Cf. Opm. cit
d'ouvrir et de parcourir les opuscules politiques de Niphus, qui tous, point essentiel à noter, sont antérieurs à la publication du Prince.
Car, tandis que le Prince n'était publié qu'en 1532, le de hisquseaboptimo principe agenda sunt; de Principe libellus^ paraissait en 1521 ; le de Rege et Tyranno en 1526, et le de regnandiPeritia, terminé à Sessa en 1522 {die iii octobris)^ sortait des presses de JNaples en 1523 {in œdibus Dominée Catherinse de Silvestro (die xxxvi Martil), De ces trois traités, le plus considérable de beaucoup est d'ailleurs certainement le rfe? regnandi Peritia, C'était également celui que Niphus lui-même semblait, à tous égards, priser davantage et auquel il s'était efforcé d'assurer, . avec le plus illustre des patronages, la publi- f cité la plus éclatante. En effet, c'était à Charles- \ Quint, récemment promuà l'empire, qu'ill'avait ] àêàïé^adCarolum V Imperatorem Csesarernsem- 1 per Augustum, comme déjà, en 1519, il lui avait I dédié le livre où, le premier, il réfutait la prédic-^ tiond'unnouveaudéluge,dontle mathématicien , allemand Jean Stoeffler avait menacé l'Europe pour l'année 1524 *. Et il n'est que juste de le
i. MoNTucLA, Histoire des Mathématiques. Paris, an X, 4 vol. in-4, t. IV, p. 376. « Stoefler (mathématicien
constater : sa dédicace est plus haute de ton, d'une dignité plus soutenue, d'un esprit plus désintéressé et dégagé, quoique infatué, que pas une de celles que rédigea Machiavel * . Ce n'était
Souabe), qui publia pendant de longues années des éphémérides farcies de prédictions astrologiques, annonçait dans celle de 1499, pour loi 4, une effroyable inondation dans toute TEurope, à cause de la réunion de planètes supérieures dans le signe des poissons, prédiction qui fut renouvelée en 1521 par J. Virdangus, dans un écrit particulier ; les bateaux en renchérirent dans TAllemagne, mais cette prédiction fut réfutée par Augustin Niphus et Georges Tanstetter, et mieux encore par l'événement ; car cette année fut un peu plus sèche que les précédentes. » Cf. Machiavel, Œuvres compL, t. II, p. 667, Lettrées familières,' Lettre li, à Francesco Guicciardiniy 1521. « Je me jette sur le déluge que l'on nous annonce, sur le Turc qui doit passer en Italie, etc. » — L'ouvrage do Niphus est intitulé : « De falsa diluvii prognosticatione quœ ex conventu omnium planetarum, qui in Piscibus continget anno 1524, divulgata est Libri très, NeapoH, 1519, in-4. — Cf. Naud. in Judicio de A. Nipho, p, 48. « Niphus libellum suum de falsa diluvii prognosticatione Carolo V obtîdit. »
1 . ce Quanquam tibi ex tôt regum ac imperatorum série ortum ducenti naturalis fere atque germana regnandi peritia est {ut quod in proverbio dicitur) currenti equo calcaria adderem, ea omnia, quœ in veteribus historiarum Ifttcris tiotata deprehendimus, et quœ a junioribus historicis fideliter enarrata invenimus, et quœ ex tôt bellis, quœ per tôt annos in Italia gesta sunt, didicimus, veritus non
pas assez ; les beaux-esprits se mirent en frais pour célébrer, dès son apparition, cet important ouvrage, et ce fut orné de leurs épigrammes laudatives qu'il fut présenté au public *. Enfin Niphus ne craignit pas même de solliciter les critiques des plus marquants de ses amis, afin de parer et de munir son livre de leurs approbations. C'est ainsi qu'après avoir souiQis le de regnandi Peritia à l'examen de Pierre Gravina, le protégé de Gonsalve de Cordoue et de Prosper Colonna, il s'empressa d'ajouter à son ouvrage, comme une enchâssure bien propre à le faire valoir, la réponse trèslaudative de ce poëte complaisant ^.
sum ad te scribere. Inverties enim in his tum tyrannica, tum regia facinora breviter explicata, veluti in medicprum lihris venena et antidata, Illa quidem ut fugias, hœc vero ut /prosequaris.., Tantorum ergo laborum^Cassarmaxime, prsmtium sexposm nullum, nisi ut hos libidos diligenter legii/s. Sdo enim ex ipsa lectione nos, qui sub tuo imperio sumus, non parum lucri reportaturos. »
1 , Citons- en une entre autres :
HIERONYMI BÔRGII.
