‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 112 sur 274 · CHAPITRE XL. aai · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL. aai

la discussion de Machiavel, c'est-à-dire il gardera l'accord, pendant quelque temps, et (tant il est vrai que l'intérêt domine dans les opinions des hommes et de tous les hommes), si le roi garde sa parole, rien ne sera plus fiineste à lltalie , à Florence, au Saint-Siège : cela est évident pour tout le monde.

Strozzi avoue ensuite qu'il a lu la lettre du 1 5 mars écrite par Machiavel à Guicciardini , et qu'il l'a communiquée au Saint-Père. C'est celle qui renferme cet audacieux conseil d'armer Jean de Médicis. Le pape, à ce que fait entendre Strozzi , combat ce projet. Si l'on arme un Médicis , on déclare formellement qu'il a l'appui du pape. Sans argent, ce capitaine d'aventuriers ne réussirait pas. Avec l'argent du pape, l'entreprise devient sienne , et dans ce cas , il vaudrait mieux arborer publiquement son étendard, à son propre honneur, pour engager les Vénitiens à la même fête.

« Enfin si le roi n^est pas sage ( c'est-à-dire s'il garde sa parole), il j a peu de partis à prendre. Il ne reste plus qu'à désirer que César ne connaisse pas qu'il a une si belle occasion d'être le maître. Ainsi notre sort dépend des dés, et nous avons de mauvaises passes. »

Le reste de la lettre qui commence par traiter, au nom du pape, une question si importante en politique et en morale , finit par des plaisanteries sur la Barbera. Machiavel: avait prié Philippe de l'embrasser pour lui, si elle le permettait; mais elle n'a pas voulu y consentir.

« Je vois bien que vous ne vouliez pas que j'obtinsse cette &veur, j ayant mis une aussi dure condition ; je ne vous remercie donc pas de votre libéralité où j'ai reconnu une subtile avarice. «

Nous écrivons cette histoire en partie sur des cor- 1526* respondances. Elles ont cela d'heureux qu'eUes appren-

nent une foule de faits curieux : mais en même temps, elles renferment des particularités d'un moindre intérêt; j'en passe beaucoup sous silence. Cependant il y en a de si piquantes que je ne puis me décider à les négliger de même. Elles prouvent aussi les habitudes du temps, et ce mélange de sérieux et de gaîté auquel Machiavel avait accoutumé tous ses correspondants.

Pendant que le Pontife, pendant que Machiavel, qu'on peut en cela appeler son conseil, et que Guicciardini, cet esprit élevé qui devait un jour écrire d'une plume si brillante ces faits mémorables, traitaient en Italie cette question de politique et de morale qui a rempli de ses funestes conséquences presque tout le règne des deux souverains rivaux , on rencontrera peut-être avec plaisir l'exposé des sentiments que manifesta à cette époque un des alliés les plus fidèles de la France, le grand Solyman, empereur des Turcs, que nous appellerons Suleyman , comme les auteurs de son pays.

Ce prince glorieux, fils de Sélim l^*", né en i494> était monté sur le trône en iSao, l'année qui avait vu Charles -Quint couronné empereur à Aix-la-Chapelle. On croira difficilement quelle fut la première opération de Suleyman en montant sur le trône. Il publia un édit qui était, en toutes ses parties et ses raisonnements, conforme à la doctrine que Machiavel avait professée en i5i5, dans son livre des Principautés , sur la question des confiscations. Tous les sujets musulmans furent autorisés à réclamer les biens qu'on avait précédemment confisqués sur eux , exemple unique dans l'histoire des Turcs. A quelque éloignement qu'elles se trouvent l'une de l'autre, les grandes âmes peuvent sur la même question rencontrer les grandes pensées.

Après avoir acquis ainsi dans ses états une noble

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