Machiavel, Œuvres compL, t. H. p
IGG CUAPITIIE X
dussent-ils d'abord ne me faire que retourner des pierres... Quant à mon ouvrage, s'ils prenaient la peine de le lire, ils verraient que je n'ai employé ni à dormir ni à jouer les quinze années que j'ai consacrées à l'étude des a£Paires de l'État. On devrait aimer à se servir d'un homme qui a acquis aux dépens d'autrui une si longue expérience. On ne devrait pas non plus douter de ma fidélité ; car si jusqu'à ce jour je l'ai scrupuleusement gardée, ce n'est point aujourd'hui que j'apprendrais à la trahir : celui qui a été probe et honnête homme pendant quarante-trois ans (et tel est aujourd'hui mon âge) ne peut changer de nature ; et le meilleur garant que je puisse donner de mon honneur et de ma probité, c'est mon indigence \ » Et peu après : « Je resterai donc dans ma misère, ^écrit-il encore à Vettori, sans trouver une âme ; qui se souvienne de mon dévouement, ou qui s'imagine que je puisse être bon à quelque chose. Mais il est impossible que je demeure longtemps dans cet état : je vois toutes mes ressources se consumer; et à moins que Dieu ne vienne à mon secours, je serai obligé d'a-