CHAPITRE Vf
LA CÉLÉBRITÉ Dli MACHIAVEL,
Do 1494 à 1789.
Nous avons jujré Machiavel , nous avons vu sa religion, sa législation, sa vie politique, ses plans sur l'Italie. H a été vaincu parce qu'il a dépassé son temps. Suivons su célébrité à travers les trois siècles qui viennent de s'écouler. Lu renaissance, exilée d'Italie, grandit d'abord en Allemagne, ensuite en France, pour transformer l'Europe ; Machiavel , oublié en Italie, grandira à chaque progrès de la révolution européenne. Commençons par sa carrière toute personnelle. Quelle a été son influence ? Quelle a été sa gloire au milieu de ses contemporains? Il a vécu dans l' obscurité la plus malheureuse. Sa place de secrétaire de la république florentine était assez modeste, jamais il ne figura à la tète d'un parti ou parmi les chefs du gouvernement. Dans ses légations il ne fut qu'un employé de second ordre assez mal rétribué. En mission auprès de César lïorgia , il sollicitait luimême le gouvernement d'envoyer des hommes plus estimés , plus au courant des affaires et qui pussent mieux parler. En France ce sont les mêmes sollicitations ; il ne
fut jamais ambassadeur: en aucune occasion il ne décida un succès qui le rendit indispensable. Pouvonsnous tenir complo de ses projets? Tous ses plans restent sur le papier, tous sont impassibles. 1 n jour il proposait à la république de coloniser ses provinces comme s'il vivait au milieu de l'antiquité; on ne lit aucun cas du projet. Une autre fois il proposait h Léon X une constitution pour Florence, et cette constitution fut jugée insolite et extravagante par Parai , le seul homme qui en parla sans lui donner la moindre im- j portance'. C'est à peine si Machiavel a pu organiser i. quelques brigades d'infanterie à Florence', et, s'il a écrit sur l'art de la guerre , Cardano nous apprend qu'il n'a jamais paru à la tête d'un bataillon. A-t-il réveillé l'attention de ses contemporains ? Qu'on ouvre les historiens de son temps , son nom ne s'y trouve jamais ; Guicciardini , son ami , ne peut le citer qu'une seule fois à cause d'une mission insignifiante auprès de la dame de Piombino. A-t-il réveillé l'attention des Médicis î Jamais. Il conspira obscurément et les Médicis qui sacrifiaient ses complices l'ont épargne comme un homme compromis par imprudence : il se jeta à la suite de nouveaux seigneurs, et il fut repoussé, oublié. Aucune sollicitation ne lui coûtait, il sollicita pendant dix ans, le livre môme du Prince est une vraie sollicitation. Un jour il alla , jusqu'à proposer au duc d'Urbin l'exemple de Borgia 3' offrant à jouer le rôle du plus odieux satellite. Sa lettre est infâme; point de succès. Enfin on lui par-
' ArchÏTio slorico. Florence, »ol, 1, ji. fin.
1 Provision pour l'InCuilerhs, 1300, Volt les [liiees officielles, dans sus
munies.
