‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 106 sur 274 · II · texte numérisé non relu

II

aïo MACHIAVEL.

Voici les paroles de François V^ :

«Je mestois résolu et déterminé, que mourant honnorablement, parmy les armes , je me peusse desiiurer et mon esprit , d'une si grande asprezze , et surcharge de mes affaires, pour ne demeurer en vie, après avoir veu deuant mes yeux tant de braues et vaillants capitaines des miens estendus morts autour de moy. La fortune^ qui dès longtemps m'est si cruelle , et à très grand tort grand* ennemie de mon nom , pour me conseruer la vie à mon très grand regret, et pour seruir de spectacle d'une moquerie et dérision , n a pas voulu que je mourusse d*une mort honnorable. Pour le moins en cela auray-je occasion de me consoler en moy-méme , que me souuenant et mettant deuant mes yeux souuent ma grand' perte, que daujourd'huy en aduant, je ne craindrai aucune injure ni force de la fortune, parce que m'ayant esté toujours très cruelle et furieuse , ni jamais assez saoulé abondamment de tant de désaiientures qu elle m'a données , elle aura finallemement payé le reste de sa hayne en cette publique plainte et deuil de toute la France, et dernière perte mienne , par le cas et aduenenient d'une si grande désauenture. »

Brantôme continue ainsi :

« Voilà certes de belles paroles et braue résolution d'un magnanime roy, à ne se soucier plus de la fortune, puisqu'elle avoit acheué de vomir son venin sur luy , en cette si grande perte , et desconuenue. Telles paroles touchèrent si fort au cœur des soldats qui estoient à l'entour , qu'ils se mirent tous à plorer, et à admirer ce grand roy*. »

Beaucoup d'historiens soutiennent que le roi traita avec rigueur Charles de Bourbon qui alors osa se présenter devant lui. Les Espagnols qui savent encore

« de cette manière , pour Toir si elle n*en aura pas de honte. >• Voyez aasai le Capîtolo de la Fortune, tom. II, chap. XXVIII, pag. 39. « Brantôme , tom. Xlî , pag. 108 et snîr .

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