‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 107 sur 274 · CHAPITRE XL. an · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL. an

mieux que nous ce qui a pu se passer, disent au contraire que le prince ne lui montra aucun semblant mauuais de haine ni de passion contre lui^.

«Aussi monsieur de Bourbon s y montra très sage, et nullement perdu en sa victoire, ni gloire; car il se mist à genoux pour baiser les mains du roy, monstrant par-la qu'il auoit honte de sa rébellion, tant espandue dans toute la chrétienté. Ainsi disent les Espagnols ^ »

S'il est permis de chercher à pénétrer ce qui se passait alors dans l'esprit du roi , on peut croire que Tenant d'être à l'instant abandonné par un traître, par son propre beau-frère le duc d'Alençon, à qui il avait sacrifié les intérêts du duc de Bourbon , ce souvenir amer pouvait disposer le monarque à quelque sentiment d'indulgence pour un autre traître, en ce moment moins indignement coupable, et qui semblait demander, aux pieds de son prince captif, le pardon de sa félonie.

Charles avait déloyalement porté à l'étranger le secours de son bras ; d'Alençon venait à l'instant même de livrer le roi et la France à leur plus cruel ennemi.

Il n'était pas possible que Machiavel , qui avait été en France, qui pouvait regarder la gloire de Jean de Médicis comme étant en partie son ouvrage, qui avait prédit à la France des destinées nouvelles sous François r', n'eût pas attaché beaucoup d'importance à un tel événement, arrivé peut-être par suite de l'absence de Jean de Médicis. Aussi, en parlant politique générale à Guicciardini , il lui dit à propos des négociations pour la libération du roi :

« J ai toujours été d'opinion que si l'empereur a le des-

> Bnnttoe, tom. "VI, pag. 36a.

» Brantôme, loc, eit.

a 12 MACHIAVEL.

sein de deyenir tominus rerum % il ne relâchera pas le roi François I*', parce qu'en le retenant, il frappe de faiblesse tous Bes adversaires, qui lui donnent par cette raison et qui lui donneront autant de temps qu*il en voudra pour se préparer. Tantôt il tient la France , tantôt il tient le pape dans Vespérance d un accord. Il ne rompt pas , et il ne conclut pas les négociations ; et comme il voit que les Italiens sont prêts à s'unir aux Français , il restreint ses explications avec la France , tant qu'elle ne signe pas, et il a l'avantage , puisqu'on voit qu'avec ces bagatelles il a gagné Milan , et qu'il aurait conquis Ferrare s'il s'y fôt présenté. Dans le cas où cela fût arrivé, l'Italie était toute démantelée, et soit dit avec la permission de vos frères les Espagnols , ils se sont trompés cette fois-ci. »

Il prétend qu'ils auraient dû arrêter le duc d'Urbin, et l'envoyer en Espagne.

« n y a quatre jours , on croyait encore à quelque renouvellement d'alliance entre l'Italie et la France, parce que Pescayre* étant mort, Antoine de Lève ' étant malade , le duc étant de retour à Ferrare , les châteaux de Crémone et de Milan étant encore occupés par les Français , les Vénitiens étant libres, et personne ne pouvant plus douter de l'ambition de l'empereur , il paraissait qu'on avait à désirer de s'assurer cette alliance; mais sur ces entrefaites sont arrivées les nouvelles d'un accommodement entre l'empereur et la France : \e roi donne la Bourgogne et prend pour femme la sœur de l'empereur; il laisse à celle-ci les quatre cent mille ducats qu'elle a de dot, lui assure une somme semblable, et remet pour otages, ou ses deux jeunes fils,

I Qndqiiet édidont portent domimu rerum, Ctlle de CUrdetti porte tomi» nus rerum , et beancoop de personnes croient qoe c*est la vraie leçon. Alors ce serait nne plaisanterie da secrétaire florentin sur la manière dont quelques Allemands prononcent le mot domimu.

* Avalos, marqnis de Pescayre , généralissime de Tannée espagnole, après le départ de Lannoy pour l*Espagne. H mourat à Milan le 4 novembre i5a5.

^ Antoine de Lève » général de Gharles-Qnint. U monmt en i536.

Page 1