‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 119 sur 274 · CHAPITRE XL. a3i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL. a3i

grand empereur qui, à tant de gloire, ajouta celle d'imiter les glorieux exemples d'amour pour les arts que François I*^*" avait reçus des papes, et qu'il avait ensuite donnés à tout le reste de l'Europe. Nous savons que Suleyman avait attiré à Constantinople d'habiles peintres italiens; que, semblable à son aïeul Mahomet II, qui y avait fait venir de Venise Gentil-Bellin, et se mettant au-dessus des préjugés du Coran, il avait voulu avoir, dans son palais, les portraits des plus grands souverains de l'époque : mais nous ignorons si les annales turques ont conservé fidèlement la trace historique de ces invitations glorieuses qui se

•ont écrits en lettres d*or, par égard poor le nom sscré de Dieu : ( Allah *U I ) , mot qui se trouve répété trois fois dans le corps de cette pièce» et toujours tracé en lettres d*or.

Telle est la copie du texte original de la lettre de Snlun-Suleyman, surnommé Kanotini, c'est-à-dire le UgUlateur, dixième prince de la dynastie ottomane , adressée à François I^, roi de France , dans les dix premiers jours de la lune de Keby'-nssani, gSa de Thégire, c*est-à-dire du i5 an 24 février iSvô de J.-C.

Cette lettre , dont j*ai dû la première connaissance k M. Reinaud , appartient k la Bibliothèque du Roi, manuscrits, fonds de Bétbune, n* 85o7, et fait partie d*on recueil de lettres autogrspfaes et d*autres de François I*', des papes Paul III et Clément VII, de Henri VIII, roi d'Angleterre , etc., des cardinaux Famèse et de Guise, etc. Manuscrit in-fol. aux armes de SuUy , et relié en maroquin rouge.

Je consigneni ici tons mes remerciements i M. Jouannin. Cet estimable agent politique , qui a si bien mérité de sa patrie, qu'il a honorablement et courageuse ment servie pendant dix-sept ans de séjour et de voyages en Turquie et en Perse , a mis une complaisance et une bonté singulières k composer cette traduction. Tontes les notes qui l'accompagnent ainsi que le texte, appartiennent à M. Jouannin. C'est en vérité une sorte d'ouvrage complet qu'il a entrepris, et achevé avec un talent tout-à fiiit digne d'éloges. Ceux qne lui donneront à cet égard les orientalistes de tous les pays , lui seront sans doute encore plus agréables que les miens. Me trouvant ici intéressé vivement par la reconnaissance , je puis paraître suspect, mais je me mets k mon aise dans mes sentiments de gratitude, parce que je sais d'avance qne les suffrages. des plus dignes connaisseurs et des illustrations européennes dans ce genre d'études, sont acquis à M. JoiMnnin , quelque effort que sa générosité croira devoir faire pour ne parler jamais qu'avec modestie d'un si utile travail.

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sont renouvelées sous Louis XIV appelant le Bernin , et sous Napoléon appelant Canova. Ces derniers faits de notre propre histoire sont connus dans leurs détails, tandis que tous ceux qui concernent François I^*" ne sont pas encore publiés : on connaît l'empressement que le fondateur du collège de France mit à employer le Prima tice, les encouragements offerts à Léonard de Vinci, les recommandations délicates par lesquelles il sauva de la mort Benvenuto Cellini , qu'il fit réclamer si à propos et si adroitement par le cardinal de Ferrare ' , mais on ne connaissait pas jusqu'ici les démarches de ce prince pour obtenir des ouvrages de Michel Ange. Machiavel qui n'a pas fait mention de son audacieux et divin contemporain , Machiavel que j'excuse , parce que, sous le rapport des arts, je vois qu'il était austère à la manière des anciens Romains, permettra néanmoins, pour sa punition , que je rapporte une lettre inédite adressée par François I^"^ à Michel- Ange lui-même. Voici cette lettre que les lecteurs italiens et français ne seront pas fâchés de trouver ici.

« S' Michel-Angelo , pour ce que j*ay grant désir d'auoir quelques besongnes de votre ouuraige, j'ay donné charge à labbé de Saint -Martin de Troyes*, présent porteur que j*enuoye par-delà, d*en recouurer, vous priant, si vous auez quelques choses excellentes faictes à son arriuée, les luy Youlloir bailler en les vous bien payant , ainsi que je lui ay donné charge, et dauantaige voiiUoir estre contant, pour lamour de moy , qu'il molle le Christ de la Minerue ^, et la

I F'ita di Benvenuto Cellini ^ Firenze, i83a> tom. I, pag. 345.

> L*abbé de Saint-Martin de Troyea est François Priniatice , peintre trèscélèbre , à qai Ton doit la fameuse galerie de Fontainebleau.

^ Le fiimeox Christ qui existe encore à droite du maitre-antel de Téglise de la Minerve à Rome. C*esi on des beaux ouvrages de Michel- Ange. Notre Seignenr y est représenté debout, tenant en main la croix, et quelques instramenu de sa passion, le roseau , réponge et les cordes, he caractère de la tète a

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