ibid., t. I,p.446, lyiftrnurs, Lh\ I, ch- xii
et de la faiblesse de ce pays, qui l'a conduit à être la proie non-seulement des étrangers puissants, mais de quiconcpe a voulu l'attaquer *. Comme si l'union ou la confédération, que naguère encore appelaient de leurs vœux un Gioberti l'auteur du PrimatOj un Balbo l'auteur des Speranze, un Léopardi l'auteur des Canzoni^ un Manzoni l'auteur des Fiancés, un d'Azeglio l'auteur des Cctsi di Romagna ^ et tant d'autres Italiens patriotes % n'eût pas été pour
1. Machiavel, Œuvres compl,, t. I, p. 446, Discours, Liv. I, ch. XII.
2. Évidemment, ce ne sont pas là des Italiens qu'on puisse qualifier de codini. — Voyez l'attachante publication intitulée : V Italie de 1847 à 1865. Correspondance politique de Massimo d'Azeglio, accompagnée (Tune introduction et dénotes par E. Rendu. Paris, 1867, in-l2.
3. Cf. Proudhon, Ouvr» cit , p. o. « Je n'ai jamais cru à l'unité de riialic ; au point de vue des principes, comme à celui de la pratique et des transitions, je l'ai toujours repoussée. Je pourrais citer à l'appui de mon opinion les hommes les plus honorables et les plus intelligents de l'Italie : le tant regretté Montanelli; Ferrari le savant historien, et l'excellent général Ulloa. De tels noms suffiraient pour me mettre à l'abri du reproche d'originalité. Mais je n'ai pas même besoin de ces hautes garanties : l'immense majorité des Italiens, si je suis bien renseigné, est fédéraliste, et n'a jamais vu dans l'unité qu'une machine révolutionnaire. » — J6?V/., p. 32. « Com-
ritalie préférable peut-être h l'unité ^ ! Ou comme siTÉglise, c'est-à-dire la Papauté guelfe, en maintenant en Italie l'autonomie des petits États, nV était point devenue par cela même un
ment ! poursuivait Proudhon, on fait appel aux nationalités, et le premier usage qu'on fasse de l'indépendance est de les engloutir : Napolitains, Romagnols, Lombards, sont moins en Italie que les Hongrois, les Bohémiens, les Croates en Autriche ! Contradiction, dérision. »
1 . Le programme de restauration que les amis les plus passionnés de l'Italie rêvaient naguère encore pour l'Italie, était, en somme, un programme de confédération et d'union, non d'unité. Bien plus, ils signalaient aux Italiens ridée révolutionnaire d'unité comme une erreur à la fois et comme un péril. — Cf. Ch. de La Varenne, Ouvr, cit., p. 340.U La retraite des Autrichiens entraîne infailliblement la chute des archiducs régnant en Toscane et à Modènc ; quant à l'infant de Parme, souverain à titre italien, on peut obtenir pour lui de l'Espagne les Baléares, comme apanage et dédommagement. Ces trois États et les Légations, réunis au Lombard -Vénitien, forment ensemble, avec la mcfharchie Sarde, un magnifique royaume de la Haute-Italie, de quinze millions d'habitants. — Le roi . de Naples ou de la Basse-Italie, augmenté d'Ancône et de diverses enclaves, avec près de dix millions de sujets, fait un souverain fort respectable. Quant au Pape, indépendant à "Home, avec sa banlieue et Civita-Vecchia pour port, riche d'une liste civile payée par toute l'Italie, il est le trait d'union entre les deux monarques, dans la fédération particulière italienne, garantie et protégée par la France. L'Italie possède alors une armée nationale
instrument de délivrance et d'indépendance !
