‹ Machiavel: augmentée du̕n appendiceChapitre 80 sur 96 · Id., ibid.j t. I, p. 007, le Prince^ ch. m · texte numérisé non relu

Id., ibid.j t. I, p. 007, le Prince^ ch. m

siveté, l'oisiveté le désordre, et le désordre la ruine des Etats, et bientôt du sein de leur ruine renaît Tordre, de Tordre la vertu, et de la vertu la gloire et la prospérité de Tempire*. » Cependant, ajoute Machiavel, « en réfléchissant sur la marche des choses humaines, on trouve que le monde se soutient dans le même état où il a été de tout temps ; qu'il y a toujours même quantité de bien, même quantité de mal; mais que ce mal et ce bien ne font que parcourir les divers lieux, les diverses contrées. D'après ce que nous connaissons des anciens empires, on les voit s'altérer tour à tour par le mouvement qu'ils éprouvent dans leurs mœurs % et c'est un cercle qu'ils sont tous destinés à parcourir ^ » C'est de la sorte que l'auteur des Discours et du Prince , tout pénétré des maximes de l'antiquité païenne, dont il célèbre à chaque instant les héros, un Agathocle, un Romulus, un Numa ; c'est de la sorte que Machiavel se déclare et demeure étranger à l'idée essentiellement chrétienne de progrès. Pressé par

4. Machiavel, Œuvres compL, t. T, p. i04, Histoire de Florence, Liv. V, 2. Id., ibid,,tJ, p. 494, Discours, Liv, H,Ava7ît']iyropos. :î. 1(1. , ihid , t. I, p. 431, Discours Liv. I, ch. \.

Tévidence, conti^aint, pour ainsi dire, par la nécessité même des choses, il ne laissera pas d'aïfinner qu'il est important de faire grand cas de la religion. « Mfedheur à TEtat, s'écrierat-il, oii la crainte de FÉtre suprême n'existe pas ! Il doit périr s'il n'est maintenu par la crainte même du prince, qui supplée au défaut de religion; et comme les princes ne régnent que le temps de lem' vie, il faut également que l'État, dont l'existence ne tient qu'à la vertu de celui qui règne, périsse promptement * . » Mais, en définitive, chez Machiavel comme chez VarroUj la religion n'est guère qu^un instniment politique ^ En revanche, de même que

i. Machiavel, Œuvres compL, t. I, p. 444, Discours^ Liv. I, ch, XI.

2. Cf. Id,, ibid., t. I, p. 445, Discours, Liv, I, ch, xii. « Il est du devoir des princes et des chefs d'une république de maintenir sur ses fondements la religion qu'on y professe ; car alors rien de plus facile que de conserver un État composé d'un peuple religieux, par conséquent plein de bonté et porté à l'union. Aussi, tout ce qui tend à favoriser la religion doit-il être accueilli, quand même on en reconnaîtrait la fausseté ; et on le doit d'autant plus qu'on a plus de sagesse et de connaissance du cœur humain. De l'attention des hommes sages à se conformer à ces maximes est née la foi aux miracles que l'on célèbre dans les religions, même les plus fausses. Ces gens

nombre de ses contemporains, et des plus éclairés, ou des plus esprits forts, un Guichardin, par exemple *, un Cellini % il ajoute foi aux devins, aux révélations, aux prodiges, aux présages les accréditaient, (pielle que fût leur source, et leur opinion faisait autorité auprès de tous les autres, d Cf. Ibid., Discours, Liv. III, ch. u

\ . Ricordi politici e civili, § ccxi. « Il y a des esprits aériens qui s'entretiednent avec les hommes. C'est un fait certain; je le sais par expérience. » — Guichardin, selon toute apparence, ne se laisse pas non plus simplement aller à développer un lieu commun littéraire, lorsqu'il rappelle sur le ton le plus sérieux les présages qui, suivant lui, annoncèrent, en avril 1492, la mort de Laurent. «L'importance de cet événement, écrit-il dans son Histoire florentine, Storia fiorentina, fut signalée par de nombreux présages : une comète avait paru peu de temps auparavant ; on avait entendu hurler des loups ; dans l'église de Santa-Maria-Novella, une femme prise de fureur s'tV tait écriée qu'un bœuf avec des cornes de feu incendiait toute la ville; les lions (de la ménagerie) s'étaient battus et un des plus beaux avait été tué par les autres; enfin, un jour ou deux avant la mort de Laurent, la foudre était tombée de nuit sur la lanterne de la coupole de Santa-Maria-Reparata , et en avait détaché quelques grosses pierres, qui avaient roulé du côté de la maison des Médicis, etc. » Cf. Geffroy, lac. cit.

