‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 104 sur 274 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Jean de Médicis nous eût secondés de son courage, comme l'Alviane nous avait aidés à Marignan , où il était arrivé à marches forcées, peu de temps avant le combat. Il y a cela de particulier dans la destinée de Jean de Médicis, c'est qu'il porte encore dans l'histoire un autre nom qu'il n'a pas connu lui-même pendant sa vie. Après sa mort, ses troupes, pénétrées d'un sentiment de dévouement et d'enthousiasme, changèrent leur drapeau, prirent des enseignes noires, sous lesquelles elles continuèrent de se rendre formidables f et dès ce moment on ne nomma plus Jean de Médicis, quand on parlait de lui et même de ses anciens exploits, que Jean délie bande nere. Quoi qu'il en soit de la part qu'il eût pu prendre à la journée de Pavie, cette bataille fut singulièrement fatale à la France. Le duc d'Alençon qui commandait l'aile gauche , ordonna de sonner la retraite avant que son corps d'armée fût engagé. Le roi fit des prodiges de valeur , mais étant tombé de cheval , n'ayant plus que des armes brisées, voyant le sol jonché des corps de l'élite de sa noblesse, qui avait péri en le défendant, il fut contraint de remettre le tronçon de son épée ' au comte de Lannoy.

> Il a été beaocoap parlé de Tépée de François I^ prise à la bataille de Pavie. Toos les Toyagears assarent qae pendant long-temps on a montré en Espagne nne épée qn'on disait être celle du prince Français : ensuite quelques personnes prétendent que lorsque Napoléon s'empara de Madrid, il fit demander cette épée, qa*il Penvoya à Paris , qu*après toutes ses vicissitudes, et les événements de Waterloo, à son départ pour Roohefort, il la laissa parmi les effets qni furent confiés an comte de Turenne : on dît encore que dans le testament daté de Sainte-Hélène , elle est indiquée comme une poiffnée de sa* bre antique i et qn*eUe a été laissée en legs au prince Jéràme. En effet « le prince Jérôme a entre les mains une poignée de sabre ou d'épée, en or d*nn poids asses considérable, et qui lui a été envoyée par les exécuteurs testamentaires de Napoléon. Voici la description qu'on fait de cette poignée de sabre ou d*épée. Sur une surface plane d'à peu près trente ponces de largeur, de

ao8 MACHIAVEL.

Tout le monde connaît les six mots de la lettre de François à la duchesse d'Angouléme; Madame, tout est perdu , fors Vhonneur; mais on ne connaît pas autant le discours qu'il tint le jour même de sa captivité au marquis du Guast(del Vasto), et qui nous a été transmis par Brantôme.

« Je m*estonne, dit cet auteur, que nos escrivains françois n'ont touché ces gentilles particularitez et paroles , et qu*il faille que les emprumptions des étrangers. »

Mais cette circonstance est assez naturelle. Fran-

troîs pouces quatre lignes de longueur , et de deux ponces de hauteur , formant la garde, est placé une sorte d'Atlas courbé, portant sur la nuque un globe de lapis lazuli : un pied de cette figure et rexlrémité d*une espèce de bonnet ou de toque à plumes dont elle a la tète couverte , vont joindre cette surface, au milieu de laquelle est emmanchée une branche droite tout en or qui avec cet Atlas forme précisément la poignée.

L'ensemble de la garde et de la poignée est d'à peu près dix pouces de haut. Le travail de cet ouvrage est , en quelques parties , sans exactitude de dessin et de véritables proportions; il parait plutôt moderne qu^antique, car il n*y a pas de monuments antiques on les figures aient la tête couverte d'une toque. Des curieux qui ont vu et touché, il y a quelque temps, cette poignée d'épée ou de sabre , déclarent qu*on leur a dit que c'était la poignée de l'épée de François 1*', apportée en France de Madrid. J'ignore si toutes ces suppositions réunies sont bien établies. Il est possible que ce soit la même poignée qu'on faisait voir hi Madrid ; mais ce ne peut être lu véritable poignée de l'épée de notre rpi. Il ne combattait pas avec une arme de ce prix , qui n'aurait été qu'une arme de parade et de cérémonie. Il ne s'est pas défendu si long-temps avec une épée d'un tel poids. Aurait-il pu s'en servir pour porter des coups bien assurés , quoiqu'il fôt d'une hante taille , et d'une force de corps assez remarquable .' Ce ne pent pas être le tronçon qu'il remit à Lannoy. Il est possible, cependant, que les Espagnols voulant conserver le souvenir d*une journée si glorieuse pour leur nation, aient fait fabriquer, depuis, cette poignée qui atteste, suivant les informations qu'on m'a données, l'état de l'orfèvrerie vera la fin du seizième siècle , dans les pays que n'avaient pas visités Benvenuto Cellini , et Cesarinî , habile ciseleur qui travaillait sur des dessins qoe lui fournissait Raphaël , son amt. C'est ainsi que les Anglais ont fait construire des vaisseaux auxquels ils ont donné le nom d'autres vaisseaux qu'ils nous avaient pris , et qui devenus des tronçons étaient hors de service , tant ils avaient été endommagés par leur impétueuse attaque et notre courageuse résistance.

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