D'un autre côté, tout offusqué par les scandales que donnait la Papauté de son temps, Machiavel, non plus que Guichardin, n'a rien
de trois cent mi lie hommes, appai et réserve de la grande armée française, et le plus riche budget de FEurope. En moins d'un mois, sans troubles, sans secousses, auxcrisd'i* vres»e de la Péninsule, cet ordre de choses se trouve établi. Que l'occupation autrichienne cesse demain, et, d*euxm^mcs, les peuples s*organiseront immédiatement ainsi. » — « H y a, on le sait, bien des manières d*entendre Tindépendance italienne, écrivait à son tour M. Ch. deMazade, Ouvr. cit.^ p. 4o ; il en est qui sont aussi périlleuses que peu efficaces, et qui, en allant se perdre dans des rêves impossibles, n'arrivent qu*à laisser la Péninsule sous l'impérissable joug. L'unité de lltalie est assurément une de ces chimères qui ont des prétentions à la grandeur... Quand le Piémont se tourne vers l'Autriche et met en cause sa domination en Lombardic, il est peu respectueux pour les traités, il est vrai ; mais il parle au nom d'un principe supérieur aux traités eux-mêmes, et l'Europe ne peut voir dans cette revendication nationale qu'une pensée généreuse. 11 n'en est plus ainsi dès que CCS revendications d'indépendance atteignent les autres souverainetés, italiennes; ce n'est plus alors un afFranchissement, c'est une conquête... La question do l'indépendance italienne n'est pas essentiellement 'une question de remaniement de territoires; elle se réduit dans SOS tcîrmos les plus simples — je ne veux pas dire les plus faciles — à substituer un gouvernement national à la domination étrangère là où existe cette domination. » Ce
compris ou n'a rien voulu comprendre au rôle que remplit l'Église dans le drame divin et humain de l'histoire. Il ne lui est pas même venu un seul instant à l'esprit qu'un pouvoir spiri-
Jangage était fort sensé. Mais i'Itaiie s*est crue plus sage qiie ses conseillers, et le Piémont surtout s'est montré plus pressé ou plus avide. Grâce à un concours prodigieux de circonstances, sous la bannière du Piémont les Italiens ont proclamé leur unité. Or l'indépendance italienne exigeait-elle impérieusement l'unité italienne? Cette unité sera-t-elle féconde et sera-t-elle durable ? Ne pouvait-elle de toute nécessité se constituer qu à la condition d'avoir Rome comme capitale? Pour Rome notamment, la croix de Savoie remplacera- t-elle jamais avec avantage la croix des Papes ? C'est ce dont il est permis de douter. Comment enfin oublier que naguère, de même que sans doute encore aujourd'hui, les promoteurs de l'unité italienne par la monarchie avaient contre èùx les promoteurs de l'unité italienne par la république? « On démoralise l'Italie, écrivait Mazzini en septembre 1864 {Ouvr. cit,, p. 2i), on démoralise l'Italie, qui nVst pas, qui ne peut pas être monarchique, en voulant la monarchiser. » Et en avril 1866, il ajoutait: (k L'Italie doit être république et elle le sera ; comptez-y. » Ce sont là du reste des questions qu'il appartient surtout aux Italiens de discuter et de résoudre. « Pour nous, a dit avec raison M. Gino Capponi, pour nous. Italiens, il nous faut porter la fatigue de ce que nous avons entrepris, ot la porter longuement. Quant aux étrangers, amis ou ennemis, ils n'ont rien dé mieux à faire que de nous la regarder porter. » (D'Azeglfg, Cor-
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luel indépendant des couronnes put être contre toute espèce d'oppression le plus sur des boucliers. Différent en cela de Machiavel, Guichardin n'hésitait point à préférer à l'unité italienne
respondance, p. 268.) A la bonne heure, et nous n'avons garde de contredire. Cependant, comment ne pas Tobserver sans arrière-pensée hostile d'aucune sorte et en se plaçant simplement au point de vue de Tintérêt général et du droit des gens? Ce qui intéresse les habi-« tants des deux mondes, c'est la condition qu'impose à la Papauté le nouvel ordre de choses subrepticement créé le 20 septembre 1870 «en Italie, a Nous voulons, disait le 9 décembre 1870 au parlement italien siégeant à Rome le ministère Lanza, nous voulons faire en sorte que le Souverain Pontife se trouve dans une situation si élevée et tellement indépendante de toute