‹ Machiavel juge des révolutions de notre tempsChapitre 4 sur 10 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

MACniAVEL HISTORIEN.

Dans son histoire de Florence, Machiavel est naturellement l'homme de son système ; il méconnaît 5a patrie faute d'en comprendre les principes. Quels étaient les éléments de l'histoire de Florence? Evidemment ce n'étaient que les quatre éléments du droit italien : la papauté , l'empire, les guelfes et les gibelins. Or, pour Machiavel , ces quatre principes se réduisent à quatre faits. D'après lui , le pape n'est que le seigneur de Rome, l'empereur n'est qu'une puissance étrangère, les guelfes et les gibelins sont des factions folles et capricieuses dont il ne suit les luttes que malgré lui. Les principes écartés , il tombe dans une sorte de plan classique tracé par les idées greco- romaines. La Toscane impériale du moyen-age est oubliée comme une terre conquise : la domination des marquis de Toscane qui avaient visé à ta royauté italienne s'évanouit chez Machiavel sans que l'on sache comment. Dans son histoire , Florence surgit de la terre tout armée comme une ville grecque des temps fabuleux de Cad mu s. Acceptons ce point de départ. Le drame s'ouvre en 1213, avec la lutte des guelfes

et des gibelins. Quelle est , d'après Machiavel , l'origine des deux partis? C'est une querelle entre deux fiim illcs, les Uberti et les Buondclmonti, à propos d'un mariage : La guerre tnlre les deux familles , ce sont ses paroles, devenue publique, se prolongea à cause des tours oui protégeaient chaque palais. D'où viennent ces tours? Elles supposent déjà la guerre. Pourquoi cette guerre terrible, séculaire, à propos d'une querelle de ménage? Machiavel ne le dit pas. Quels sont les projets, les idées des doux partis? Nouveau silence. Pour Machiavel , ce sont là les fds de Cadmus partagés en deux camps, ce n'est là qu'une scission qui éclate au sein même de la noblesse de Florence. Les deux partis cherchent des alliances; l'un se range du côté du pape , l'autre du côté de l'empereur, et c'est ainsi que les factions se perpétuent. L'erreur ne saurait être plus profonde. Ouvrons les chroniqueurs dé Florence ; choisissons le plus grossier de tous. Ricordano Malaspina, dans sa naïveté, revient vingt fois sur l'origine de Florence pour dénombrer une à une toutes les familles qui sont venues successivement agrandir la ville libre. Parmi elles figurent les Uberti, que le chroniqueur fait descendre do Jules César, les Lamberti , leurs alliés , qui descendent de Troie et qui enterrent encore leurs morts avec des chevaux de métal. Malaspina dénombre tous les châteaux que la ville conquiert à partir de 1 107 ; à chaque château qui tombe, c'est une famille féodale qui arrive à la ville et doit hàtir son palais. Bref, Florence se compose d'une foule de seigneurs qu'elle dépossède. En 1170, quarante-cinq ans avant la lutte dont parle Machiavel , « ceux de la maison des Uberti , dit Ma-

laspina, qui étaient les plus puissants et les plus grands citoyens de Florence , avec leurs partisans nobles et populaires, commencèrent à guerroyer contre les consuls qui étaient seigneurs et directeurs de la commune de Florence.» La guerre, d'après Malaspina, dure plus de deux ans ; elle est meurtrière, violente , ruineuse ; l'habitude du combat se développe à tel point • qu'un jour, dit Malaspina , on se battait , et le jour suivant les combattants mangeaient et buvaient ensemble en causant de la valeur qu'ils avaient déployée les uns et les autres dans les batailles de la veille. « Voila donc deux partis nettement dessinés dès H 70 : d'un coté figurent les Uberti , de l'autre les consuls ; c'est là donc la guerre des châteaux et delà commune transportée au sein même de Florence. Quatorze ans plus tard , Frédéric Barbe rousse arrive sous Florence. Que fait-il? 11 soutient les nobles qui se prétendent, dépossédés par la commune. La guerre de 1215, entre les Uberti et les fiuondclmonli, n'est done qu'une vieille guerre qui se ranime à propos d'un mariage. Quels sont les deux partis ? Suivons toujours Malaspina , qui est très ignorant , mais qui nomme les familles; d'un coté il y a les Baldi, les Frcscobaldi, les Mozzi , les Cerchi , des marchands , des familles nouvelles , évidemment les hommes de la commune ; d'un autre coté , on trouve les Lambcrli , les plus grands noms , surtout les Uberti , qui descendent de César. C'était donc ici le grand combat de la commune et des châteaux, de la bourgeoisie et de la noblesse , du commerce et de la féodalité. La lutte avait éclaté en 1170, au fort de la ligue lombarde ; elle se renouvelait depuis 1215 , en

