‹ Machiavel: augmentée du̕n appendiceChapitre 78 sur 96 · Id., ihid · texte numérisé non relu

Id., ihid

être plus facilement la proie des méchants *. Là, de cpielque détour qu'il s'enveloppe et quelcpies atténuations que prudemment il s'applique à y apporter, là est la pensée foncière de Machiavel, pensée que reprendront après lui Bayle et Gibbon. Cependant, à consulter la métaphysique et l'histoire, lès faits et les idées, rien n'est plus erroné qu'une pareille appréciation de la religion chrétienne. Sans doute ce que le christianisme réclame^ c'est un abandon de nous-mêmes qui va jusqu'à l'héroïsme ; c'est un sacrifice de nos intérêts qui n'a d'autres limites que celles même de l'amour. Mais qu'une atteinte quelconque menace la conscience, c'est-à-dire le sanctuaire même de la liberté, et aussitôt cette doctrine d'humilité et de renoncement devient une doctrine de ré-* sistance invincible. Ni promesses, ni menaces, ni sollicitations, ni vexations ne sont capables de la fléchir. Faible, elle s'oppose intrépidement à tout ce qui est fort ; désarmée, elle défiô toutes les tyrannies; au milieu de Funiverselle prostration, elle tient inébranlable le drapeau de la liberté. C'est elle qui, la pre-

1. Machiavel, Œaiv7'ps compL, t. I,, p. 498, Disnours, Liv. Il, ch. II.

mière, a jeté dans le monde, comme une semence qu'elle fécondait du sang mémo, mais du seul sang de ses martyrs, cette parole dont le monde a pu abuser, mais que le monde, pour son bonheur et son honneur, n'a plus oubliée et n'oubliera plus : « Il vaut mieux obéir è Dieu qu'aux hommes * . » Aussi Montesquieu n'hésitait- il pas à soutenir « que les principes du christianisme, bien gravés dans le cœur, •seraient infiniment plus forts que le faux honneur des monarchies, les vertus humaines des républiques et la crainte servile des États despotiques^. » En effet, ce n'est pas le christia^ nisme apparemment qui a divinisé tous les vices, consacré l'esclavage, rendu les peuples ennemis, dressé des autels aux empereurs?

Loin de là, et pour peu qu'on y songe, il devient malaisé de ne point reconnaître avec Grotius que la religion chrétienne est un principe de justice universelle % et ainsi comme

\, Je me permets de citer ici, en y renvoyant, mon écrit intitulé : Le Ckiistianisme et la Lihertéy Paris, 1868, in-8, p. 14.

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