‹ Machiavel: augmentée du̕n appendiceChapitre 5 sur 96 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Si l'emploi savant de la duplicité tour à tour et de la force, de la cruauté et de la ruse ; si la substitution frauduleuse ou meurtrière des calculs de l'intérêt aux saintes prescriptions de la moralité; si, en un mot, la méprisante négation des principes et la poursuite éhontée du succès constituent ce qu'on a coutume d'appeler Machiavélisme, il est incontestable, tristement incontestable que le Machiavélisme n'a point de date, qu'il n'appartient en propre à aucun pays, <ju'on ne saurait en attribuer à personne l'infamante paternité. Car le Machiavélisme est aussi ancien, aussi répandu, aussi universel que la perversité humaine.

Cependant, c'est à une époque déterminée

n PREFACE

que cette hypocrisie en matière de gouvernement a été réduite en théorie ; c'est dans un certain milieu qu'elle a plus particulièrement pris faveur; c'est un penseur 4e génie qui, après en avoir érigé les maximes corruptrices en système, a fini par lui imposer son nom. De la sorte le Machiavélisme a son histoire, il a ses textes, il a son auteur.

Et déjà, dans une publication récente *, bien étrangère en apparence à un tel sujet, mais qui au fond s'y rattache étroitement (tant il est vrai que c'est d'une philosophie que découle toute politique !), j'ai touché, ou plutôt, l'avouerai-je? je suis venu en quelque sorte me heurter aux origines du Machiavélisme. Il m'a été impossible en effet de m'enquérir de ce qu'avaient été au quinzième et au seizième siècles les doctrines de l'école de Padoue, sans reconnaître dans cette école , alors partagée entre le plus célèbre commentateur d'Aristote,

1. De l.\ Liberté et du Hasard. Essai sur Alexandre d'Aphrodisias, suivi du Traité du Destin et du Libre pouvoir AUX empereurs, traduit en français pour la pi^emiére fois. Paris, 1870, in-8.

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