présence du dernier empereur de la maison de Souahc ; elle était donc la grande lutte de la commune pontificale et île la féodalité impériale. La guerre îles L'bcrti et des Buondelmonti se répétait à Vérone par les Montecchi et les Sanbonifazio, à Vicence par les Mal traversi et les \ivarcsi, à Milan par les Visconti et les Torriani ; à Sienne , à Pise, dans toutes les villes, les deux partis étaient aux prises, et partout les tragédies domestiques se mêlaient à la marche des événements pour envenimer la guerre italienne. Machiavel a donc pris l'épisode d'une guerre universelle pour une guerre isolée ; il n'a vu dans le combat des castes qu'un échange de vengeances domestiques, il a transformé une guerre sociale en une guerre de factieux, il a substitué deux alliances accidentelles aux deux principes de la papauté et de l'empire.

En suivant les diverses phases de la lutte, Machiavel ne manque pas de reproduire son erreur. Les gibelins sont expulsés en 1279, désormais Florence est absolument guelfe ; cependant, vers 1300 , une nouvelle sédition éclate parmi les guelfes , la ville se divise en deux partis : les blancs et les noirs. C'est là un nouveau drame qui commence et qui doit finir a son tour par l'expulsion de tous les blancs. Quelle est l'origine de la nouvelle lutte? D'après Machiavel on la doit au hasard. Deux familles de Pistoïe, les Panciotichi et les Cancellieri , se querellent à propos d'une injure , la ville se divise en deux partis : les blancs et les noirs ; ce sont de tous eûtes des pillages , des incendies , des coups de poi- ■ gnard. Florence appelée , intervient pour étouffer la sédition et bientôt elle voit éclater dans son sein la

sédition qu'elle voulait apaiser chez ses voisins. Ainsi, suivant Machiavel , en 1215 les Ubertf et les ISuondelmonli jettent au hasard la discorde dans la ville qui devient moitié guelfe, moitié giheline; en 1500 les Pancialichi et les Cancellicri de Pisloïc, houleversent de nouveau la république en divisant au hasard les guelfes en deux partis : les tilancs et les noirs. Prenons les chroniqueurs contemporains, l'auteur anonyme de la ehronique de Pistoïe de 1500 à 1548 et Dino Coiupagni , l'auteur d'une chronique florentine ; les prétendus accidents seront remplacés pur le développement logique de la guerre sociale. D'après l'anonyme de Pistoïe les Pancialiclii et les Canccllicri n'étalent que les gibelins et les guelfes , sous la dénomination nouvelle des blancs et des noirs. Là-dessus point de doute. La sédition do 1500 éclatait à propos d'une vengeance ; au fond elle n'était que la continuation d'une guerre ancienne- Pourquoi Florence, entièrement guelfe depuis 1279, se laissc-t-elle diviser de nouveau par les vieux partis de Pistoïe? Interrogeons le chroniqueur florentin. 11 nous apprend que si Florence avait expulsé les gibelins, ses guelfes se ralliaient autour de deux centres distincts , le gouvernement et le parti proprement dit. Le gouvernement traitait les affaires avec une sorte de neutralité administrative; le parti officiellement organise avec son assemblée et ses capitaines avait le droit de poursuivre tout gibelin , fût-il dans le gouvernement. 11 y avait donc des guelfes modérés et des guelfes lié lés , des guelfes suspects et des guelfes surs : les premiers regrettaient la noblesse , les seconds tenaient à la bourgeoisie. La séparation ofli-

cî elle du gouvernement et du parti organisait le combat. Deux familles rivales , les Cerchi et les Donati , primaient sur toutes les autres et elles devaient figurer naturellement à la letc des deux partis. A l'époque de la sédition de Pistoïe, les Cerchi donnent l'hospitalité aux Panciuticlii gibelins , les Donati accueillent les Cancelliei'i liiielfes, et à la suite des Cerchi et des Donati la ville se divise en deux camps : les blancs et les noirs. Les guelfes modères, suspects ou hypocrites , se rallient autour des Cerchi , sous le nom de blancs ; car le nom de gibelin était proscrit : les guelfes purs se rallient autour des Donati avec le nom de noirs : l'ancienne guerre continue à moitié masquée par de nouvelles dénominations; c'est toujours la guerre des nobles et des bourgeois. Voulons-nous la suivre '? Consultons toujours Dino Compagni. « Les chefs des blancs, les Cerchi, dit le chroniqueur , éiiiieni des hommes de liasse extraction, mais bous marchands, très riches ; ils s'habillaient très hien , ils avaicnt-dc nombreux valets , des chevaux, une grande tenue. Quelques-uns d'entre eux avaient acheté le palais des Conti-Guidi et des Donati. t Voilà les bourgeois gentilshommes. « Leurs adversaires, les Donati , poursuit Dino Compagni, à la tetc des noirs, étaient plus nobles et moins riches.* Voila uni" 1 noblesse républicaine par jalousie et par haine. Il va sans dire que les Cerchi dédaignent les Donati. Les nouveaux gentilshommes ne veulent pas être bourgeois ; ils ne se rendent pas à l'assemblée guelfe. Quels sont leurs amis ? Ils cherchent à s'attacher les hommes du gouvernement {reijgenlï) , ils favorisent le bas peuple {popolo minuto ) , ils se rappro-

