Machiavel, Œuvres compL, t. Il, p. 83. Dédicace à
LA MAiNDRAGORE 1 i7
ait eu le goût et le loisir d'inventer une comédie? D'ailleurs, remarquons-le, quoique la canzone et le prologue soient des morceaux écrits plus ou moins longtemps après la pièce elle-même afin d'y être adaptés, tout porte à croire cependant qu'ils expriment les sentiments mêmes qu'éprouvait Machiavel quand il composa la Mandragore, Dans un pareil exercice, Machiavel cherchait un soulagement à sa tristesse, à ses cuisants regrets une distraction. « Courte est la vie, s'écriait-il dans la canzone; innombrables sont les douleurs que nous sup-
portons tous sous le faix de cette laborieuse existence! Consumons donc ce peu d'années, dociles aux désirs qui nous emportent*. » Et dans le prologue il disait : « Si ce sujet vous semblait trop frivole et peu digne d'un homme
Alamanno Salviati. « Puisque vous le désirez, lisez, mon cher Alamanno, les peines de l'Italie pendant dix années et les miennes pendant quinze jours. Je sens tout le regret que vous éprouverez et pour elle et pour moi, en voyant les malheurs dont elle fut la victime et les efforts que j'ai tentés pour resserrer des événements aussi importants dans des bornes aussi étroites. Mais je sais que vous nous excuserez Tun et l'autre : elle, par la nécessité du destin; et moi, par le peu de temps qu'il m'est permis d'accorder à de pareils loisirs. » 1. Machiavel, Œuvres compL^t. Il, p. 1.
qui veut paraître sage et grave, excusez-le, dans la pensée qu'il s'étudie à rendre plus doux, par ces vaines imaginations, ses jours de douleur ; car il ne sait plus où tourner son visage suppliant : on lui intordit de montrer dans d'autres travaux ce dont il est capable, et il n'est plus de récompense pour les peines qu'il a endurées * . »
C'était répéter les paroles qu'en 1513 il adressait à Vettori : « Quant à moi, si quelquefois je ris, si quelquefois je chante, c'est que je n'ai que cette voie pour exhaler mes douleurs et mes larmes ^ » Et à ces paroles, qui ne sont elles-mêmes que la reproduction d'un terzetto de Dante il aurait pu ajouter ce qu'il avait déjà écrit au même Vettori, le confident intime de ses divertissements comme de ses chagrins : « C'est ainsi que je me livre à tous les amusements possibles, tachant de goûter encore les plaisirs d'une vie que je regarde comme un rêve 3. »
C'est donc à l'année 1S14 ou 1515 qu'il convient, ce semble, de rapporter la Mandragore^
\, Machiavel, Œuvres compL, t. II, p. 2.
2. W., ibid., t. II, p. 612, Lettres familières , Lettre xi\,
3. Id., ibid., t. II, p. CIO, Lettres familières, Lettre xi, i;il3.