2. Mémoires, trad, par M. T. de Saint-Marcel, Paris, 1822, in-8, p. 279. « Je pensais à la puissance des étoiles, non qu'elles puissent nous faire du mal ni du bien par elles-mêmes, mais par le hasard de leurs conjonctions auxquelles nous sommes exposés. »

sages. A l'eu croire, << les grands changements qui arrivent dans une ville ou dans uu Etat sont toujours précédés de signes qui les annoncent et d'hommes qui les prédisent*. » Il confesse même « qu'il se pourrait que l'air, d'après l'opinion de certains philosophes, fût peuplé d'intelligences, qui, douées d'assez grandes lumières pour prédire- l'avenir, et touchées de compassion pour les hommes, les avertissent par des signes de se mettre en garde contre les périls qui les menacent ^ » La superstition, ou je ne sais quelle confiance aveugle en l'astrologie et en la magie, qu'autorise et préconise l'étrange et brillant néoplatonisme

1. Machiavel, Œuvres compL,L I, p. 488, Discours, Liv, J, ch. Lvi.

•2. Id., ibid. — Cf. Ibid.^X. I, p. \ol, Histoire de Florence, Liv, VL « Le 24 août, une heure avant le jour, il s'éleva de la mer Adriatique un épais tourbillon de nuages qui occupait, en tous sens, près de deux milles d'étendue. Ce tourbillon, poussé d'en haut par une force naturelle ou surnaturelle y combattait et se brisait contre lui-même. — Ibid., p. 214, Histoire de Florence, Liv, VHI. « Comme la i)erte de Laurent de Médicis devait entraîner beaucoup de calamités, le ciel voulut en donner des présages trop certains. On vit entre autres la foudre tomber sur l'endroit le plus élevé du faite de l'église Sainte-Réparata, avec tant de violence, qu'une grande partie de la cime du tcniplo s'écroula.»

de son temps * ; la superstition a remplacé dans ce grand esprit la religion. Pour lui, il n'y a, à le bien prendre, d'autre Dieu que le hasard ou la fortune, qui laisse évidemment quelque place à la prudence parce que nous avons un libre arbitre % mais qu'il faut seconder, non contrarier, ourdissant sa trame, suivant ses fils, sans chercher à les détruire ^ Les influences du ciel ne lui sont, à la lettre, que les influences mêmes des astres ou des sphères, que Ton peut s'appliquer à connaître, mais qu'il est impossible de conjurer*. Bref, la force de la fatalité

i. Cf. Marsilius Ficinus Florentinus, Theologia platonica, de Immortalitate animorum Duodeviginti Libri. Parisiis, io59, m-12. — De Vita libri très. Basileœ, 1532, in-<2.

2. Machiavel, Œuvres compL, t. I, p. 639, le Princt% ch. XXV. « Je comparerais volontiers lapuissance aveugle du hasard à un fleuve rapide qui, venant à se déborder, inonde la plaine, déracine les arbres, renverse toutes les habitations et entraine au loin les terres qui bornaient son lit, sans qu'on ose ou qu'on puisse s'opposer à cette fureur ; ce qui n'empêche pas que lorsqu'il est rentré dans ses limites on ne puisse construire des digues et des chaussées, pour prévenir de nouveaux débordements. Il en est de même de la fortune : elle exerce sa puissance, lorsqu'on ne lui oppose aucune barrière. » Cf. Ibid.,i, II, p. 407. Chapitre de V Occasion. Chapitre de la Fortune»

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