client des gibelins proscrits. Enfin ils comptent des partisans à Pisc , a Arezzo , deux villes gibelines. On conçoit la méfiance des guelfes , l'indignation de la bourgeoisie , les Donati ne manquent pas de paraître à l'assemblée du parti : le bruit court déj» que les Cerchisont gibelins. Que font-ils? Dino nous apprend que les Cerchi acceptent l'accusation pour étendre leur influence. « Les guelfes, disent-ils , nous craindront beaucoup plus en nous croyant les alliés des gibelins et les gibelins nous aimeront encore plus en espérant notre appui. » Les blancs étaient donc des guelfes en défection , des néo-gibelins , des bourgeois qui reconstruisaient à leur profit la noblesse impériale. Ce n'était donc pas le hasard qur créait des troubles à Florence , c'était une réaction eontre la victoire guelfe de 1279, c'étaient l'espérance des gibelins, l'insolence des parvenus; elles alarmaient les vrais guelfes et à partir de 1300 la bourgeoisie poursuivait son combat. Elle fut impitoyable ; elle dût l'être ; toujours trompée par l'intrigue gibeline, toujours menacée par les réactions , en 1302 elle expulsait les blancs par milliers en rasant les tours , en brûlant les palais : plus lard la réaction reparaissait sous une nouvelle forme, et la bourgeoisie en 1345 expulsait une dernière fois les gibelins on réduisant les plus grandes familles à l'extrémité de labourer la terre pour vivre.

L'erreur sur les guelfes el les gibelins est si grande que Machiavel lui-même no peut lui rester fidèle. Les faits parlaient trop liant, le mouvement social qui triomphait par les grandes expulsions des gibelins enfantai! des institutions dont le sens était beaucoup

trop frappant. Quand les guelfes chassèrent les gibelins en 1279 , ils organisèrent le pouvoir des corporations des arts et métiers , et ce pouvoir , dit Machiavel , fut rfaiw la suite la ruine des nobles , depuis exclus des emplois, et enfin vaincus et dispersés. Dans la suite , Machiavel ne manque pas de nous montrer l'action des corporations : il ne se trompe pas sur les faits , il se rectifie , ce n'est plus le hasard des. querelles domestiques qui explique la marche des événements. Malheureusement la rectification s'exagère par une erreur opposée. L'historien substitue le peuple aux guelfes, les patriciens aux gibelins, il remplace le système italien par ic système classique , les noms mêmes de guelfes et de gibelins disparaissent de l'histoire , comme si Florence n'était plus qu'une villegreeque ou romaine, li en résulte qu'en assistant au triomphe de la bourgeoisie de Florence, au moment où elle expulse tous les grands en 1315 , Machiavel ne dit pas un mot du parti guelfe. Le gouvernement, les alliances étaient guelfes , et il n'est question que du peuple ; le triomphe de la bourgeoisie détruit la noblesse impériale , et il n'est question que de la déroute des grands. L'ancien système militaire de Florence s'écroule, toutes les traditions chevaleresques de l'empire disparaissent, et Machiavel se borne à ce mot : Florence, dit-il , se dépouilla non seulement d'armes, mais de toute gènirosiU ; cette phrase abstraite est la seule qui indique lu plus profonde des révolutions momies qui s'accomplissent à Florence.

Le système classique substitué au système italien , falsifie chez Machiavel la troisième période de l'histoire de Florence. Celte période se développe par la

lutte des Ricci et des Albizzi, et elle aboutit au terrible soulèvement des Ciompi , les plébéiens de Florence. Pourquoi Florence unie par l'expulsion des gibelins et des blancs se divisc-t-olto de nouveau en. deux camps ï D'après Machiavel , c'est à cause des Ricci et des Albizzi , ce sont là , dit-il, des familles fatales , comme les Ubcrti et les Ruondclmonti , comme les Cercbi et les Donati. lilles sont nées pour la ruine de la république, la fortune les met auxprises et la guerre éclate comme la conséquence d'une ftumear maladive de la république '. Pourquoi cette guerre aboutit-elle au soulèvement des plébéiens ï Machiavel, tout en se perdant dans les détails , veut bien nous montrer que la guerre des Ricci et des Albizzi devient la guerre des patriciens et du peuple. Or, suivant lui, les patriciens, pour se fortifier, s'avisent do soulever la plèbe contre le peuple, la plèbe s'insurge, et quand on veut la contenir, l'insurrection plébéienne marche toute seule contre la bourgeoisie républicaine, au grand effroi de la noblesse. Voilà l'explication de Machiavel ; les faits sont vrais, les principes sont méconnus; le système italien est oublié pour celte distinction classique des patriciens, du peuple et des plébéiens. La guerre entre les Ricci et les Albizzi se déclarc-t-elle nu hasard? Nullement. Iiicn que la république fût guelfe ', bien qu'elle fût épurée par les expulsions de 12"!) , de 1502 et de 1543, Florence était toujours organisée pour la guerre des deux partis italiens. La division était fixée par