donne et c'est pour lui confier une mission dérisoire auprès des moines de Carpi ; Guicciardini ne peut s'cmpûchcr tic le plaindre d'être tombé aussi bas. Les autres missions le maintiennent dans la sphère où il était ne. Est-il redouté? Esl-il méprisé? Si l'un ni l'autre; d'après ses contemporains , il n'est ni inférieur ni supérieur aux places qu'il occupe. La persécution lui refuse le martyre, la protection l'arrête au moment mémo où elle l'élève. Il aime l'or, il veut s'enrichir et il manque d'argent, d'habits dans les plus brillantes de ses missions, il est ruiné en 1515 quand il perd son emploi, et il meurt dans la misère, en laissant sa famille dans le plus grand dénùmcnt, in somma pocertà , d'après les expressions de son fils. L'étrange destinée ! Machiavel est homme de cour par instinct, il est dévore du besoin de parvenir et do gouverner : quand il est relégué à la campagne , le soir, il rentre chez lui et il s'habille en grand seigneur pour écrire ses livres ; vrai Tantale de la politique , il passe sa vie au milieu des grands cl jamais il ne peut grandir. Il a le génie , peu de scrupules , du patriotisme s'il le faut; il est observateur unique; il vilaumiiieud'unc république, à l'époque de Léon X, en rapport avec les plus hauts personnages ; il possède tout ce qu'on appelle des moyens pour réussir. Le succès lui manque absolument. 11 y a plus : il est poète, écrivain , là-dessus la renaissance ne se trompe pas: on assiste à la représentation de ses comédies, on loue son stylo , on le compare à Boccace 1 , mais il n'obtient que l'aumône d'écrire l'histoire de Flo-
1 V. Giuviu, les l'oiluiti liai ïjuiiU, 01 Y.titlii l'Iitcoluiiu.
rence par ordre Je Clément VII. En un moi il est connu et une dernière fatalité lui refuse toute célébrité politique au milieu de ses contemporains. Si' l'homme sans foi devait se méprendre dans l'action , si aucun principe ne pouvait le prendre à son service , s'il était condamné à rester dans la sphère des agents secondaires ; le mérite politique de Machiavel était éclatant , il devait dominer par les livres et rien en apparence ne devait s'opposer à sa gloire. Quel fut donc le génie mal faisant qui ajourna cette gloire ? Ce fut le génie même do Machiavel. Critiquait-il la renaissance ? Il lui demandait l'impossible ; il la méconnaissait sans cesse. Révélait-il le terrible jeu des intérêts dans l'histoire en divulguant tous les secrets des rois , des condottieri , des prophètes ? La renaissance était si corrompue que les scandales n'étaient plus des scandales. Ti-açail-il la science des rébellions ? La renaissance ne se décidait pas à franchir le cercle tracé par Charlemagne. Machiavel ne doit donc rien apprendre à ses contemporains ; il meurt dans l'obscurité la plus profonde, méconnu en Italie, absolument ignoré partout ailleurs.
Ce fut le protestantisme qui jeta la première lumière sur les livres de Machiavel. Le protestantisme continue l'œuvre de la renaissance : il congédie les phalanges des moines ; il abolit les vœux contre nature, la chasteté qui isole , l'obéissance qui abrutit, la pauvreté qui désarme ; il réhabilite l'homme , il veut que tout homme soit prûtrc et pontife. Depuis Luther l'église n'est plus qu'une tyrannie , sa tradition se réduit à une fable , son droit à de l'ambition , le pouvoir pontifical à l'imposture d'un prêtre armé.
l.ri vraie r g naissait ce entrevue par Machiavel se réalisait en partie : les nouveaux docteurs combattaient avec audace , ils tournaient des peuples probes du nord contre la corruption de Rome, ils étouffaient la fable de l'église par la fable biblique, le christianisme recommençait sa carrière. De nouveaux états, d'après les souhaits de Machiavel , surgissaient fondés par la nouvelle religion qu'il avait déclarée possible , et ce système catholique qu'il exécrait tombait en ruine : le grand art de se rebeller semblait diriger la nouvelle révolution. Sur ces entrefaites, Henri VIII d'Angleterre en se séparant de Rome sacrifie les conspirateurs catholiques; la famille du cardinal Polo meurt sur l'échafaud, le cardinal s'enfuit, il invoque les foudres de l'église et de l'empire contre la révolution anglaise, et c'est dans l'imprécation pontificale