‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 120 sur 274 · CHAPITRE XL. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL. a

Notre Dame de la Febre % afBn que j*en puisse aomer Tune de mes chappelies , comme de chose que Ton m'a assuré estre des plus exquises et excellentes en votre art. Priant Dieu , S! Michel* Ang? , qu*il vous ayt en sa garde. Escript à Saint - Germain en Laye , le 6iij jour de féurier mil cinq cent et quarante-six (i547).

Signé, FRANÇOYS.

Signé y LAUBBSPmB'.

Au S' Michel-Angelo.

J'ai été amené à faire un singulier rapprochement , en montrant François 1^' en correspondance si intime avec Suleyman, l'ennemi des chrétiens (circonstance qui a Éait répandre contre le monarque Chris Hanissime

peat-^lre qaelqae chose de trop irrité. Les muscles des mains paraissent anssi nn pea trop prononcés , parce qn*ils sont en repos.

' La Notre-Dame de la Fèbre est le bean groupe qoi existe encore en ce moment snr Tantel de la première chapelle à droite, en entrant, dans la basilique de Saint-Pierre. Michel -Ange (né en 1474, cinq ans après Machiavel) avait composé ce gronpe en 1498. 11 représente la Vierge tenant snr ses genoux son fik descendu de la croix. G*est un admirable motcean de sculpture; on l'appelle anjonrd*hui la Piété,

3 François 1" avait, dans son département des étrangers, deux secrétaires du nom de Lanbespine, le père et le fib. Le père dirigeait les affaires relatives k rEmperenr, k TEspagne, au Portugal , aux Pays-Bas, k r Angleterre , à rÉcosse. Le fils était chargé de celles qui étaient relatives k la Savoie , k 1* Allemagne et à la Suisse. La lettre, suivant la règle , aurait dà être signée par le prédécesseur de Robertet D^Allnye , petit-fils de Florimond Robertet ( dont il est question tom. I, chap. III, pag. 44), autre secrétaire du département des étrangers, qui avait , en tS5g , dans êes attributions, Tltalie, le Piémont et le Levant ; mais apparemment un des deux Lanbespine était chargé pins particulièrement de ce qui concernait les arts , on se trouva sons la main du roi , quand il voulut donner k Michel - Ange ces éclatants témoignages de bienveillance. Lanbespine père étant mort le la novembre lSi^y, Nicolas de Neuville, sieur de Villeroi , qui avait éponsé sa fiUe et obtenu sa survivance , occupa sa place, n n'avait alors que vingt-qiutre ans. Celui-ci fut un des premiers secrétaires d*état qui signèrent pour le roi. Je prends une partie de ces informations dans V Histoire générale et raisonnée de la diplomatie française de M. de Flassan; 181 f , a* édition , toro. a , pag. 88.

a34 MACHIAVEL.

beaucoup d'accusations), et le même François V^ écrivant à Michel-Ange et lui demandant des choses exquises et excellentes en son art pour en dorner une des chappelles royales : ainsi Politia etPietas osculatœ sunt^. Si cette démonstration envers Michel- Ange ne semble ensuite, ce que je n'admets pas, qu'un calcul d'orgueil de grand prince, je puis, sans craindre de prolonger l'amende honorable de Machiavel, puisqu'il va être question de politique et de respect pour la religion d'un état, que recommande tant le publiciste florentin , je puis rapporter une autre lettre que Suleyman écrivit à François I^' en réponse à des démarches très-actives du roi , pour favoriser les chrétiens de Jérusalem qui n'avaient d'autre protection en Turquie que celle de la France*. Dans cette lettre. Chah- Suttan-Sulej-man-Khan achève de montrer son esprit de tolérance, et manifeste, en termes affectueux, la douleur qu'il éprouve d'être contraint de se refuser à la demande de son ami.

Voici cette lettre qui excuse si complètement la politique de François I*^'. Le protocole de cette pièce est en tout semblable à celui de la lettre que le même prince adressa en février i5a6 à François 1*', et dont

' En sabstitoant cl*aatret expressions , j*enipninte eette pensée an ps. 84 qni dit : « Jtistitia et Pax osculatœ stmt. »

* J^étais déterminé à ne pas insérer ici la traduction de eette antre lettre de Suleyman ; mais qnelqnes antears ayant imaginé, à propos de la dtaette presqne absolue de monuments relatifs anx négocbtions entre Suleyman et Prançob I*', disette qn*on déplore dans le dépât des archives du ministère des affaires étrangères , qu'apparemment François I*' finit par être si honteux de ses relations avec un prince infidèle, qu*il tâcha de faire disparaître tonte trace de ces mêmes relations , je dois répondre que ces auteurs n*ont pas fait des redierches très -approfondies au ministère , car ils y auraient trouvé des extraits de pièces originales soit en français, soit en italien , parce que les pièces originales ont disparu. Voici comment on peut expliquer cette apparente destruction. Colbert est Je premier qui , sous Louis XIV, établit des dépôts de pièces diploma-

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