' l^li c cblmli snpi'ii ( Ovllh.vIW' [ii'IU: rosi; uiiiam; îmn sia nulla di ]«r-

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ses institutions , il y avait toujours d'un côté le gouvernement, de l'autre l'assemblée guelfe avec ses capitaines ; d'un cote les guelfes timides ou hypocrites, de l'autre les guelfes zélés ou attachés à la bourgeoisie. Si les vicissitudes ou les haines domestiques séparaient les deux grandes familles les Ricci et les Alhizzi , le gouvernement et l'assemblée guelfe exploitaient la division au profit de deux principes. Les Ricci s'attachèrent donc au gouvernement , les Albizzi à l'assemblée du parti guelfe : en apparence , ic gouvernement et l'assemblée , les Ricci et les Albizzi étaient égale ment guelfes. Qui ne l'était pas ? Au fond , lo moindre froissement entre le gouvernement et l'assemblée suffisait pour ranimer les gibelins. Les occasions de mésintelligence ne manque-

prendre part à la lutte des Visconti contre le Saint- Siège ; le gouvernement de Florence appuya les Visconti, il se trouva l'allié de tous les gibelins de la haute Italie , il dut braver la colère pontificale et l'indignation de tous les guelfes italiens. De là l'opposition violente île l'assemblée guelfe . de ses capitaines, surtout des Albizzi, contre un gouvernement qui s'alliait avec tous les gibelins. Do leur côté , les Ricci devaient résister pour mieux lutter contre une proscription imminente, ils s'engagèrent de plus en plus dans le parti gibelin. Successivement le parti des Ricci , parti de nobles , toujours trop faible , dut chercher de nouveaux alliés : où pouvait -on en trouver? il ne restait plus qu'à soulever la plèbo contre la bourgeoisie guelfe et républicaine. Machiavel nous peint l'insurrection plébéienne d'après ses

idées classiques ; il nous lu montre comme une révolte d'esclaves ; les plébéiens pillent, tuent, ils-cffraient les nobles comme les bourgeois ; les deux partis se rapprochent pour tourner leurs forces contre la plèbe; mais les plébéiens ont paru sur la scène et ils y restent. Que veulent-ils, d'après l'historien?» Vous nous opprimez, disent-ils, à tous les riches , nobles et bourgeois ; vous exerce/, la tyrannie de l'argent; sachez que nous sommes vos égaux. Vous nous préparez des tortures , vous vous entendez tous pour nous punir do notre rébellion ; mais nous la poursuivrons, et le succès nous justifiera : vous nous accusez de meurtre et de pillage ; mais, à voire tour, n'avez-vous pas débuté par la guerre et par l'usurpation?» Les plébéiens réclamaient une influence dans le gouvernement, un délai pour payer leurs dettes et la suppression des intérêts de la dette publique. Tel fut le yremier acte des plébéiens, d'après Machiavel. Je ne contesterai aucun fait, pas mémo la harangue classique des insurgés ; je conteste le sens antique de l'insurrection. Machiavel devait l'expliquer par !e système italien. C'étaient des nobb s qui donnaient la première impulsion aux plébéiens ; dans le désordre mémo de l'insurrection , les plébéiens réclamaient l'amnistie des nobles , ils les appelaient au gouvernement, ils créaient chevaliers leurs amis. Depuis les plébéiens , contenus par leur propre chef Michel Lando, étouffés au bout de trois ans par la bourgeoisie guelfe qui exila jusqu'à Michel Lando, comptèrent encore dans la république comme un parti redoutable , et ils ne se lassèrent pas d'altaquer le gouvernement guelfe en com-

battant toujours à cote des nobles. L'insurrection plébéienne fut donc gibeline ou néo-gihe.Iine , comme elle aurait été aux anciens temps où la plèbe et la noblesse étaient toujours unies contre la bourgeoisie. II n'y avait cette fois que cette différence, que les nobles étaient affaiblis , les plébéiens fortifiés par la marche des révolutions florentines.