du prélat que paraît pour la première fois le nom de Machiavel , jeté comme une insulte. Henri VIII est accusé d'être sans foi , d'être un Machiavel. L'éveil est donné au monde catholique ; un inquisiteur dénonce les livres du secrétaire de Florence , Paul IV les proscrit , la congrégation de l'Index donne le mot d'ordre à tous les séides rie l'obscurantisme pontifical ; c'est toute une croisade qui se rue contre l'homme de la renaissance, contre le législateur de l'ambition. Osorio l'attaque pour défendre la noblesse chrétienne , Bosio pour faire l'apologie de la restauration pontificale ; Pnssévin ^'indigne qu'on prétende expliquer Moïse par la politique, il explique Moïse, l'église cl même Cliarlemagne et Charles-Quint par les miracles. Ribadeneyra oppose a Machiavel l'apologie du prince catholique , il veut que Philippe II
imite Ferdinand II qui brûlait lui-même les hérétiques ; il lui conseille d'imiter Ferdinand IV qui exterminait les hérétiques, les Maures et les juifs. L'aveugle efl'ort contre Machiavel ne fuit que propager ce nom que l'un proscrit ; l'obscurantisme s'exaspère contre la résistance croissante qu'opposent les ^ livres d'un mort, les jésuites d'Ingolstadt brûlent j Machiavel en effigie. Partout où le protestantisme iA s'insurge contre cette restauration qui avuit triomphe en Italie, c'est l'art de feindre, de se rebeller, d'é-' craser que l'on signale comme le principe unique des succès de la réformation. Pour certains catholiques Machiavel remplace Luther et toute la foi de l'Allemagne '.
Que répond la réformation '! On parcourt ces livres inconnus dédiés à des papes et patronés par des princes catholiques , et on y découvre l'art de parvenir individuellement par la force et par la fraude. N'est-ce pas le système catholique qui domine par l'individu? Chez les catholiques c'est le prêtre qui règne , c'est le roi sacré par le prêtre qui gouverne ; l'autorité est individuelle , son mouvement part d'en haut , elle. s'impose par la force. Quels sont les chefs de la réaction catholique? Des papes qui mentent, des cardinaux qui conspirent , des inquisiteurs qui brûlent leurs adversaires, des hommes de sang qui répondent par le 1er à la discussion. Philippe II, ce type qu'on oppose à Machiavel, n'est qu'un bour-
> VoM les dates : Cardinal Pnlo , 1 ÎS5. — Caterino l'Inquisiteur , 1557. — Prohibition, 1557.— Croisade catholique, par Osorio Boslo, par les jésuites Posscvin, Lucchesini, Ribadeneyra, Rcjnaud Binei, surtout pur les jésuites d'ineulstadt, qui hrlllont Machiavel en clUgie [1580-1000).
reau. Sixte-Quint, qui proscrit Machiavel en puLlic, le commente et le pratique en secret. Les Médicis le transportent sur le trône de France ; Catherine de Médicis flatte d'abord les protestants pour les tuer ensuite à la Saint-Barthélémy. Cette fois on frappe (ans menacer, on extermine l'ennemi sans que la persécution (raine , on obéit à Machiavel , c'est l'individu roi et catholique qui obéit. Le protestantisme déclare doue par Gentillet que c'est Machiavel qui gouverne la réaction catholique. Gentillet écrit un livre terne, diffus , interminable ; mais il écrit en honnête homme , il est inspiré par une foi nouvelle , il dévoile l'infamie de cet art de gouverner, tel qu'il se trouve représenté dans sa nudité individuelle. Le livre de Gentillet porte coup, on le traduit, on l'abrège, on le refait , et cette fois c'est le protestantisme qui redouble la célébrité de Machiavel en s'emparant de ses révélations pour attaquer les rois et les pontifes. Dans cet immense débat entre les deux religions les mots de maehiaviiùtê et de doctrine machiavélique
Quand les colères religieuses tombent , la célébrité de Machiavel est faite et elle continue à subsister. De tout temps il y eut une foule de littérateurs , ni guelfes nï gibelins, ni catholiques ni protestants; ils ont toujours formé une sorte de majorité littéraire qui se range , comme certaines majorités politiques , du côté des grands noms. Machiavel eut ses cour-
' V. pour le iiroiesismisme politique ou religion* , Geiiiillet, 15K. — Totsln conlra les massacreurs. - Langue! , 1575. — Charron .'1000. — Alucrico (ieulile, 1008. — Uoccalhii , Radicali, Sciopnius , tic. — Baron , 1B57.
