CHAPITRE XL
Je sais qu'après avoir épuisé les matériaux que renferment nos établissements publics et nos collections d'amateurs , il faudrait pouvoir recourir aux sources même à Constantinople , et que les préjugés de religion se sont opposés jusqu'ici et s'opposeront longtemps à des communications très-faciles à ce sujet; mais une investigation générale de toutes les richesses dans ce genre qui peuvent exister en France , en Allemagne, à Londres et en Italie, n'a pas encore été entreprise. Avant les relations de François I*' avec Suleyman, qui devinrent si intimes, comme on l'a vu, Bajazet, aïeul de Suleyman, avait écrit à Charles VIII, et avait chargé un agent nommé Antonio Rericho de lui faire des communications. Ce qui est bizarre, c'est que la lettre de créance est en italien mêlé de latin , avec cette suscription latine : Serenissimo et excellent tissimo domino Carulo Francie régi — fratri nostro carissimo. Bajazet déclare dans cette lettre que Rericho a toute sa confiance, et qu'il rapportera au roi des choses qu'on lui a commis de faire connaître.
« Donnez-lui créance, comme à une personne afEdée, envoyée par nous, et tout ce quHl vous dira sont nos paroles : de Constantinople , le 4^ du mois de juillet , Tan de notre prophète 893 , et Tan du Seigneur Christ 1488 '. »
Il y a aussi une lettre originale turque à Carpentras; il est à désirer qu'elle soit copiée et traduite.
Enfin, indépendamment de la facilité qu'on a de compulser les chroniques ottomanes qu'on possède à Paris, je puis dire qu'il existe à la bibliothèque du roi une Vie de Suleyman en langue turque * : de plus , im auteur
X Cette lettre extraordinaire te troave i la Bibliothèqoe da Roi. Passages d'outremer f n** io,oa5, B.
> SoJeyiuaii-Namè. Histoire de Soleyinan, par Kara-Tchèlebi-Zadè-Abdalaziz. Manus. on, supplément turc, n*^6c.
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arabe a composé la Vie d'Aroudj (Barberousse)et de Khaïr-eddin son frère', personnages célèbres, mais bien moins importants que Suleyman qui gagna la bataille de Mohacz , où Louis II, roi de Hongrie, perdit la vie; qui commanda dans onze campagnes, et qui obtint les surnoms de grand, de magnifique, de Aanouni {législateur) j et de martyr parce qu'il mourut dans une guerre au siège de Szigheth. Sous lui la langue turque, dit M. Audiffret *, se perfectionna et s'enrichit par le mélange de l'arabe et du persan. Enfin, l'histoire de Suleyman compléterait l'histoire de l'Europe, dans un siècle où florissaient François I*', Charles-Quint et Henri VIII.
> Cette Vie est iatitniée : Gluzewat Aroodj wè Khaïr-eddin; les pienz exploita d*Aroadj et de Khair-eddin, fondateurs de TOdjak d*Alger. M. Venture-Paradia en a fait une traduction fidèle qui se trouve écrite de sa main a la Bibliothèque du Roi (manuscrits orientaux : traductions); il y est question aouvent de la grandeur de Suleyman qui devait mettre Khaïr-eddin i la t^te d*one année formidable qu'il aurait conduite en Espagne. Ce vaate projet ne reçut paa d'exécution , et aans doute il n'eut pas réussi ; aussi Suleyman a conservé presque intacte la gloire qu'il a acquise dans les armes.
* Art. Solyman : Biographie uniperselie.