Nous venons de voir eomment Machiavel assiste avec les idées de la renaissance aux luttes des Uberti et des Buondelmonti , des Ccrchi et des Donati , des Ricci et des Albizzi. La dernière époque de l'histoire de Florence est remplie toute entière par la lutte de la république et du tyran. Ici Machiavel achève son œuvre toujours guidé par son idée classique. De là une nouvelle méprise, et la plus forte , qui nous dérobe la solution dernière de l'histoire de Florence. La république se fondait exclusivement sur la bourgeoisie guelfe , c'est là qu'elle (routait l'égalité ; elle ne pouvait sortir de la tradition guelfe sans périr. Quels devaient être donc les ennemis de b république? On ne pouvait les trouver que dans les classes hostiles à la bourgeoisie cl précisément dans ces nobles qu'elle opprimait et dans celle plèbe qu'elle élouflait. Les deux classes agissaient d'après l'impulsion gibeline. Lu citoyen qui les réunirait en les dirigeant devait se transformer peu à peu en un seigneur gibelin, ("est ce qui arriva. Le premier citoyen suspect fut Corso Donati , un ancien noble qui s'alliait on inOSavcr le tyran gibelin de Pise. Le premier tyran fut le duc d'Athènes: en 1342 il amnistiait les grands proscrits par les guelfes; il protégeait, il armait la plèbe, il s'alliait avec Pise et Arczzo , deux

villes gibelines, et c'est ainsi qu'il s'élevait : il était renversé par les guelfes. Plus tard, au milieu des révolutions plébéiennes , se présentent les Médicis : voilà les tyrans qui triomphent. Quel est leur parti? Ils paraissent à coté des Ricci , amis des Visconti , ennemis <lu Saint-Siège , surtout ennemis mortels des Albizui , les hommes rte l'assemblée guelfe. Trois Médicis se succèdent : Silvestrc, Jean, Cerne; ce sont tous des citoyens riches, généreux, magnanimes, dangereux, plébéiens de cœur, gibelins de tendance, guelfes de nom ; tout le monde l'était. Corne de Médicis est suspecl, les guelfes sent faibles, ils ne l'attaquent pas pour ajourner son triomphe : enfin un Albiïzi , toujours à la tête des guelfes , se décide à l'exiler ; il réussit ; mais au bout de quelque temps Cômc rentre, il proscrit les quelles, et c'en est fait de la république : elle est soumise à une famille gibeline. Machiavel ne parle que de la république et du tyran ; il ne s'aperçoit pas que Florence est emportée par le mouvement gibelin ; ce nom même de guelfes , attaqués , vaincus, proscrits et voués à la mort, devait lui rappeler, au moins pur iinti thèse ,1c nom des gibelins , et à cet égard le silence de Machiavel est absolu. La

malic des Médicis ; cette partie est omise dans l'histoire de Machiavel. Bien plus , les Médicis , chassés par le mouvement guelfe et français de 1494 , invoquent l'appui de toutes les forces gibelines ; ils embrassent ouvertement le parti impérial des Colonna , des Aragonais , des Sfonea ; l'histoire de Florence marche rapidement vers la restauration impériale par la famille des Médicis. Le secrétaire de Florence était

;'i la fois spectateur et victime de ce dénoûment ; il écrivait son histoire par commande des Mëdicis restaurés à Florence par l'alliance impériale de Jules II et de Masimilien 1". Sept ans après sa mort, les Médicis se déclaraient feudataires do l'empire pour mieux se rassurer contre les protestations guelfes. Malgré tout , le sens et la solution de l'histoire de son pays se dérohent entièrement à Machiavel : l'erreur qui plane sur le commencement , cette première méprise sur les Uberti et les Buondclmonti se reproduit à la fin , après avoir faussé l'histoire toute entière '. Partout Machiavel est captif de son idée classique et absorbé par cette renaissance , région factice de seigneurs , de littérateurs et de savants qui ne voulaient être ni guelfes ni gibelins, ni pontificaux ni impériaux.

L'abstraction greco-romaine qui envahit le récit du secrétaire de Florence fait main-basse sur la poésie des événements et sur tous ces sentiments qui se manifestent dans les actions extérieures pour révéler la vie des peuples. Que deviennent chez, Machiavel les détails les plus pittoresques des chroniqueurs? Ils disparaissent effacés par une parole classique. Que devient cette fierté gibeline, si outrecuidante dans la divine comédie, si profondément indignée contre l'usure des bourgeois, contre le manant qui parvient, contre le marchand qui gouverne? Elle disparait absorbée par ce mot unique et très vague d'insolence. Ces scènes de désordre et d'anarchie, si saisissantes chez les Villani et chez Dino Compagni , sont à leur

pas IcdroiLdelacoiupltlcr par Ici. II ii-monl:. l 1 ks torils du MacliiavBl Itiimimef