tisane. Us ne le comprirent jamais : cependant ils sentaient la puissance artistique de sa parole. Des qu'on accusa Machiavel ils avaient fait des efforts ïtiouis pour le justifier ; à part quelques mots ils le trouvaient irrépréhensible , 1res orthodoxe et assez moral; sous Richelieu, l'admiration devint plus facile; sous Louis XIV, elle devint naturelle : à tout prendre, Machiavel n 'enseignait-il pas à être roi? D'ailleurs la monarchie de Louis XIV continuait la renaissance , elle élevait la royauté au-dessus de tout. Par le roi ,1a raison dominait les privilèges surannés , les droits odieux, et même l'église. La royauté inspirait, on pouvait la célébrer sans s'humilier, elle amnistiait les idées les plus hardies, elle était moderne et les grands hommes du XVII 1 siècle se trouvaient réunis par une sorte d'orthodoxie royale. Cette fois l'admiration pour le conseiller des princes pouvait se hasarder en public. Un chargé d'affaires attaché à l'ambassade française de Venise, Amelot de La Houssaye, traduit le Prince ; il nous assure que Machiavel a de très-bons sentiments religieux, et il excuse sa politique en nous apprenant que ta raison d'état seule force la main des princes , que les rois ne peuvent pas obéir à la moralt '. L'apologie de Machiavel ne pouvait pas s'arrêter sur cette hase chancelante. Bientôt Bayle arriveil cite l'apologie d'Amclot, et il n'a qu'à la développer pour l'anéantir. * Ajoutez, dit-il, que par le seul exer-
' [.'école royaliste du Mn.-lii.inl -o rail ru marquer par lus Irnduclions de G. Cappcl, 1533, du d'Auvergne, 1571, de Brliion, 4577 , adressées l'une â un Barde-dcs-sccaui , l'aulro an tuleur do la rcino d'ïcosso, la troisième a Catherine desMùdiui;. lïiu j|.nli^iu [.uni- Sfjdi-avci, .vrilu vur- iuù", inMIc. Ou 11 volt » la BIW. royale , fond du roi , 7108 , ln-1». Amulot écrit vers 1083.
cice de la royauté les plus innocents apprendront le crime sans avoir besoin d'aucun précepteur ; ajoutez que qui ne sait feindre ne sait régner. Les maximes de Machiavel sont très mauvaises ; le public en est si persuadé, que le machiavélisme et l'art de régner tyranniquement sont deux termes de même signification.! Voilà le mot de machiavélisme qui paraît pour la première fois , c'est Bayle qui le prononce ; c'est une révolution qui s'annonce. La monarchie de Louis XIV réhabilite Machiavel et la philosophie se sert do Machiavel pour fronder la monarchie.
