CHAPITRE XXVII. a
qu'un mélange de lapins et de boucs. Ici, des vers
manquent dans Toriginal : on ne lit que ces mots
una vidi. Puis une girafe ' qui baissait le cou
devant chacun, ayant auprès d'elle un ours fatigué qui soufflait. Un paon qui se pavanait, sans s'informer de ce que devenait le monde. Un animal portant sur sa croupe une corneille. Un lévrier qui avait la vue courte; un souriceau dése^éré d'être si petit, et qui allait mordillant tantôt un animal, tantôt un autre; enfin, mille autres bétes parmi lesquelles j'avoue que, pour l'honneur de Machiavel, je n'ai pas su et je n'ai pas désiré trouver l'Arioste.
Il y a des portraits où l'on peut reconnaître quelque chose qui ressemblerait aux deux Soderini; mais il y aurait eu ingratitude et foKe à parler d'eux dans des termes insultants.
Parmi ces ours, il y a peut-être quelque Orsini; mais lequel? et cela importe peu. Je ne doute pas aussi qu'il ne se trouve parmi ces animaux quelques étrangers, des Espagnols, des Allemands, des Français; mais je n'ai rien deviné à cet égard.
Enfin, la conductrice prend le voyageur par la main (il est bien certain que la métamorphose n'a pas encore eu Ueu), et le conduit vers un pourceau bien gros qui aurait pesé plus de trois cents livres.
Ce porc était connu du voyageur; mais il ne le nomme pas. La conductrice lui permet de demander à ce porc s'il veut reprendre son ancienne forme. Celui-ci répond qu'il a horreur des hommes; qu'en vain
X La première ginfe qui fat vue en Europe , fot envoyée k Florence , en 1 487 , k Laorent-le*Blagnifiqae , par le Soudan d'Egypte qui entretenait avec lui des relations de prince k prince. Les peintres dn temps firent le portrait de cette ginfe; elle est représentée au coin d^nn ublean très-grand, snr bois, ouvrage de Pêteiio PeseiUf ublean que j*ai dans mon cabinet k Parts.
a6 MACHIAVEL.
ils croient qu'il n'y a pas d'autres biens que l'importance de l'existence humaine. Il ajoute pour le détromper : Les animaux sont supérieurs aux hommes, en prudence. Les bétes connaissent l'herbe qui est bonne ou malfaisante; les imes fuyent à propos la glace , et les autres le soleil. Si on veut parler de la force, un taureau, un lion fier, un éléphant, ne peuvent être comparés à l'homme. Si on parle de tempérance,
« Nous avons surpassé tous vos talents. Avec Vénus , nous dépensons peu de temps; mais vous , sans aucune mesure, vous la poursuivez en tout temps , en tout lieu. Notre espèce ne cherche d autre nourriture que ce que le ciel a produit sans art , et vous voulez ce que ne peut faire la nature. Un seul objet ne vous satisfait pas , comme il nous contente; aussi, pour satisfaire votre ignoble gloutonnerie, vous allez parcourir jusqu'aux royaumes de TOrient. Ce que Ton recueille sur la terre ne vous suffît pas, vous entrez même dans le cœur de l'Océan pour pouvoir vous rassasier de ses dépouilles. Mes paroles ne tariraient pas, si je voulais démontrer combien vous êtes plus malheureux que tout autre animal qui vit sur la terre. La nature nous traite plus en amis , et sa bienfaisance se répand davantage sur nous , et vous, elle vous a rendus mendiants de tous ses biens. Si tu veux t'en convaincre, examine les sens, et tu seras facilement persuadé de ce que tu ne crois pas à présent. Que peux -tu comparer à l'œil de laigle, au nez et à l'oreille du chien .»^ Nous pouvons encore nous vanter du goût. Si le tact vous a été réservé, ce n'est pas pour vous honorer, c'est seulement pour que les appétits de l'amour vous condanmassent à plus de peines ; à plus d'ennuis. Parmi nous, tout animal naît vêtu , ce qui le défend des temps chauds et froids sous tous les ciels , sur tous les rivages. L'homme seul naît tout-à-fait nu ; il n'a ni cuir, ni épines , ni plumes , ni toison , ni soies , ni écailles qui lui servent de bouclier. 11 commence sa vie par des pleurs, d'un ton de voix rauque et douloureuse, tellement, que c'est une pitié de le voir dans cet état. A me-