tour remplacées par des indications toutes politiques. I*a théorie du succès achève de dessécher le récit par T des réflexions sataniques et pourtant dépourvues d'i- | ronie. Citai Machiavel , l'assassinat lui-même ôte la , réputation , non pas à l'assassin, à la victime '. La .L, théorie môme du succès ne peut pas tenir dans cette région abstraite où tous les vrais sentiments ont péri. Que pouvons-nous sans le droit? Qu'est-ce que l'adresse sans l'inspiration ? Qu'on supprime le senti-ment , l'homme est mutilé ; on sera forcé de le compléter en imputant a l'intelligence personnelle tout ce que l'on oie à l'inspiration. Dès-lors les actions les plus simples se transformeront en traits de génie ; les combats désespérés , les sacrifices des martyrs deviendront des actes de folie. C'est cequi arrive chez Machiavel ; jamais il ne comprend la fraternité des guelfes ni celle des gibelins, jamais il ne comprend la haine implacable qui sépare les deux sectes. Laurent de Mcdicis, en butte aux hostilités guelfes, menacé par Venise , par Rome , se rend auprès du roi aragonais de Naples , son ennemi , pour lui proposer une alliance. Il risque sa vie pour tenter la fortune , il réussit ; c'est là du génie pour Machiavel ; c'est la, pour nous, l'acte naturel d'un gibelin qui s'adresse à un gibelin. Subjugué par sa propre théorie du succès , Machiavel finit par perdre la pensée de sa propre histoire. II devait être républicain ou monarchique ; l'intérêt de la logique, l'intérêt même de l'art lui imposait d'écrire en citoyen ou en sujet. Il suit aveuglément le succès. Au XIV". siècle il sacrifie les Do-

' Hisi.de Florence, liv. III. Mort de Bratcio d'Angoiari.

nati, le duc d'Allumés , les faibles tyrans, h In république qui triomphe. Au XV". siècle, il sacrifie les . Pazzi , les républicains malheureux , au tyran qui réussit. Après avoir débuté par célébrer la liberté des premiers temps de Florence , Machiavel ne peut aboutir aux Médicis que par une lâcheté. 11 blessait en mime temps les Médicis et les républicains ; il manquait son but en ne visant qu'au succès. Enfin , par un phénomène inexplicable , l'idée gréco-romaine, qui réclame dans toutes les théories de Machiavel la vraie renaissance de l'Italie par l'unité, soit républicaine , soit monarchique , le succès national qu'il poursuit partout se trouve absolument oublié dans l'histoire de Florence. Deux livres entiers sont consacrés aux affaires générales de l'Italie ; il y avait là les Visconti , une puissance nouvelle avec laquelle l'Italie pouvait renaître comme nation. En vrais héros de la renaissance, dès le XIV 0 . siècle , les Visconti s'étaient déclarés papes et empereurs dans leurs états : pendant un siècle, ils avaient poursuivi le but delà royauté italienne ; jamais ils n'ont cessé de reproduire le type du tyran sous les formes les plus grandes. La vipère des Visconti s'avançait toujours vers Rome, In Toscane était dans la terreur, toute la haute Italie avait cédé. Si on demande des crimes utiles, il faut célébrer les Visconti ; si on demande l'unité , ils l'ont proposée ; si on demande l'irréligion , ils ont été à la tète de tous les ennemis de la papauté ; si on demande l'indépendance, ils ont battu l'empereur par les armes , après l'avoir exploité par la ruse. Eh bien ! devant la réalité Machiavel oublie les héros de ses théories: pas un mot chez lui qui rappelle le rôle des Vis-

conti. Les historiens florentins qui l'ont précédé, Leonardo d'Arezzo et Poggio qu'il suit, lui sont infiniment supérieurs lorsqu'ils expliquent les Vïsconti en présence de l'Italie en lutte avec Rome.

Machiavel a manqué le but qu'il se proposait : historien il a faussé l'histoire, il n'a pas compris les luttes des guelfes et des gibelins , ni les luttes du prince et de la république, et cette critique que je pourrais continuer doit Être dédaignée , quand on pense que Machiavel atteint par l'histoire un but très supérieur à sa propre prévision et mille fois plus grand que ne l'était l'intérêt de la narration. C'est qu'il donne les conditions historiques de la vraie renaissance italienne. Le principe de celle révolution manque à Machiavel; dans sa fatale ignorance, il no peut même combattre les obstacles qui l'empêchent de se réaliser : toutefois il est maître de la théorie des faits extérieurs], et le génie ingouvernable de la vérité le pousse vers le passé pour qu'il révèle la démolition nécessaire pour fonder la nationalité italienne. Ici Machiavel devient prophète tout en se croyant ol>servateur du passé. En remontant d'àgc en âge, il rencontre d'ahord les guelfes et les gibelins, deux castes ni républicaines ni nationales qu'il méprise en historien , parce qu'en politique il veut les immoler par les moyens antiques de la colonisation et du massacre. Plus loin, au cœur du moyen-age.il découvre l'église et l'empire qui veillent sur l'Italie. Pour lui le droit de Charlemaguo n'est qu'un fait , ce tait c'est la conquête et ce mot de conquête donne déjà le droit de s'insurger. L'église a sanctifié l'empire ; d'après Machiavel c'est là l'œuvre de la perfidie au service

