CHAJI-SULTAN.SULEYMAN.KHAN, A TOI, FRANÇOIS
QUI ES PRUfCB (fEr) DU PAYS DB FEANCE f
Vous avez adressé à ma cour, résidence fortunée des Sultans, qui est TOrient de ia bonne direction et de la félicité , et le lieu où sont accueillies les conununications des souverains . . . . , une lettre par laquelle vous me faites connaître qu*il existe dans la place forte de Jérusalem, faisant partie de mes états bien gardés , une église autrefois entre les mains du peuple de Jésus , et qui avait été postérieurement changée en mosquée : je sais avec détail tout ce que vous avez dit à ce sujet. S'il en était ainsi, en considération de lamitié et de Taffection qui existent entre notre glorieuse majesté et vous, vos désirs ne pourraient qu'être exaucés et accueillis en notre présence qui dispense la félicité. Mais cette question spéciale n'a rien de semblable à des cas ordinaires de biens meubles ou immeubles : ici il s*agit d'un objet de notre religion ; car , en vertu des ordres sacrés du Dieu très-haut, le créateur de lunivers et le bienfaiteur d*Adam, et conformément aux lois de notre prophète le so-
tSqnet , et qm exigea que tont fonctionnaire dn gonvemement remit les docomenta qn*il aurait entre lea mains. Anparavant , toat ambassadeur et ministre était libre de disposer des pièces qui appartenaient à ses négociations ; e^est pour cela qne les pièces originales torques , antérienres an milieu du xvt* siècle, ne se reirooTent plus qne dans certaines collections formées par des amateurs de Tépoque, d*on quelques unes sont passées dans divers établissements puldics. En conséquence de tout ce que je viens de dire, j*ai inséré ici la traduction de cette lettre de Suleyman qui existe dans les archives du rojaume confiées aux soins du savant M . Daunou . J'en dois la connaissance à M. Jouannin qui en a fait la traduction sur un foc simiie récemment déposé par lui aux archives des affaires étrangères. En me communiquant cette pièce intéressante, M. Jouannin m'avait aussi remis une copie du texte turc qu*il se propose de publier dans quelque recueil scientifique.
ieil des deux mondes (sur qui soient la bénédiction et le salut!), cette église est, depuis un temps infini, convertie en mosquée, et les musulmans y ont fait le namaz {^prière cûnonique des Mahométans). Or, aujourd'hui, altérer^, par un changement de destination , le lieu qui a porté le titre de mosquée et dans lequel on a fait le namaz , serait contraire à notre religion ; en un mot , même si dans notre sainte loi cet acte était toléré , il ne m'eût encore été possible en aucune manière d'accueillir et d'accorder votre instante demande. Mais , à l'exception des lieux consacrés à la prière , dans tous ceux qui sont entre les mains de chrétiens , personne, sous mon règne de justice, ne peut inquiéter ni troubler ceux qui les habitent : jouissant d'un repos parfait, sous l'aile de ma protection souveraine, il leur est permis d'accomplir les cérémonies et les rites de leur religion; et maintenant établis en pleine sécurité dans les édifices de leur culte et dans leurs quartiers , il est de toute impossibilité que qui que ce soit les tourmente et les tyrannise dans la moindre des choses. Que cela soit ainsi !
Écrit dans la première décade de la lune de Muharremulharam, année neuf-cent-trente-cinq (de THégire), [c'est» à-dire "vers la mi-septembre iSaS de /.-C].
De la résidence impériale de Constantinople la bien munie et la bien gardée.
Dans cette dernière correspondance du chrétien et du musulman * , ne voit-on pas déjà poindre cette aurore de civilisation qui devait plus tard répandre sa vive lumière sur l'Europe ? François I**" a eu ses historiens ; pourquoi Suleyman n'aurait-il pas aussi les siens dans notre langue ? Pourquoi nos savants orientalistes n'entreprennent-ils pas cette oeuvre glorieuse ?
> Le mot tore *A>W taX faiblement traduit par altérer: mais cette interpréution est pourtant fidèle.
* Aa sojet des premières relations diplomatiques entre la France et la Porte, il existe en mémoire curieux de M. de Hammer , dans le journal asiatique de janTier 1827.