Varchi, Stor, Fiorentin.y L. IV
Antécédents du livre du Prince. — Poggio et son traité de rOffice d'un Prince. — Pontanus et son traité de Principe. — Originalité du Prince de Machiavel. — Le Prince^ objet tour à tour pour Machiavel de crainte et d'espérance. — Machiavel redoute un plagiat du Prince. — Machiavel veut supprimer le Prince. — Date de la publication des plus importants ouvrages de Machiavel, et, en particulier, du Prince. — Ardinghelli et Niphus. — Le Prince avant le Pinnce.
En se livrant à des spéculations politiques, telles que celles que comprennent les Discours sur la première décade de Tite-Live et le Prince^ Machiavel n'avait pas seulement obéi à ses goûts et mis ses aptitudes au service de ses intérêts. Il avait en quelque façon suivi les habitudes de son siècle et cultivé un genre de littérature fort en honneur parmi ses contemporains. C'est ainsi qu'un peu avant Machiavel, un polygraphe qui fut, comme Machiavel, chan-
celier de la république de Florence, et qui, comme Machiavel aussi, a laissé une Histoire de Florence que Machiavel déclare lui-même, sous certains rapports, excellente * ; c'est ainsi que le licencieux et querelleur Poggio Bracciolini * écrivait un traité de V Office d'un Prince et un traité du Malheur des Princes^, C'est ainsi encore
1. Machiavel, €Euvres compL, t. I, p. 1, Histoire de Florence, Liv. I, Préface. « Lorsque je projetai d'écrire les choses exécutées au dedans et au dehors par le peuple florentin, mon dessein était de commencer mon récit à Tannée i434 de l'ère chrétienne... Je présumais alors que Messer Léonardo d'Arezzo et Messer Poggio, deux excellents historiens, auraient raconté en détail tout ce qui avait précédé cette époque. Ayant lu ensuite avec soin leurs écrits,' pour voir la marche et l'ordre qu'ils avaient suivis dans leurs récits, afin de procéder comme eux et d'obtenir, pour l'histoire que j'entreprenais, les suffrages des lecteurs, j'ai trouvé qu'ils n'avaient rien négligé de ce qui concerne les guerres soutenues par les Florentins contre les princes el les peuples étrangers, mais qu'ils ont entièrement passé sous silence une partie de ce qui a rapport aux discordes civiles, aux inimitiés domestiques et aux sentiments qui en sont dérivés, et qu'ils ont glissé si rapidement sur le reste, que leur histoire ne peut donner au lecteur ni utilité ni plaisir. »
2. Cf. PoGGiANA, ou la vie, le caractère, les sentences et les bons mots de Pogge Florentin, avec son histoire de la république de Florence, etc. Amsterdam, 1720, 2 v. in-12. — Charles Nisard, Ouvr, cit., t. I, p. 26 ; p. 117 et suiv.