‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 109 sur 274 · CHAPITRE XL. ai · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL. ai

le ruiner lui-même? Je vous ai écrit, et je tous écris de nouveau que les motifs de plaintes que les Espagnols ont donnés au roi sont bien grands , mais que ceux que lui ont donnés les Italiens ne doivent pas être moindres. Je sais que parler ainsi, c'est dire (et Ton dirait la vérité) que si, par cette haine, le roi laisse perdre l'Italie ., il pourrait bien ensuite , lui , perdre son royaume. Mais est-il certain qu'il lentende ainsi , parce que aussitôt qu'il sera libre , il se trouvera entre deux difficultés , l'une de céder la Bourgogne et de perdre l'Italie , et de rester à la discrétion de l'empereur , et l'autre , pour fuir un malheur, de devenir parricide et manqueur de foi? De plus , il s'exposerait à ces embarras pour aider des hommes infidèles et instables , qui pour la moindre raison , aussitôt qu'il aurait vaincu , lui feraient reperdre ce qu'il aurait gagné. En conséquence je m'approche de cette opinion, ou que le roi ne sera pas mis en liberté, ou que, s'il est mis en liberté, il observera l'accord, parce que la peur de perdre le royaume , après avoir perdu l'Italie, ne le fera pas agir comme agirait un autre , lui qui a, comme vous dites , une cervelle française : et puis il ne croira pas que cette Italie s'en aille en fumée; il croira peut-être pouvoir l'aider après qu'elle se sera purgée de ses péchés, et que , lui , aura revu ses fils , et se sera remis en famille. Si ensuite il y avait parmi eux quelques pactes pour diviser la proie, le roi garderait d'autant plus sa parole, mais alors Tempereur serait d'autant plus fou de ramener en Italie celui qu'il en a chassé, et qui pourrait l'en chasser à son tour. »

« Je vous dis ce que je crois qui est , mais je ne vous dis pas que pour le roi il y eût un sage parti , parce qu'il devrait , de nouveau , mettre en danger, lui , ses fils et le royaume, pour abaisser une puissance si odieuse, si formidable, si dangereuse. Les remèdes qu'il y aurait me paraissent ceuxci : Faire en sorte que le roi , aussitôt qu'il sera sorti de prison , ait près de lui quelqu'un qui, par l'autorité de ses paroles et ses convictions , et par celle de ceux qui l'auront envoyé , lui fasse oublier les choses passées , et le fasse pen-

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ser aux DOUTelles, lui montre le concours de l'Italie , lui dépeigne le parti ennemi vaincu , dès qu'il voudra être le roi libre , tel qu'il doit désirer de l'être. Je crois que les persuasions et les prières pourraient aider , mais que les faits aideraient encore davantage. »

« J'estime que de quelque manière que les choses tournent, il va y avoir guerre , et bientôt, en Italie. A cause de cela, les Italiens doivent penser à avoir la France avec eux, et, s'ils ne la peuvent avoir, penser comment ils pourront se gouverner. »

« Dans ce cas il y aurait deux partis à prendre , ou se laisser mettre à la discrétion de celui qui viendra, et aller au-devant de lui avec de l'argent pour se racheter, ou s'armer et s'aider avec les armes le mieux qu'on pourra. Je ne crois pas que l'argent pour se racheter suffise, parce que s'il suffisait, je dirais : Arrêtons-nous là et ne pensons pas à autre chose. Mais il ne suffira pas, parce que, ou je suis absolument aveugle, ou ils vous ôteront d'abord l'argent et ensuite la vie, de manière qu'au moins il y aurait pour nous une sorte de vengeance à faire en sorte qu'ils nous trouvassent pauvres et affamés , si nous ne parvenions pas à nous défendre. »

1526. «Je juge donc qu'il ne faut pas différer de s'armer, et qu'il n'y a pas à attendre là résolution de la France, parce que l'empereur a ses têtes d'armées placées de manière qu'il peut commencer la guerre précisément quand il veut. A nous , il nous convient d'avoir une tête d'armée ou feinte, ou vraie, autrement nous nous lèverons un matin tout perdus. J'approuverais qu'on fît une feinte d'armée. Je dis une chose qui vous paraîtra folle , mais je hasarderai d'indiquer un projet qui vous semblera téméraire ou ridicule. Ces tempsci demandent des délibérations audacieuses, inusitées, étranges. «

« Quiconque sait raisonner des affaires du monde sait combien les peuples sont variables et insensés; néanmoins, bâtis comme ils sont , ib disent souvent que l'on fait ce que Ton devrait faire. Il y a peu de jours , on répandait dans Flo-

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