Id.y ibid
3. Cf. Jean de Muller, (Euvi^es, t. VI, p. 344, Lettre à son frère: « Je vien^ de relire Machiavel, son Tite-Live et son Prince, chose que je n'avais pas faite depuis vingt-quatre ans. Ce Prince est un livre classique, on pourrait même dire antique ; rien que de l'or pur. L'expérionce (''clairéo par l'intelligence la plus juste, rien de
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ration des faits, Machiavel ne paraît pas soupçonner qu'il y ait quoi que ce soit au delà des faits, ni que les faits mêmes supposent rien d'éternel et d'immuable. Le fait accompli, voilà son idole. Aussi les faits qu'il généralise ne lui deviennent-ils d'ordinaire qu'une base fragile d'induction. Car il est bien remarquable que le plus souvent ce génie, pourtant si sagace, se
chimérique, rien d'exclusif ou de partiel, rien de stérile, de la vraie sagesse politique ; mais il faut savoir la saisir. Quels avertissements nous pourrions y puiser 1 » — « J'avoue, écrit de son côté le marquis de Bouille {Ouvr. cit., Avant-propos), j'avoue que j'ai trouvé dans l'ouvrage de Machiavel, pour le moins autant que dans celui de Frédéric, des règles utiles à suivre dans ies rapports qu'un homme public, roi, ministre ou général, peut avoir avec les autres hommes. J'ai trouvé principalement beaucoup de maximes applicables aux événements qui ont marqué d'une manière si mémorable la lin du dernier siècle et le commencement de celui-ci, et qui, pour avoir été plus ou moins observés, ont fait le succès des uns, le malheur des autres. En les séparant du corps de l'ouvrage, et en amalgamant ce que chacun a dit de raisonnable, on aurait une sorte de manuel des hommes en place ; car ils doivent se faire un plan, non un système de conduite : l'un s'adapte aux circonstances, et c'est le parti qu'on tire de celles-ci qui établit la supériorité et donne l'avantage, tandis que l'autre veut résister à tout et s'assujettir ce qui est au-dessus des volontés et des facultés humaines. »
trompe dans ses calculs et se trouve déçu dans ses conjectures *.
Comme Montaigne le reprochait à Guichardin, avec lequel Machiavel offre plus d'untraitde frappante ressemblance, mais dont il diffère aussi par plus d'un endroit % on peut donc dire de
i. Cf.J. Ferrari, Ouvr, aï., p. 71 .« L*homme de la Renaissance sentait le danger, et, faute de principes, il ne le voyait pas. »
2. Il est assurément fort permis d'écrire d'une manière oratoire que Guichardin est le disciple de Machiavel. Toutefois, si on prenait cette expression à la lettre, elle manquerait d'exactitude.
Sans doute Guichardin et Machiavel offrent plus d'un trait commun de génie ou de caractère. Surtout ce sont bien deux hommes d'un même temps et d'un même pays (Machiavel né à Florence en 1469, mort en 1527; Guichardin né à Florence en 1482, mort en 1540). L'un et l'autre en effet réfléchissent, à un degré rare, les sentiments et les idées, l'immoralité raffinée et la superstition grosâière, tous les préjugés en un mot et toutes les préoccupations du seizième siècle et de l'Italie au seizième siècle. Mais en dépit des ressemblances ou des affinités qui les rapprochent, Machiavel et Guichardin n'en présentent pas moins des différences essentielles qui les séparent et qui ne permettent guère non plus de considérer Guichardin comme un disciple de Machiavel.