de la conquête. Pour la première fois il dit aux Italiens que les papes trahissent la nationalité , que lu gloire de l'Église c'est la honte de l'Italie. Le pape veut conquérir la Péninsule et il est désarmé ; le pape veut combattre toute seigneurie qui aboutit à l'unité italienne , et les forces lui manquent. Il appelle donc l'étranger ; il a appelé les Franfcs contre les Lombards , il a appelé les Allemands contre les Bérangcr, et depuis il n'a cessé d'invoquer la conquête étrangère et de perpétuer la servitude italienne. Les coups frappés sur l'empire et sur l'église retentissent plus loin : après avoir brisé le pacte de l'empire et do l'église , Machiavel brise la loi de César et du Christ, Quel est son jugement sur la domination des Césais ? Il l'admire en homme comme le plus grand des succès, il l'exècre en Italien comme la dévastation la plus grande do toutes, les libertés du monde ancien. Sa haine éclate quand il parle de César '. Devant le génie de la domination universelle, le secrétaire de Florence ouhlie l'art de réussir ; il ne se souvient que d'être Italien, Toscan, fils du grand iuterregne, et il maudit tous les Césars dans le premier des empereurs. Enfin que pense Machiavel de la religion c h retienne ? Elle n'est pour lui que la sanction de la conquête universelle. Rome a détruit toutes les patries, et le Christ a prêché l'humilité du servage ; Home a tué toutes les gloires antiques et le Christ a placé le souverain bien dans l'abjection ; Rome a enseveli tous les héros de l'antiquité sous les mines de leurs villes et le Christ a parlé du ciel pour qu'on renonçât à la

' Disc. surTiic-Live, I. I,ch. 10.

terre. S'il s'agit île combattre , l'église abhorre le sahg; s'il s'agit de coloniser , l'église proscrit la violence ; s'il faut venger la liberté , l'église impose le pardon ; le christianisme a paralysé l'art de régner; par le Christ, le monde est devenu efféminé, le Ciel s'est disarmi. Machiavel regrette donc le paganisme; il voudrait ressusciter l'antique religion de la patrie pour renverser l'église , cet éternel obstacle à la vraie renaissance '. L'empire romain, la religion du Christ, l'empire d'Occident, l'église catholique, voilà, d'après Machiavel, les quatre pierres que l'Italie doit soulever pour sortir de son tombeau. En se croyant simple historien , Machiavel a tracé une utopie ; il nous dit que l'Italie a été faite telle qu'elle est par le monde ancien et par le monde moderne , et il nous déclare à son insu qu'on ne peut toucher à l'Italie sans toucher au monde. Pouvait-il s'arrêter aux Sforza ou aux Viscontï? Ne s'égarait-il pas lui-même en chargeant un chef de réaliser l'immense révolution? Il fallait surpasser les atrocités du monde antique, il fallait réclamer des hécatombes de victimes ; les guelfes et les gibelins, l'église, l'empire, les nobles, les prêtres, tout devait périr. Un chef ne pouvait rien , les hommes étaient impuissants ; les principes , au contraire, se chargent naturellement de l'immense dévastation , et par une religion cosmopolite ils sacrifient l'église et l'empire pour renouveler l'Europe et racheter l'Italie. L'utopie de Machiavel , prise à la lettre , était payenne ; cependant le sens de celte utopie était juste. Oui, l'église a donné le change aux as-

sur Ttte-Liw, L I , prÈf. el ch. il , 12 , iï. Il ,1111, i.

pirations de l'homme; si l'erreur a été utile , clic est devenue funeste. L'église a substitué le ciel à la terre , elle a mis en contradiction la vertu religieuse et la vertu politique , elle a jeté aux enfers les héros de l'antiquité ; les grands hommes de Florence devaient perdre leur âme pour sauver leur patrie. L'église a ôté à l'intelligence son essor , à la raison son droit , au cœur les affections les plus sacrées de la famille ; elle a organisé une vaste conspiration de célibataires pour combattre les progrès de l'esprit humain et pour persuader à l'homme que la nature, que la vérité, que ses instincts le trompaient.

