en surabondent) la politique des Italiens. A Dieu ne plaise, d'ailleurs, que nous songions à chercher dans les œuvres de Machiavel des leçons d'égoïsme féroce et de déloyauté savante, ou les excitations coupables d'un patriotisme nourri de haine etd'une ambition destituée de pudeur. Mais peut-être ne seraitil pas hors de saison d'apprendre du Secrétaire Florentin, sinon l'art de faire des dupes, du moins celui de ne plus être dupés, et le secret trop oublié de nous garder libres nousmêmes, ayant d'entreprendre étourdiment de nous poser, à nos dépens, en libérateurs.

21 avril 18S3

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