Ainsi, ce qui domine chez Machiavel, c'est l'imagination, tandis que Guichardin est beaucoup plutôt ce qu'on appellerait un homme d'entendement. Machiavel, d'autre part, a donné le spectacle des plus tristes fai-
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Machiavel « que parmi tant d'âmes et d'effecls qu'il juge, de tant de mouvemens et conseils, il n'en rapporte jamais un seul à la vertu, roli-
blesses, et Guichardin lui-même n'a certes pas su en elre exempt. Cependant, comment oublier que Guichardin apporta dans sa conduite et les plus secrets motifs de sa vie un sérieux que ne connut jamais Machiavel ? Je n'en voudrais d'autre preuve que le Discours que Guichardin s'adresse à lui-même, quand il atteint Vâge de trente ans, pièce singulière, qui, des mains de M. Ganestrini. le savant éditeur des œuvres complètes de Guichardin, a passé dans un livre intéressant sur Guichardin par M. Eugène Bcnoist (Paris, 1862, in-8, p. 392). « In Spagna, 1513 (Marzo?) — Francesco : la età in che tu se'hora mai, havendo gia iinito e' trenta anni, la grandezza di molti et intiniti beniticii che tu medesinK) riconosci havere ricevuti da Dio, lo essere di tanto intelletto che tu conosci la vanitàdi questa vita,quanto e'cattivi debbono temere et i buoni sperare délia futura, ti doverebbono ridurre in uno modo di vivere che tu doverresti deliberarti di volere procedere come si conviene aile ragiuni sopradette e come si appartiene non a uno fanciullo e giovane, ma uno vecchio. E poiche Dio ti ha dato gratia che nellc cosc del mondo la patria et e'cittadini tua ti hanno deputato liberamente e ordinariamente a' gradi et exercitii sopra la età e li anni tua, e la divina gratia vi t'ha insino oggi conservato drento con più riputalione et gloria che tu non meriti, debbi anche nelle cose divine e spirituali accommodarti a questo medesimo maneggio et fare taie opère che Dio per sua benignità ti habbi a dare quella parte in paradiso che tu medesimo dcsideri nel mondo. Et certo la vita et c' costumi mai
CONCLL'SION -iO;)
gion et conscience, comme si ces parties là estoient du tout esteinctes au monde : et de toutes les actions, pour belles par apparence
non sono stati insino a hoggi degni di uno uomo nobilc fîgliuolo di buono padre, allevato da piccolo santamentc, ne di qaella prudentia che tu giudichi in te ne vi puoi sanza grandissima vergogna almeno tcco medesimo perse verare. »
Machiavel nous a plus d'une fois initiés à ses plus intimes pensées. Or, quand Machiavel s'cst-il jamais exprimé avec cette noblesse et un tel accent?
En second lieu, si Machiavel et Guichardin sont deux hommes de nature, au fond, très- différente, ce sont aussi, en matière de gouvernement, deux théoriciens qui ne professent pas toujours, et sur des points d'ailleurs considérables, les mêmes maximes. Il suffit, pour s'en convaincre, soit de comparer leurs ouvrages historiques et politiques, soit de consulter l'examen qu'a fait Guichardin des Discours de Machiavel sur la première décade de Tite-Live, Considerazioni intorno ai discorsi del Mnchiavello sopra la prima deçà di Tito-Livio.
Enfin, Machiavel et Guichardin, qui étaient liés d'une assez étroite amitié , ont entretenu une correspondance, dont heureusement une partie, sinon la plus grande partie , est parvenue jusqu'à nous. Or, qu'on parcoure les lettres qu'ils se sont écrites, et mes impressions m'ont bien trompé, ou on reconnaîtra que dans cet échange d'idées entre l'ancien Secrétaire de la république de Florence et le gouverneur de Modène pour le Pape, c'est en somme Machiavel qui est le disciple et Guichardin qui est le maître. Car c'esT; en somme Guichardin qui s'y montre le véritable homme d'État.
qu'elles soient d'elles mêmes, il en rejecte la cause à quelque occasion vicieuse ou à quelque proufit. . . , ce qui faict craindre qu'il y aye un peu du vice de son goust, et peult estre advenu qu'il ayt estimé d'aultruy selon soy *. » C'est pourquoi également, sans foi aucune dans la force du vrai et la puissance de l'honnête, Machiavel n'hésite pas à conseiller de préférence les moyens les plus violents* et considère l'extrême scélératesse comme le secret même ^ de l'art de gouverner. D'un seul mot, Machiavel a eu le tort irrémissible de méconnaître, et : c'est là que gît, avec l'infirmité radicale de sa doctrine, le scandale perpétuel de ses écrits; Machiavel a eu le tort de méconnaître que la
\, Essais, Liv. If, ch. x.
2. Cf. GuicHARDiN, Œuvres inédites, publiées par M, Canestrini, 1. 1, p. 26. Considerazioni intorno ai discorsi del Machiavello sopra la prima deçà di Tito-Livio, « Il faut que le prince soit prêt à user des moyens (indiqués par Machiavel) quand ils sont nécessaires, et pourtant qu'il ait de la prudence, toutes les fois qu'il sera possible d'établir son pouvoir sur l'humanité et sur les bienfaits, ne prenant pas ainsi pour règle absolue ce que dit cet écri vain, à qui ont toujours plu outre mesure les remèdes extraordinaires et violents. — Non prendere per regohi assohita quèllo chv dicc lo scrittore, al quale sempre piacquonn snpra modo p rimedii csfraordirravii o violenfi. )>
politique repose, avant tout, sur le droit, qui j naît du devoir. Le droit, fils du devoir, voilà en effet l'Atlas, qui, même à Tinsu des hom- / mes ou malgré les hommes, soutient et porte le monde !