Comparons Machiavel à Dante, le poète du Saint- Empire ; on verra que le moyen-âge et le monde moderne se réfutent sur tous les points par les deux génies de Florence. Quelle est la loi du monde d'après Dante? C'est la double loi de César et du Christ, c'est la loi maudite par Machiavel. Le poète élève César au-dessus de tous les héros , il déclare que l'antiquité tout entière a travaillé pour le créer ; méconnaître César c'est méconnaître la Providence qui donne la paix au genre humain en fixant la monarchie universelle. Le Christ c'est la divine comédie tout entière : le drame terrestre ne s'achève, ne s'explique que dans les trois sphères du paradis , de l'enfer et du purgatoire : les saints , les pères de l'église , les docteurs, occupent les hautes régions de la divine épopée. Qui trouvons-nous au fond des abîmes dans la dernière bolge de l'enfer? Judas , Cassius et Brutus, c'est-à-dire la haute trahison contre le Christ et César. Machiavel oublie le succès pour vouer César à une infamie éternelle; Dante oublie la justice

pour donner à César la couronne du monde : Machiavel oublie l'échec pour placer Cassius et Bru tus ou rang des demi-dieux ; Dante donne un démenti à la gloire pour les accoupler avec Judas. Pour Machiavel le drame de la vie est terrestre , on ne s'écarte pas de la terre sans tomber dans les fables ; pour Dante la terre est un accident, la vie se développe parla justice dans le ciel. En suivant le développement de la loi du Christ et de César, Dante célèbre le grand pacte do Charlemagnc heureux de voir l'obscure impiété des Lombards sacrifiée ù l'unité impériale et pontificale du moyen-âge. C'est alors que l'Italie lui semblo la reine des nations ; car elle porte sur la tûte les deux couronnes de la chrétienté. Machiavel , au contraire , s'attache à ce royaume des Lombards ; il pleure sur ses ruines ; car l'Italie, dit-il , devenait une et indépendante par les Lombards , et le pape et l'empereur l'ont sacrifiée une seconde fois au moment de sa résurrection. Depuis Charlemagne l'Italie reste immobile , puis ses feudataires remuent, ses communes s'agitent, l'insurrection se prépare, clic éclate. L'empereur doit modifier le pacte italien à Constance ; le pape doit céder à son tour, et on s'empare des droits conquis pour poursuivre l'insurrection contre les doux chefs de la chrétienté: de là les guelfes, les gibelins, les républiques , les seigneurs, l'Italie qui renaît. Quelle est la pensée de Dante? Le poète n'a d'autre mission que de chanter l'anathême contre l'insurrection italienne : U surpasse les gibelins pour évoquer la réaction du moyen-age contre les rebelles qui profanent la terre des papes et des empereurs. La papauté exilée, les empereurs qui oublient leurs

droite , la rébellion qui grandit pendant ce double interrègne, les républiques qui triomphent, les seigneurs qui débutent, la renaissance qui se déclare; en un mot toute l'Italie qui se dérobe à la loi antique ; toutes les gloires nouvelles sont vouées à l'exécration du monde. Pour Dante , son époque est un crime. Machiavel, au contraire, s'identifie avec la grande rébellion , il ne comprend que les républiques et les seigneurs , il est enthousiaste du grand interrègne ; c'est à la renaissance qu'il s'adresse : il veut qu'elle achève son œuvre, et c'est dans ce but qu'il lui enseigne le grand art de se rébcller. Dante , effrayé par la rébellion qui l'emporte, invoque le maître du monde , le successeur de Charlemagne , pour qu'il reprenne les renés de l'Italie. * Pourquoi Rodolphe, s'ccrie-t-il , pourquoi Albert laissent -ils leur Rome veuve et solitaire? Que le sang répandu retombe sur leur race! » Et dans la divine comédie, le poète montre au ciel la place que doit occuper Henri VII de Luxembourg, l'homme de la réaction impériale. Machiavel invoque à son tour un libérateur , il écrit pour cet homme à venir ; ce n'est pas au ciel qu'il le cherche, il le rêve en étudiant les Borgia : pourvu qu'il tyrannise la division, peu lui importe que ce soit un républicain ou un prince , un héros ou un mdhstrc. Si les deux génies tombent d'accord dans une même invective , si tous deux s'unissent pour souhaiter les moyens extrêmes d'une dévastation qui détruise les guelfes et les gibelins ; s'ils maudissent ensemble une anarchie sans nom dans la langue du poète, sans force dans la théorie du politique, c'est encore dans deux buts opposés : Dante veut restaurer

lu Saînt-Empire, Machiavel.au contraire, veul achever la renaissance. Tout est contraire entre les deux génies de Florence: l'un tient au droit, l'autre au succès; l'un au ciel, l'autre à l'enfer. H y a là les deux sublimes de l' enthousiasme et de l'ironie ; et voyez la fatalité de l'antithèse : Machiavel ne soupçonne jamais, jamais il ne réfute la pensée de Dante, bien qu'il sache par cœur la Divine Comédie. Ainsi, en manquant d'intelligence historique , le secrétaire de Florence a tracé le nouveau système de la nationalité italienne ; en échouant en historien il a conçu une utopie prophétique ; sans se révolter contre le droit italien , il l'a interverti à force de l'ignorer ; en croyant regretter le passé, il s'avance vers l'avenir.

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