u Quid Uetos faciat populos urbesque beatas, Quid regem similem reddat in orbe DeOj Ecce docet Niphus. Tu sanctum perfice tmmus, Cœsar, habes campunif quo Deus esse potes. »
^ 2. Pctnis (jrnvina Augustùio Nipho, Philosopha Emi-
A coup sur, rarement écrivain préoccupé de préparer, d'organiser le succès de ses ouvrages (et notre époque a connu en ce genre des metteurs en scène d'une habileté merveilleuse), ne prit plus de sûretés, ne s'entoura de plus de garanties, ne coalisa plus d'influences que ne fit Niphus, afin de ménager au de regnandi Pentia un favorable accueil. Et en réalité, le nom du potentat auquel était adressée la dédicace ; le nom de l'auteur, très-répandu alors dans les universités et dans les cours d'Italie ; les noms mêmes des littérateurs qui avaient illustré de leurs louanges le de regnandi Perùia, tout dut contribuer à donner à ce traité une notoriété exceptionnelle. D'autre part, il est impossible
nentissimo S. « Perlegi nuper summa cum voluptate opus tiium aureiim quidem et vere regium de Peritia regnandi (td Karolum Cœsarem invictum, eut nescio an quicquam obtigerit preciosius^ ex quo ad tantum rerum fastigium nscenderit, hoc ipso munere quod ejus Imperatoriœ Majesfati offerendum destinasti. De quo quidem quid sentiam brevi carminé testificatus sum.. . Taie igitur, mea quidem sententia, mi Niphe, est hoc timm munus, ut quemadmo dum in scriniolo illo preciosissimo Persicœ olim gemmœ a Dario rege recondebantur, in eodem postea ab Alexandro Magno rerum potito, divina Homeri Ilias reposta fuit, sic tuum hoc opus in augustissimo Cœsaris nostri pectore pe7'pftuo repowndum pufem, »
de ne pas être frappé de cette circonstance. Le ; politique auquel on devait le Prince^ dont les ! copies manuscrites faisaient apparemment, depuis 1513, dans l'Italie entière, les délices des curieux et des délicats ; ce politique n'est pas une seule fois invoqué ni cité dans les cinq livres que comprend le de regnandi Peritia.
Cependant, lorsqu'on s'avise de parcourir cet ^ ouvrage, on est saisi d'étonnement en reconnaissant que sur les cinq livres dont il se compose, les quatre premiers ne sont guère qu'un ; calque servile ou même qu'une transcription ; littérale du Prince. C'est ainsi qu'on retrouve, ^ pour s'en tenir d'abord à des indications sommaires, dans le Livre premier qui traite Des \ moyens par lesquels de simples particuliers ont \ acquis des principautés^ les chapitres i, n, m, vm, i XXV du Prince; dans le Livre second^ qui traite . Des armes ^ des soldats et des moyens par lesquels \ les souverains ont préservé leurs principautés de \ rinvasion des ennemis^ les chapitres ni, xn, j xni, XIV, XX, XXIV du Prince; dans le troisième \ Livre j qui traite Des lois, des causes, des artifices par lesquels les princes se so?it mis à F abri des insultes, des défections et des rébellions de leurs
sujets, les chapitres ly, y, vi, vii,viii, ixàiiPrince;
dans le quatrième Livre ^ qui traite De différentes considérations qui sont utiles aux princes soit en temps de guerre soit en temps de paix ^ les chapitres XV, XVI, XVII, XVIII, XIX, XXI, xxiï, XXIII du Prince, Le cinquième Livre ^ qui traite Des moyens honnêtes de régner^ peut seul être considéré comme appartenant à Niphus. Et en eflfet il ne contient guère que des banalités \
Rapportons maintenant quelques exemples et donnons quelques indications plus développées, sinon plus précises, qui puissent convaincre les esprits les plus circonspects, les plus méticuleux, les plus défiants, lies plus paresseux.
Dans le chapitre viii du Prince^ Machiavel, parlant de Ceux qui^ par des crimes^ sont arrivés à la souveraineté j s'exprime ainsi : « Je vais citer deux exemples... Agathocle, Sicilien, simple particulier, sorti de Tétat le plus infima et le plus bas, s'éleva au trône de Syracuse. Fils d'un potier de terre, il marqua par des crimes tous les degrés de sa fortune... Il s'entendit sur son projet avec Amilcar, qui commandait l'armée des Carthaginois en Sicile. Agathocle assemble un matin le peuple et le sénat de Syracuse,