Le XVIII 0 siècle achève la renaissance dans la région des idées. La foi que les catholiques attachaient à l'église , les protestants à la Bible , s'attache pour la première fois à la nature toute seule. La religion de la nature inspire les poètes et les philosophes ; elle réhabilite tous les instincts de la nature humaine , toutes les forces de la raison. Les hommes ne sont plus naturellement rebelles comme les croyait Machiavel ; la rédemption ne doit plus reposer sur le mensonge d'un individu , sur une erreur des masses. Prêtres depuis Luther , désormais tous les hommes deviennent rois ; la vérité , la justice et la nature conspirent ensemble pour le bonheur de l'homme. Fable, hypothèse ou inspiration, c'est là le principe du XVIII 0 siècle : il avait manqué à Machiavel. Toutefois le résultat extérieur de ce principe est la guerre contre les rois , les nobles et les priircs , et ici c'est Machiavel qui triomphe. Ses regrets historiques sur la perte des vertus payennes tombent d'accord avec la haine nouvelle contre les vertus pontilicales et impériales. La science secrète qu'il professait se divul-
guc et devient de droit public ; la délivrance de toute superstition , qu'il se réservait comme un sacrilège , devient la délivrance de tous les peuples. Lo succès athée de l'intelligence, la seule divinité qu'il adorait, se transforme en un droit où la raison affranchie, le cœur arraché à l'humiliation chrétienne, réalisent naturellement la destinée de l'homme sur la terre. Ainsi l'empire, l'église , César, 1< Christ , toutes les fables juridiques et religieuses sont attaquées par la croisade duXVIIl 0 siècle. Ironique comme Machiavel, Voltaire domine l'universelle démolition : c'est par l'art de réussir qu'il explique les prophètes , les pontifes , les rois , tous les parvenus du genre humain , comme si l'humanité avait toujours été la victime du grand art de réussir par l'imposture et par l'erreur. On devine que Voltaire ne manque pas de placer Machiavel au rang dos premiers législateurs. « Quoi ! s'écrie Frédéric H fort étonné, voudriez-vous remettre en honneur la réputation flétrie de ce coquin misérable? » Voltaire manœuvre et s'esquive. «Je ne parle, répondil, que de ces coquins qui parviennent, et ces coquins ne font aucun bien au genre humain. » Frédéric II veut réfuter , exterminer Machiavel ; il réclame la collaboration de Voltaire qui ne peut la refuser, et le philosophe se trouve chargé de blanchir la prose monarchique toute farcie d'injures et de barbarismes. Ici commence la manœuvre la plus souple de la pauvre philosophie : « Prince, écrit Voltaire , quand on a dit honnêtement d'injures , on pourrait après cela s'en tenir aux raisons. » Frédéric se décide à raisonner, il parle du droit royal. * Votre adversaire, dit Voltaire, se retranche sur un autre terrain ; le
maudit Florentin nn parle que de l'utile.» Que foire? « Montrez, continue Voltaire, que l'on échoue avec les moyens de Machiavel , témoin César Borgia , Louis-le-More , Charles VIII, Alexandre VI. > L'insinuation était perfide, un pas de plus et on touchait à l'empire et à l'église. Voltaire n'y manque pas : ■ Je ne sais pas , ajoutc-l-iS , si votre réfutation aura quelques pelits mots sur le projet de eaceiare t barbari d'Italia. il me semble qu'il y a actuellement tant d'honnêtes étrangers en Italie qu'il serait assez incivil de les vouloir chasser. » Le prince fait la sourde oreille; il ne veut passe compromettre, il redoute sa propre hardiesse , il veut même retirer lo manuscrit; mais par malheur le libraire le refuse. Voltaire doit aller à La Haye; il joue le rôle do Seapin pour enlever lo manuscrit royal. 11 le demande sous prétexte de le corriger, on ne le lui accorde que sous l'œil des surveillants ; et le philosophe de lo raturer et d'y fourrer de si nombreux coqs-ii-l'àne , que le libraire ne peut plus le livrer au public. Enfin , après bien dos corrections , des modifications et des pourparlers, il en résulte VAnti-Uachiavel de Frédéric II, livre insignifiant comme la pensée équivoque et bâtarde du despotisme éclairé. Ce lut là un vaudeville joué au milieu d'une bataille ; on entendait dire de tous côtes que la doctrine de Machiavel était la politique des personnes de qualité.— Le Livre du Prince, s'écria une voix plus forte, «I vn livre de républicains. Cette voix coupa court au bavardage île Voltaire et de Frédéric IL Rousseau parlait. Avec lui la religion naturelle résume ses di.juoes, la loi nouvelle redouble d'iiispinition , et ht théorie grceo-romainc donne une forme extérieure à
la pensée de Rousseau. Quel est l'idéal de Rousseau? C'est la cité antique , la ville républicaine où les cidit Machiavel , tient lu main sur le gouvernement. Quel est, d'après Rousseau, le peuple élu de l'Europe? C'est la Suisse ù laquelle Machiavel présageait une destinée romaine, Pourquoi cette apothéose de la Suisse? Parce que Rousseau admire, comme Machiavel , la probité antique et la sainte ignorance de l'Helvétio : comme Machiavel , il accuse l'intelligence de civiliser les peuples , et la civilisation de les corrompre. Une même insurrection , commencée à l'extérieur par Machiavel , à l'intérieur par Rousseau, conduisait ainsi l'ironie et l'enthousiasme à une même protestation contre le système m lliolico- impérial <lc l'Europe. D'après Machiavel, la vieille civilisation était méprisable à cause de sa faiblesse, d'après Rousseau elle était faible à cause de son iniquité.