souveraineté humaine, que la seule chose qui puisse lui faire sentir le changement de sa condition politique dans le monde soit de se voir délivré des embarras d'une charge tout à fait étrangère à son ministère sacré. » Rhétorique puérile, SI elle n'était dérisoire ! Application suprême du célèbre apophthegme de M. de Cavour : « L'Église libre dans l'État libre î » Qu'on poursuive donc résolument, nettement, si on la juge profitable et si on la croit possible, l'abolition de la Papauté. Mais d'abord qu'on se demande si ce ne serait pas, en supprimant comme le centre même de l'unité morale du genre humain, ruiner du même coup le rempart le plus sûr de la liberté hu niaine. En réalité, ce n'est pas la théocratie qui menace le temps présent; c'est l'esprit révolutionnaire, ou l'esprit de dos])otisnie, qui n'est encore que 1 esprit révolu-
MACHIAVKL ET I/ITALIK 203
Tautonomie des petits Etats italiens. « La division de ritalie, écrivait-il, a fait son bonheur en faisant sa gloire. » Mais comme Machiavel, et avec une plus grande facilité d'insultant langage,
tionnaire. Il est bon, il est nécessaire que les droits de la conscience aient quelque part un représentant indépendant, inviolable, et si la paix de l'Europe a exigé que la Belgique, par exemple, ou la Suisse fût neutralisée, la sécurité de Tunivers civilisé ne voulait-elle pas que les États du Pape fussent également neutralisés, eussent-ils été réduits, mais non point par la violence, à n'être qu'une enclave aussi peu gênante pour l'Italie éprise, engouée d'unité, que l'est à cette heure pour cette même Italie l'enclave de la république de Saint-Marin? « Il faut, s'écriait en i 849 à la tribune M. Odilon Barrot [Moniteur du 21 octobre), il faut que les deux pouvoirs soient confondus dans les États Romains, pour qu'ils soient séparés dans le reste du mondel » Ces paroles étaient et demeurent la vérité. M. Proudhon lui-même ne pouvait s'empêcher de le reconnaître. Ouvr. cit.,j), 21. « Je dirai plus, écrivait-il ; quelle que soit l'opinion d'un homme d'Etat en matière de foi, à moins qu'il ne serve uft gouvernement de révolution, armé pour la propagande révolutionnaire, il lui est défendu d'agir sur la pensée et les institutions religieuses, et nommément de trancher, au détriment du Saint-Siège, comme on ne cesse d'y exciter le gouvernement impérial, la question du temporel. Sans compter que la séparation du spirituel el du temporel, poussée à fond, se réduit, en théorie, à une absurdité, et dans la pratique à une hypocrisie, ce n'est pas j)ar de teis moyens que les croyances se démolissent
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puisqu'on s'exprimant de la sorte il ne faisait que se parler à lui-même, Guichardin, gouverneur pour le pape à Modène, Guichardin dans ses Mémoires déclarait désirer voir, avant de mourir.
et que les Églises et les sectes se détruisent. La philosophie seule, et la plus radicale, agissant sur des intelligences libres, est ici compétente. Tout ce que peut un gouvernement ordinaire, obligé à la tolérance des opinions et des cultes, est de laisser faire au temps et de s*abstenir de toute initiative. Des brouillons menacent la Papauté de schisme, voire même de protestantisme ; quelques-uns, flatteurs à outrance, proposent à Napoléon III de se déclarer chef du spirituel aussi bien que du temporel. On peut juger, d'après ces rêves, du désarroi des esprits. Le schisme, s'il était sérieux, je veux dire s'il avait réellement pour cause le sentiment religieux, l'idée chrétienne, serait le triomphe de la Papauté, en montrant combien est solide encore la pierre sur laquelle a été éditiée l'Église. Le protestantisme est mort : il n'y a que des fagoteurs germaniques qui puissent se dire chrétiens en niant l'autorité de l'Église et la divinité du Christ. Quant à faire de Napoléon III le chef du spirituel, à l'imitation des premiers Césars, c'est là quo je
l'attends Mazzini ne paraît avoir réfléchi à rien do
tout cela. II veut Rome, et de suite. Il traite d'hypocrites ceux qui, tout en insistant pour l'abolition du temporel, se montrent d'autant plus soumis à l'autorité iiu Souverain Pontife à l'égard du spirituel. Il comprend, ■comme Napoléon P'\ que si le Saint-Père est le roi du spirituel, il est le roi de l'univers. L'idée que représente le Papo, dit Mazzini, est épuisée ; il faut la sacrifier avec
