CHAPITRE XXVII. îi
ser en liberté. C'est même le point de réunion de celles qui ont eu le plus de talents, qui ont vécu dans le rang le plus élevé et dans l'état de fortune le plus brillant. On a beau n'y apercevoir que des bêtes , on retrouve des individus qu'on a vus sur la terre ; on les reconnaît à leurs manières, à leurs gestes, à leurs yeux et à leur seule présence.
Les interlocuteurs arrivent à une porte; là, était placée une statue de marbre représentant le grand abbé de Gaéte, gui fut couronné comme poète. Il ressemble à Annibal monté sur un éléphant ; il est placé là pour que sa seule apparition, sans qu'il soit besoin d'explications, puisse faire distinguer queb sont les êtres contenus dans cette dernière enceinte.
L'auteur n'explique pas autrement le motif pour 1516. lequel il a placé ici la statue du grand abbé de Gaè'te.
J'ai cherché quel pouvait être ce personnage : ce doit être le poète Baraballo. Voici ce qu'en dit M. Tenhove, dans ses Mémoires sur la maison de Médicis '; il parle ainsi du poète Querno et de Baraballo :
« Je ne dissimulerai pas que les plaisirs que Léon X se donnait avec les poètes , dégénéraient quelquefois en bouffonneries. Son fameux Querno de Monopoli , qu'il avait fait couronner solennellement de lauriers, de pampre et de feuilles de chou , et qu'il avait promu à la dignité d archîpoète, n'était qu'un bouffon. Il se trouvait aux repas du pape, et mangeait les morceaux qu'on lui envoyait de main en main. Baraballo de Gaëte ne différait de Querno qu'en ce qu'il fei-
' J'ai d^à cité M. Tenhote. Je dois donner «nr son onTrage qnelqaes iofbrmations; M. Tenhote, Hollandais, a composé des mémoires généaJogiqnes de la maison de Médicis , 3 vol. in-S*^. Je pnis indiquer seulement le nom de Fan* tenr de cet ouvrage. Je ne sais pas on ces mémoires ont été imprimés : je crois que c'est à La Haye en 1776 on 1778. Je ne connais qn*un seul exemplaire de ce livre» où les titres des 3 volumes sont déchirés.
sait des vers, ou soi-disant, en langue vulgaire. Un éléphant de la cote de Malabar, dont Emmanuel, roi de Portugal, avait fait présent au pape , portant à pas comptés ce risible triomphateur au Capitole, et eflarouché de la musique bruyante et des cris io triumphcy jeta sa charge à bas, et ne laissa pas rougir les mânes de Pétrarque d'un si pitoyable successeur. »
Bottari nous a transmis tous les détails que donne M. Tenhove. En cherchant à trouver absolument quelque explication raisonnable sur cette statue de Baraballo, dont l'apparition seule doit faire reconnaître, dit Machiavel, quels sont les êtres contenus dans cette dernière enceinte, on est amené à penser que, dans cette enceinte il y a des poètes, dont ce Baraballo, homme médiocre et rampant, est à peu près le chef. Est-ce parmi ces poètes que se trouve FArioste? Gardons-nous de supposer ime pareille pensée à Machiavel : ce peut être tout au plus la demeure de ceux que FArioste voit venir à sa rencontre; car il faut convenir que parmi ces derniers, quelques-uns devaient plutôt cette mention à Famitié du chantre de Ferrare qu'à leur propre mérite.
Nous voyons maintenant une description d'une foule de bêtes qui sont probablement des contemporains, et parmi lesquelles il n'est pas possible qu'il ne se rencontre pas des Florentins. La clef de ces énigmes est bien difficile à trouver.
Un chat, qui par trop de patience perd sa proie et reste confus , quoique sage et de boune race. Un dragon qui se tourne tantôt adroite, tantôt à gauche. Un renard malin qui échappe à tous les filets. Un chien corse qui aboie à la lune. Un lion dépouillé de ses ongles. Des animaux qui musaient là, Fun sans queue , l'autre sans oreilles; il y en avait qui n'étaient