‹ Machiavel: augmentée du̕n appendiceChapitre 42 sur 96 · Id., ibid.^ p. 547, Discours, Liv. III, ch. i · texte numérisé non relu

Id., ibid.^ p. 547, Discours, Liv. III, ch. i

n'immole pas ses enfants, ne se soutient que bien peu de temps. » Mais « personne n'a montré plus de prudence ni mérité plus de passer pour sage dans aucune de ses actions, quelque admirable qu'elle fût, que ne le mérita Brutus en contrefaisant l'insensé... Quel exemple ne présente-t-il pas à méditer à tous ceux qui sont mécontents d'un prince!... Il faut, comme Brutus, prendre le parti de contrefaire l'insensé ; et on le contrefait en louant, parlant, voyant et agissant contre sa propre pensée et dans la seule vue de plaire au prince. Cette espèce d'intimité assure d'abord votre tranquillité, et vous fait partager sans danger avec le prince toute sa bonne fortune, comme elle vous fournit les occasions les plus favorables de satisfaire vos ressentiments ^ » En tout et partout, quoique à des degrés différents, Machiavel s'est donc montré, tantôt au nom du despotisme et tantôt au nom de la liberté, tantôt au service et pour le salut du prince et tantôt au service et pour le salut du peuple, le théoricien sincère, convaincu, de la fourberie et de la violence, de la corruption et de la peur, qui trop

1. Machiavel, Œuvres compl.y t. I, p. 548, Discours, Liv. III^ ch. III.

souvent sans doute ont été des instruments de gouvernement parmi les hommes, mais que Machiavel estime être les seuls moyens efficaces ou du moins les plus sûrs moyens de gouvernement. « Le genre d'immoralité qui a rendu le Prince impopulaire, conclut très-bien lord Macaulay, se retrouve à un degré presque égal dans les Discours. Le Prince raconte l'histoire d^un homme ambitieux, les Discours racontent l'histoire d'un peuple ambitieux. * » Dans tous ses ouvrages aussi, de même que dans toute sa conduite, Machiavel, àpartir de 1512 onde 1513, s'est étudié non-seulement à ne point porter ombrage aux maîtres de Florence, mais encore et surtout à capter leur faveur.

Toutefois, parmi les œuvres politiques oii littéraires de Machiavel, il convient de distinguer, et elles sont nombreuses, celles qu'il composa plus particulièrement pour atteindre ce but.

1. Macaulay, Ouvr, cit.^ p. 47. — Il n'y a guère de critique autorisé qui n'ait reconnu l'identité foncière des maximes des Discours et des maximes du Prince, — Cf. Paul Janet, Histoire de la philosophie m&rale et politique dans r antiquité et les temps modernes j Paris, 1860, 2 vol. in-8, t. I, p. 457 et suiv. — Ad. Franck, Réformateurs et Publkistes de l'Europe; Moyen âge, Renaissance, Paiis, i8()4, in-8, p. 3lo et suiv.

La Mandragore; Il Frate; Clizia; V Entremetteuse maladroite» — Date de la Mandragore. — Discussion. — Pourquoi Machiavel a composé la Mandragore. — Machiavel cherche dans cette composition un divertissement à sa tristesse. — La canzone rédigée pour Clément VII ; le prologue rédigé pour Léon X. — Histoire de Florence.

On ne s'accorde point sur l'époque à laquelle Machiavel écrivit la Mandragore [Mandragola)^ cette pièce d'une originalité si vive et d'une si mordante ironie, premier fruit de la veine comique d'où devaient sortir il Frate^ la Clizia^ r Entremetteuse maladroite. Quelques critiques, s'autorisant un peu à la légère de certains passages du poëme, le veulent rapporter à 1504 ^

1. M. BucHON, Œuvres complètes de iV. Macchiavelli, Notice sur Macchiavelli, p. 6. oM. Artaud, dans le livre récent quUl a publié sous le titre de Machiavel, son génie et ses erreurs, dit : « Il est certain que la comédie de /(/ « Mandragore fut composée vers 1 oi i et achevée en lolo.»

A ce compte, la Mandragore de Machiavel aurait précédé la Calandra du cardinal Bibbiena, laquelle ne fut représentée qu'en 1508 à Venise. Mais ni la canzone^ ni le prologue que l'auteur a mis en tête de sa comédie, ni les circonstances au milieu desquelles, en 1504, il se trouvait engagé, ne permettent guère, ce semble, d'accepter cette date. Comment admettre en effet que Machiavel, tout absorbé alors par les travaux de ses légations et qui trouvait à peine quinze jours pour rimer sa première Décennale * ,

Les critiques n'ont pas remarqué cpie la date de la Mandragore se trouve daus la comédie elle-même. L'un des personnages principaux explique, dès la première scène, que l'action se passe dix ans après l'expédition de Charr les VIII en Italie ; or l'invasion du roi Charles eut lieu en 1494; la comédie fut donc composée vers la04. » — M. Buchon n'a pas ici très-fortement raisonné. Le passage dont il s'autorise prouve en eifet tout au plus que la Mandragore n'est pas antérieure à 1504. Mais, évidemment, à une date quelconque postérieure à 1504, Machiavel a pu mettre dans la bouche d'un des personnages de sa comédie les paroles que relève M. Buchon. — Cf. H. Hallam, Histoire de la littérature de VEurope pendant les xv°, xvio et xvu^ siècles, traduite de V anglais par Borghers, Paris, 1839, 4 v. in-8, t. I, p. 437. « La Mandragola fui probablement écrite avant 1520, mais à coup sûr pendant la disgrâce de l'auteur, ainsi qu'il le donne à entendre dans le prologue. »

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