CHAPITRE XL
La correspondance de Machiavel avec ses amis de- 1526. vint toujours plus active. Jusqu'ici nous n'avions riien trouvé qui fût rdatif à la défaite de François V^ sous Pavie, le ^4 février iSaS. On a vu dans le cours de cette histoire % qu'au moment de l'avènement de François V^j Machiavel disait que la fortune de la France était prête à ressusciter. Le publiciste a gardé longtemps les mêmes sentiments , que la bataille de Marignan , gagnée par le roi avant qu'il eût vingt-deux ans, avait pleinement justifiés. Ce prince généreux, jaloux de pacifier l'Italie , était venu , dit Brantôme *, s'arraisoner avec le pape Léon.
« Il y a force empereurs , roys et grands princes souueraîns qui n'eussent pas faict cela, tenans une si belle victoire qu'il auoit, et de si belles et victorieuses forces, qui ne demandoient seulement, où y a-t-il à donner^ ? »
Celui qui, après le roi, avait le plus contribué au gain de la bataille, était Charles, duc de Bourbon. Ce prince , fils de Gilbert , comte de Montpensier , le même à qui Charles VIII avait confié, en i^qS, le soin de conserver le royaume de Naples, venait de
I Tom. I, chap. XXI, pag. 276.
> BraotAme, 1740, lom. VI, pag. 277.
3 Brantôme, tom. VI, pag. 377 et saivante.
îio6 MACHIAVEL.
recevoir des mains du roi i'épée de connétable, et il passait déjà pour un des plus braves généraux du temps. Des intrigues de cour, dans lesquelles on avait cherché à compromettre la duchesse d'Angouléme, mère du roi , ou plutôt une grave injustice qu'éprouva Charles de Bourbon , qui se vit presque tout-à-coup dépouillé de biens qu'il tenait d'une donation solennelle de Louis XII, enfin, un passe-droit mortifiant qu'on lui fit pour favoriser le duc d'Alençon , beaufi'ère du roi, déterminèrent un mécontentement qui fit oublier jusqu'aux devoirs d'un connétable de France. Bourbon fit un traité avec Charles-Quint et le roi d'Angleterre. Plus tard, craignant de voir ses menées découvertes, il prit la fuite, passa à l'ennemi, accepta un commandement, et fut ensuite un des chefs de l'armée impériale et espagnole qui présenta la bataille à François V^ devant Pavie. Cette journée avait été précédée, dit-on, de mauvais augures. Jean de Médicis, fils de la comtesse de Forli et de Pierre François de Médicis', était à la solde du roi : cet illustre Florentin , comme prenant pour lui-même les préceptes militaires que Machiavel avait adressés à Laurent II , petit-fils de Laurent-le-Magnifique * , avait levé un corps de volontaires , qui, sous ses ordres, s'étaient accoutumés à une discipline sévère, et à la tête desquels il avait acquis rapidement une grande gloire militaire en Italie. Le roi confiait à Jean de Médicis les entreprises les plus périlleuses : mais malheureusement il venait de recevoir une grave blessure; et peut-être la bataille de Pavie n'eût pas été perdue si
< Il a été question de Jean de Médicis encore enfant, qaî était aosst appelé Lonis, tom. I, chap. II, pag. 33.
* Voyez, tom. I, cbap. XXII , pag. a83 , et même chap., pag. 367, le passage où Machiavel adjare la famille de Médicis de prendre le fframd soin.