‹ Machiavel: augmentée du̕n appendiceChapitre 41 sur 96 · Ginguené, Ouvr, cit,, t. VIIÎ, p · texte numérisé non relu

Ginguené, Ouvr, cit,, t. VIIÎ, p

tains cas de s'étonner que des doctrines d'esclavage s'y heurtent violemment à des doctrines de liberté, de pareilles disparates ne font que réfléchir le trouble même de l'auteur, qui ne peut s'empêcher de proclamer la souveraineté du droit alors même qu'il se prosterne devant la force. Les interprétations favorables, ni les subtilités ingénieuses, n'y sauraient rien changer. Le Prince ne se réduit point à une perpétuelle antiphrase ; ce sont les moyens tels quels de conquérir et de conserver le pouvoir qu'y enseigne sans détour comme sans scrupule ni arrière-pensée Machiavel. De même, ce serait un pur jeu d'esprit que de lui attribuer deux politiques, une politique publique et une politique secrète, une politique du dehors et une politique du dedans, une politique à l'usage de ses amis et une politique à l'usage des Médicis. Dans les Discours comme dans le Prince^ c'est également la souveraineté, et aussi par des moyens tels quels, que Machiavel enseigne à obtenir ou à conserver. Ainsi, elles sont tirées des Discours ces maximes sur lesquelles assurément aucune âme honnête ne pourra réfléchir sans se sentir remplie d'horreur :

« Un esprit sage, écrit Machiavel, ne oondam-

nera point un homme supérieur d'avoir usé d'un moyen hors des règles ordinaires pour l'important objet de régler une monarchie ou de fonder une république. Ce qui est à désirer, c'est qu'au moment où le fait l'accuse, le résultat puisse l'excuser; si le résultat est bon, il est absous. Tel est le cas de Romulus. Il mérite d'être absous pour s'être débarrassé de son compagnon et de son frère * . » — « Quand on n'a qu'un petit nombre d'ennemis, on peut aisément et sans bruit se mettre en sûreté contre eux*. » — « La mauvaise foi est toujours nécessaire à quiconque veut d'un état médiocre s'élever au plus grand pouvoir ; elle est d'autant moins blâmable qu'elle est plus couverte, comme fut celle des Romains^. »

Enfin, veut-on savoir de quoi Machiavel loue le plus dans ses Discours Brutus, « père de la liberté*? » — « Quiconque, dit-il, s'élève à la tyrannie et ne fait pas périr Brutus ; qui rétablit la liberté dans son pays et qui, comme Brutus,

\, Machiavel, Œuvres compL, t. I, p. 440, Discours^ Liv. /, ch, IX.

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