" Depuis Rousseau , les royalistes et les républicains s'accusent mutuellement de machiavélisme : on re-
j nouvelle le combat des catholiques et des protestants. Cependant, cette J'ois , Machiavel est admiré dans les deux camps, sa célébrité devient île la gloire. Les hommes de la révolution admirent la renaissance prechée par Machiavel, ils la divulguent avec la déclaration des droits de l'homme , ils adoptent Machiavel comme l'accusateur des individus, pontifes, rois ou seigneurs ; les royalistes au contraire s'attachent surtout à l'art de réussir , ils croient sottement à la toute-puissance individuelle, ils voudraient s'en emparer, dussent-ils admettre qu'il n'y a pas de Dieu. Comme le duo de Sehvartzemberg, ils pensent
que Y Europe /tonnée voit se renouveler les désastre* du moyen-àge, et ils feuillettent Machiavel pour y chercher les condottieri , les Iior^ia, les seigneurs de la révolution. Ne doivent-ils pas les .surpasser! Les révolutionnaires développent le jugement de Gentillet , des protestants , de Voltaire , de Rousseau. ' Personne ne se déchaîne plus contre Machiavel ; n'dtait-il pas l'homme de lu révolution ? Les royalistes adoptent les jugements des courtisans do Catherine des Médicis , des courtisans, de Louis XIV et surtout du bonhomme Amyot.qui renaît dans la personne de M. Artaud. On ne reproduit plus [les invectives des jésuites. Les royalistes ne demandent-ils pas des conseils à Machiavel ? il ne répond pas. Le maître les abandonne au moment de l'action: Pourquoi? ils l'ignorent, et cette ignorance- les condamne à reconnaître chez Machiavel une grandeur mystérieuse '. Ainsi il y a deux choses chez Machiavel , l'idée de la vraie renaissance et l'art de réussir. La première, incomprise au XVl' siiVlc, u étt; expliquée par deux révolutions ; l'art de réussir, connu après coup, a été com- „ monté par deux réactions. Pcrsonno , suivant nous , n'a compris que la renaissance était un plan tout extérieur, et que l'art de réussir était une science toute fatale : on n'a pas vu que la religion naturelle
r< V. les traducteurs Giraudot , Pejrie. — V. aussi Camille Dosroouilu cl Robespierre.
» Vovoi le lieuienam-Kéneral du rojiume. Douille. Il admire Machiavel. Sljztre^ Il te dirli:ilii<; ow.n: lis ri'iiiluiiminiiirea cl il admire la race criminelle des Mr<lid>. (jiiu iiaiiv ain:i-r; nln; île Njjnilisiti: œuvre inintelligente. M, Artaud: liès-rmaliïte et ires-catholique, il trouve que Machiavel est parfait; il le Iniuve même orlliodine. Suivant lui, il n'a jamais attaque ni l'église , ni le |>"iitife : il n'a Manié que les excêi lit quelque! tccUiiat. Itquu.
en se substituant au christianisme réalise à elle seule la renaissance ; on n'a pas examiné comment la foi dispose seule du succès quand la fortune le permet. Ici les commentateurs n'ont plus rien à nous apprendre : interrogeons la foi de la révolution, l'intelligence de Machiavel dominera impassible l'époque qu'elle a invoquée.