MACHIAVEL KT L'ITALIK 2iu>
trois choses, mais sans espérer, quelque longue que dût être sa vie, en voir une seule : un état de république bien ordonné dans la cité ; Tltalie délivrée des Barbares, et le monde affranchi de la tyrannie de ces scélérats, de prêtres, « liberato il mondo délia tirannide di questi scelerati pre- HK n Toutefois, ni Guichardin probablement, ni cei'tainement Machiavel n'a médité d'asseoir sur les ruines de l'Église l'unité italienne, non plus que ni l'un ni l'autre n'ont songé à établir en Italie, sur les débris des principautés, des duchés, des royaumes, un pouvoir rigoureusement un. Les petits princes, sans doute, paraissent au Secrétaire Florentin, pour la prospérité des Etats, une obstruction, et il les qualifie assez dédaigneusement « de rognures. »
le reste. A merveille; mais il faut en même temps la remplacer, cette idée ; et pour cela il faut autre chose que la profession de foi du Vicaire Savoyard, autre chose que la devise Dio e popolo, adoptée par Mazzini. Dieu et le peuple! c'est encore de la superstition, encore du pontificat. Eh quoi ! voici Mazzini, le dénonciateur des hypocrites, surpris lui-même, avec son déisme renouvelé de Robespierre, en flagrant délit d'hypocrisie ! »
1. Ricordi iiolitid e civili, § xxviii, cccxlvi. — Cf. Victor Poirel, Essai sur les discours de Machiavel aver les ronsidêraiions de Guicriardini. Paris, 1800, in-8.
Ce serait néanmoins commettre un anachronisme choquant que de lui attribuer un goût décidé pour ce panthéisme politique qui tend à abolir sous une absorbante unité la variété, c'est-à-dire la vie. Autant qu'il est permis de pénétrer et de saisir le fond d'une pensée en ce point un peu flottante, ce que rêvait Machiavel, ce qu'il cherchait en dehors de la Papauté, ce qu'il appelait de ses vœux, c' était l'établissement d'un pouvoir modérateur et suprême qui s'imposât à tous les gouvernements d'Italie, en devenant leur sauvegarde; c'était, par conséquent, pour l'un de ces gouvernements (et on ne peut le blâmer d'avoir voulu départir à Florence sa patrie un semblable rôle), c'était pour l'un de ces gouvernements, une hégémonie fortement organisée. « Il est temps, s'écriaitil pénétré d'une patriotique émotion à la fin du Prince et en s'adressant aux Médicis ; il est temps que l'Italie voie briser ses chaînes. Avec quelles démonstrations de joie et de reconnaissance ne recevraient-elles pas leur libérateur, ces malheureuses provinces qui gémissent depuis de longues années sous le joug d'une domination odieuse ! Quelle ville lui fermerait ses portes, ci quel peuple serait assez
MACHIAVEL ET L'ITALIE . 'iOT
aveugle pour refuser de lui obéir? Quels rivaux aurait-il à craindre? Est-il un seul Italien qui ne s'empressât de lui rendre hommage?
Tous sont las de la domination de ces Barbares. Que votre illustre maison, forte de toutes les espérances que donne la justice de notre cause, daigne former une si noble entreprise, afin que, marchant sous vos étendards, notre nation reprenne son ancien éclat, et que sous vos auspices elle puisse chanter avec Pétrarque :
« Virtù contra furore Prenderà 1* arme, e fia '1 combatter corto,
Che r antico valore Negl* italici cuor non è ancor morto ^ »
En somme donc, si Machiavel, au seizième siècle, n'a pas été et n'a pu être un Italien du dix-neuvième siècle, les Italiens du dixneuvième siècle, ou, pour employer un néologisme à la mode, les c< Italianissimes^ «n'en sont pas moins autorisés à saluer en lui un précurseur. La jeune Italie a pu faire dès l'abord de Dante son patron. Mais si elle l'a toujours op-
\, Machiavel, Œuvres compL, t. I, p. 632, le Prince, ch. xxvr. — Petrarca, Canzone xvi, 03-00.
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posé à Machiavel, c'est « comme on oppose la synthèse à l'analyse \ » Machiavel reste pour les représentants de la jeane Italie « H sovranô pensatore^ le souverain penseur. » Pour ceux qui, parmi eux, se croient d'habiles et profonds politiques, pour ceux-là, Machiavel n'est d'ailleurs « le souverain penseur » que parce qu'ils estiment « qu'on ne gouverne pas avec la vérité! »